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Condamné à perpétuité pour racisme violent

Condamné à perpétuité pour racisme violent

La haine raciste était si forte chez lui qu’il a tué. Un tribunal de l’est de l’Allemagne vient de le condamner à la peine maximale. Même le gouvernement allemand s’est vu obligé de sortir de sa neutralité pour placer un mot.

Stephan Balliet a 28 ans. Il est Allemand, blanc. Il déteste les Juifs, les Arabes, les Noirs et les femmes. Le 9 octobre 2019, il se rend à la synagogue située le quartier de Paulusviertel à Halle où une cinquante de Juifs allemands célébraient le Yom Kipour, la plus grande fête juive, le jour de l’expiation. Le raciste a l’intention de les assassiner. Comme il n’arrive pas à y pénétrer, il abat une passante devant le bâtiment, Jana Lange (40 ans). Peu de temps après, il fait irruption dans un snack-bar de kebab où il pense pouvoir trouver des musulmans. Il fait feu. Un jeune homme - un Allemand du nom de Kevin Schwarz (20 ans) – aux cheveux foncés est atteint. La couleur des cheveux est suffisante pour que l'assassin le prenne pour un musulman. L’homme se cache derrière un réfrigérateur, gravement blessé. Balliet l’achève de plusieurs balles. En tentant de s’enfuir, Balliet tire sur des policiers qui tentent de l’appréhender. Finalement, il est maîtrisé par deux agents de patrouille.

Il avoue en justifiant ses crimes. Le 16 avril, il est accusé des deux meurtres et de 68 tentatives d’assassinats. À partir du 21 juillet 2020, l’Oberlandesgericht (Haut-tribunal) de Naumburg (en Saxe-Anhalt, Est de l’Allemagne), intente un procès contre lui. Le 21 décembre dernier, il est condamné à la prison à perpétuité avec une détention de sûreté ultérieure. L’accusation parle d’un « acte antisémitique le plus ignoble » depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Un acte prémédité. Avant de commettre les attentats, il avait publié sur internet la date (9 octobre 2019), la cible (la synagogue) et les motifs (antisémitisme). Le jeune homme a aussi filmé le déroulement de ses actes terroristes à l’aide d’une caméra casque et les avait diffusés en direct sur Internet. Ce faisant, on dit qu’il s’était inspiré d'autres tueurs du même type, en particulier le terroriste norvégien antimusulman Anders Behring Breivik et le tueur australien en série Brenton Tarrant qui a attaqué deux mosquées l’an dernier. Il a voulu à son tour servir de modèle à d’autres idéologues du même acabit.

Au tribunal, le psychopathe a répété son discours antisémite, antimusulman et misogyne. Les experts disent que Balliet est « un misanthrope qui ne se contente pas de parler, mais qui passe de la parole à l’acte ». Le meurtrier regrette même de ne pas avoir envoyé à la mort davantage de gens. Il tuerait même des enfants s’il le fallait. « C'est du moins ce qu’il a dit lui-même lorsqu’on lui a posé la question au procès », précise la journaliste du Frankfurter Allgemeine Zeitung (21 décembre 2020), Mona Jaeger, qui participait à son jugement.

« Aucun remords »
Selon l’expert qui s’est exprimé au tribunal, Balliet a une personnalité schizoïde et paranoïaque et présente aussi des symptômes de trouble autistique. Néanmoins, il était pleinement coupable, car il était en mesure de contrôler son comportement pendant tout le temps qu’il commettait ses horribles forfaits. Balliet a obtenu son diplôme de fin d'études secondaires et est entré à l'université à deux reprises. Après une grave maladie, il s'est retiré de plus en plus loin dans un « monde délirant de haine, de tendances homicides et d'illusions de grandeur ».

Théoricien du complot, il croit par exemple, Balliet que les hommes blancs comme lui sont en voie d'extinction. Il est appelé à arrêter ce processus fatal. Dans les villes, les gares et les piscines il constate un « asservissement des Blancs ». Selon les évaluateurs, le monde de l'Internet dans la chambre de son enfance a renforcé sa situation. Il n'avait plus que très peu de contacts sociaux. Il se considérait comme un raté qui était de plus en plus rejeté dans l'échelle sociale, par exemple par l'afflux des réfugiés.

Derrière tout cela, il a vu une « conspiration des Juifs ». Immédiatement après cette attaque monstrueuse, des politiciens de différents partis avaient lié l’acte odieux au discours du parti d’extrême-droite populiste créé en 2013, « Alternativ für Deutschland » (Alternative pour l’Allemagne). Cette formation ouvertement autoritaire, nationaliste et antisémite aurait tout au moins accéléré ce processus. Balliet a évoqué la crise des réfugiés en 2015 comme l'événement fondamental qui l'avait finalement amené à son plan. En 2015, l’Allemagne a reçu plus un million de personnes qui fuyaient leurs pays en guerre. Le criminel aurait perdu tout lien avec la politique pratique.

On apprend aussi que le jeune délinquant n'avait pas de casier judiciaire avant ses attentats qu’il a perpétrés en seulement une heure et quinze minutes. Selon la juge Ursula Mertens qui a prononcé le verdict, sa froideur émotionnelle aurait « profondément affecté » le tribunal. Pendant le procès, il prenait des notes, attentif mais impassible. Il n’a montré aucun remords. Martens a reconnu avoir condamné « un fanatique et idéologue solitaire ». On pense qu’il avait trouvé pas mal de personnes qui partageaient les mêmes idées meurtrières. Beaucoup ont pu être complices.

C’était un procès assez particulier, comme le reportent les journalistes présents. La juge a permis aux 79 témoins, dont de nombreux survivants de la synagogue, de s'exprimer longuement. Ils avaient le droit de faire des reportages et même de chanter des chansons juives. Martens a aussi autorisé les applaudissements dont les victimes ont été l’objet alors que les acclamations ne sont normalement pas autorisées dans une salle d'audience. Les avocats des plaignants ont même félicité la juge pour son attitude empreinte d’humanité, déclarant n'avoir jamais rien vécu de tel. « Cette phrase a été très souvent utilisée dans ce procès : ils n'avaient jamais vécu une telle expérience auparavant. Dans le positif comme dans le négatif », constate la reporter Jaeger. La chroniqueuse se demande si cette façon de concevoir un procès ne servirait pas, pour l'accusation, de modèle dans les autres cas de poursuite des crimes antisémites.

Au cours du procès, un jour, Balliet a utilisé le mot « nègre ». La juge le lui a interdit et a menacé de l'exclure du procès. Encore une innovation de cette femme de loi dans la mesure où normalement, il ne revient pas au juge d'évaluer le choix des mots d'un accusé tant qu'il ne commet pas de crime. Bref, la cheffe du Tribunal a injecté une dose d’humanité dans le procès.

Quant aux deux avocats de la défense de Balliet, ils étaient restés calmes. Dans son plaidoyer final, l'un d’eux, Hans-Dieter Weber, a condamné les actions et les déclarations de son client et a rendu hommage aux survivants. Il a seulement souhaité un « verdict juste ».

La classe politique satisfaite

Les politiciens ont suivi le procès avec une attention particulière. Ils ont poussé un ouf de soulagement lorsque le verdict est tombé. Pour le ministre-président de Saxe-Anhalt, Rainer Haseloff (CDU), la sentence est comme une preuve de la capacité de l'État de droit à défendre les droits humains. Cette décision pénale montrerait avec une grande clarté que toutes les formes d'antisémitisme, de racisme et de haine n'avaient pas leur place en Allemagne. Ils seront systématiquement poursuivis et donneront lieu à des sanctions claires. Les mesures prises conjointement avec les communautés juives pour protéger la vie des Juifs en Saxe-Anhalt ont prouvé que l'État avait tiré des conséquences importantes des événements survenus il y a un an, au-delà de la poursuite de l'auteur des faits. Les hommes politiques et les autorités responsables de la sécurité de l'État ont été vivement critiqués après l'attentat parce que la synagogue n'était pas suffisamment protégée par la police lors de la plus haute fête juive et que la porte qui avait empêché l'agresseur d'entrer est financée par des dons.

Le gouvernement fédéral, qui ne commente que rarement les décisions des tribunaux, a exprimé son soulagement. Son commissaire à l’antisémitisme, Felix Klein, estime que « la condamnation nous réconforte, mais qu’on ne devrait pas en arrêter là ». À l'avenir, a-t-il ajouté, il faudra poursuivre les recherches sur le contexte afin de comprendre comment prévenir de tels actes.

De l'avis du Conseil central des Juifs, cette procédure devrait servir de modèle aux forces de l'ordre et aux tribunaux allemands qui doivent poursuivre et juger les crimes antisémites. Le président du Conseil central, Josef Schuster, estime que le jugement est important et a un effet signal. C’était, pour lui, un procès « très équitable ». « J'ai l'impression que le tribunal, présidé par la juge Ursula Mertens, a mené la procédure avec une grande sensibilité envers les victimes ». Il espère que « cette attitude et non l’auteur du crime devrait trouver des imitateurs ».

Les discours de clôture des survivants auront duré trois jours. Les remarques finales du tueur Balliet avant la condamnation n'ont pris, elles, que trois minutes. Dans sa prise de parole, il a encore une fois nié l'Holocauste. Cette « procédure » est un « procès de show politique », une « démonstration de pouvoir de l’élite dominante ». Le procès a été suspendu. Rien à faire, c’est un cas perdu, irrécupérable.

Huguette Hérard

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