Haïti-Élections : les avis partagés sur le quota de 30 mille adhérents demandés aux partis politiques
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Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) a annoncé, à travers l’article 139 de son calendrier électoral, que les partis et groupements politiques devront compter au moins 30 000 adhérents avant de pouvoir inscrire leurs candidats aux prochaines élections présidentielles. Une décision qui divise la classe politique : certains leaders s’y opposent fermement, tandis que d’autres y voient une mesure nécessaire.
À cet effet, le porte-parole de l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), Dario Siriack, joint par téléphone, a précisé que le CEP ne fixe pas directement cette exigence aux partis, mais qu’il l’a proposée au gouvernement haïtien. Selon lui, l’objectif est de réduire le nombre de formations politiques jugées trop nombreuses dans la compétition électorale.
Il explique également que le projet de décret et le budget électoral n’ont pas été inscrits à l’ordre du jour du dernier Conseil des ministres récemment organisé au palais national par le locataire de la primature, Alix Didier Fils-Aimé car des discussions sont en cours entre le gouvernement et certains partis politiques autour de cette mesure.
Par ailleurs, il reconnaît toutefois que la proposition du CEP pourrait être modifiée avant son adoption définitive par le gouvernement.
À l’inverse, le sociologue Delson Cius, membre de l’Accord Montana, rejette catégoriquement cette exigence. Il la qualifie d’irrationnelle et illégale, estimant qu’elle contredit la hiérarchie des normes juridiques et favorise injustement les acteurs disposant de moyens financiers ou politiques. Il rappelle que le CEP a déjà agréé 282 partis politiques pour participer aux élections, et que leur imposer aujourd’hui un quota supplémentaire revient à remettre en cause leur légitimité.
Dans une analyse sociologique, Delson Cius souligne que l’électorat haïtien s’attache davantage aux personnalités qu’aux structures idéologiques des partis. Le vote est souvent circonstanciel et basé sur l’affinité avec un leader, plutôt que sur une doctrine ou une vision portée par une organisation. Il cite en exemple des électeurs qui, parfois choisissent un candidat à la présidence sans soutenir les parlementaires de son parti.
Selon lui, exiger 30 000 membres risque de pousser certains partis à constituer des bases de données artificielles, avec des personnes inscrites « volontairement ou involontairement », sans véritable engagement partisan. Une telle mesure favoriserait ceux qui contrôlent l’appareil d’État ou disposent de ressources financières importantes, capables de « ramasser » des signatures via des programmes sociaux. À l’inverse, elle pénaliserait les nouvelles dynamiques électorales et ouvrirait la voie à des acteurs liés à l’économie criminelle ou à la corruption.
De plus, le sociologue Delson Cius insiste également sur le fait que la légitimité d’un parti devrait se mesurer par ses résultats électoraux notamment par pourcentage de voix obtenues et non par un seuil administratif fixé à l’avance. Il suggère que la réduction du nombre de partis devrait se faire après les élections, en éliminant ou en fusionnant ceux qui n’atteignent pas un certain score.
Toutefois, fixer un quota aussi élevé dès le départ est, selon lui, une barrière antidémocratique qui ignore les difficultés structurelles des partis, même ceux les plus représentatifs.
Likenton Joseph
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