À qui profite le kidnapping en Haïti ?
Le kidnapping est devenu viral en Haïti. La zone métropolitaine de Port-au-Prince tient le haut du pavé des régions les plus à risque en matière de kidnapping dans le pays. La population ne sait plus à quel saint se vouer.
Haïti est en passe de devenir l’État du kidnapping. Les ravisseurs n’ont peur de rien. Ils opèrent sans aucune crainte. Ils enlèvent des personnes à l’église, au travail, à l’école, dans les entreprises ou encore dans des domiciles privés. Sous l’œil complice ou impuissant de la Police nationale d’Haïti (PNH), ils traversent les rues avec leur proie à l’intérieur des véhicules aux vitres teintées jusqu’à leur cachette, notamment au sein de certains quartiers populaires connus. À chaque cas d’enlèvement, le secteur proche de la victime se soulève pour exiger sa libération. Mais le problème reste intact. Toujours pas de solution. Le pouvoir et l’opposition s’accusent du regain de ce phénomène à l’approche du 7 février 2021. Mais à qui profite réellement ce phénomène ?
Dans son adresse à la nation le lundi 25 janvier 2021, le président de la République a, entre les lignes, déclaré que le phénomène du kidnapping n’est pas totalement lié à l’insécurité. Pour lui, c’est une stratégie politique utilisée par ses adversaires afin de le déstabiliser et provoquer le chaos dans le pays. Ce n’est pas pour la première fois que le chef de l’État accuse l’opposition d’être à la base de la remontée des actes de kidnapping dans le pays. Durant toutes ses tournées médiatiques en 2020, le président Jovenel Moise n’a jamais cessé de tirer à boulets rouges sur ses adversaires politiques qui, selon lui, utilisent le kidnapping pour planifier un coup d’État politique.
De leur côté, les leaders de l’opposition allument la mèche aux portes du Palais national. Selon eux, les cas de kidnappings enregistrés dans le pays sont commandités par l’Exécutif qui veut instaurer un climat de peur et de terreur afin d’empêcher à la population de manifester et de prendre ses responsabilités face au régime. Depuis 2018, les accusations d’une probable collusion entre l’administration de Jovenel Moise et le crime organisé se multiplient. Ces accusations qui ont commencé à prendre forme depuis les massacres orchestrés dans des quartiers populaires comme La Saline, Bel’air, Cité Soleil, Carrefour Feuille et Martissant ont été banalisés par le camp du pouvoir.
Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, un seul refrain en Haïti, le kidnapping. C’est un business qui rapporte beaucoup. Il permet aux ravisseurs de s’enrichir facilement, en peu de temps. Il suffit d’enlever une personne et d’exiger des milliers de dollars américains en échange de sa liberté. Une activité pareille ne fait qu’appauvrir les familles qui, des fois, se trouvent dans l’obligation d’effectuer des prêts pour essayer de libérer des proches. Il n’y a naturellement pas de statistiques fiables sur les prises d’otages et les versements de rançon, mais ce qui est réel, des milliers de dollars américains et de gourdes sont versés presque toutes les semaines aux ravisseurs qui, apparemment, ont le contrôle du pays mieux que n’importe quel agent de la PNH ou simple autorité étatique.
Il est logique de croire que le phénomène du kidnapping profite aux ravisseurs. Mais ce serait une erreur de croire qu’il est fait uniquement dans le but de gagner de l’argent. Il n’y a pas que les ravisseurs qui profitent financièrement de ce phénomène en Haïti. Selon les témoignages, les habitants des quartiers défavorisés saluent toujours l’arrivée de nouvelles personnes enlevées parce qu’ils sont aussi bénéficiaires indirects de la rançon. Mais dans le contexte où nous sommes, les grands bénéficiaires ne sont que des leaders de la classe politique traditionnelle. Qu’il s’agisse du pouvoir en place ou de l’opposition, le kidnapping est de nos jours au service du politique. Il reste tout de même une arme, un moyen de pression utilisé dans ce conflit politique. S’il est vrai que l’opposition peut l’utiliser comme de l’huile dans le moteur de la mobilisation contre le pouvoir en place. L’équipe au pouvoir peut en revanche l’utiliser comme arme de répression et de terreur afin de créer un climat de peur empêchant ainsi la réussite de tout mouvement de mobilisation qui vise à nuire les projets du PHTK.
Evens REGIS
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