Petrocaribe, un dossier de corruption très complexe
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Le mouvement Petrochallenge, qui se veut une campagne contre la corruption en Haïti, est un dossier très complexe et peine à bénéficier du support de la communauté internationale. Suivant l’historien et sociologue, Georges Eddy Lucien, le dossier Petrocaribe est une remise en question du système financier international.
Le grand mouvement contre la corruption, Petrochallenge, qui a ébranlé Haïti à la fin de l’année 2018 et le début de 2019, est à la fois une bataille contre les corrupteurs d’Haïti et le système financier international, selon les réflexions de l’universitaire Georges Eddy Lucien. En effet, l’historien et sociologue soutient que ce mouvement d’éveil national suscite des interrogations sur les grandes institutions financières internationales et sur les grandes puissances également.
Le mouvement Petrochallenge charge de grands enjeux géopolitiques sur le plan international, d’après Georges Eddy Lucien. Il affirme clairement que ce dossier est une remise en question du système financier international ou du système capitaliste. Pour lui, depuis 1825, c’est la première fois qu’on met en cause ce système financier international, axé sur le prêt pour faciliter l’accumulation. « Haïti est l’un des premiers pays à avoir fait cette expérience de prêt avec la France. Les banquiers français sont sortis gagnants, et Haïti le grand perdant », relate l’historien.
« Programme Petrocaribe », un deal gagnant-gagnant
Contrairement au système de prêt international où le débiteur ne bénéficie pas de grandes choses, le programme « Petrocaribe » du Venezuela offre un deal de gagnant, selon professeur Lucien. Le créancier ainsi que le débiteur sont tous des gagnants. « Autrement dit, Petrocaribe vient remettre en question le système financier international », précise Georges Eddy Lucien qui explique que les grandes institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et les grandes puissances sont en face de ce programme.
D’un autre coté, professeur Lucien indique que ce programme initié par Hugo Chavez tend à relativiser la force de la première grande puissance mondiale, les États-Unis d’Amérique. Selon le chercheur, les pays débiteurs se montraient plus intéressés par le programme Petrocaribe que les prêts du FMI. « Si Petrocaribe réussit, ça va démontrer que le rapport Sud-Sud est plus intéressant que le rapport Nord-Sud », souligne le sociologue. En ce sens, il met en cause le poids des grandes puissances pour casser le mouvement Petrochallenge en Haïti qui charrie tous ses enjeux politiques et financiers.
L’échec du mouvement Petrochallenge minimisé
L’un des aspects que les petrochallengers ne pensent pas dans ce mouvement, c’est l’impact de ce dossier de corruption sur les institutions financières internationales et la coopération entre les grandes puissances et les pays pauvres, signale le professeur Lucien. Il estime que la capacité de résistance contre le mouvement avait été minimisée.
Par ailleurs, Georges Eddy Lucien touche le manque de fondement de ce type de mouvement comme celui de Petrochallenge. Il soutient que ces formes de mouvement, un peu superficiel, favorisent l’apparition de leaders fabriqués, c’est-à-dire propulsés par l’international, mais acceptés par le peuple. L’historien compare ce mouvement actuel avec la bataille de 1929 où l’occupant a utilisé des hommes populaires, qui ont accédé au pouvoir, pour casser la lutte populaire.
Toutefois, le professeur d’université voit des acquis dans ce mouvement de mobilisation contre la dilapidation du fonds Petrocaribe. Si, suivant ses dires, l’international a toujours trouvé la bonne formule au 20e siècle pour casser les mouvements de mobilisation, les formules semblent ne pas suffire jusqu’à présent pour faire plier la population haïtienne. Depuis 2018, les mobilisations populaires se suivent avec des moments forts.
Né sur les réseaux sociaux avec le #kotekòbpetrocaribea, le mouvement Petrochallenge a fait trembler le pouvoir en place ainsi que tous ceux qui ont été ordonnateurs des derniers publics durant la période de la mise en œuvre des projets financés par le fonds du programme. Ce qui a incité la Cour des comptes à réaliser trois rapports sur les dépenses effectuées dans le cadre des projets proposés. Pour l’instant, le dossier est en cours dans le cabinet d’instruction. Cependant, des juristes évoquent déjà un procès raté.
Woovins St Phard
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