Vertières : 222 ans après
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Deux cent vingt-deux ans après la victoire décisive du 18 novembre 1803, Vertières demeure un repère essentiel dans l’imaginaire national. Pour le sociologue Willy Jean-Louis, cet épisode fondateur n’est pas seulement « un moment crucial marqué par le triomphe de la détermination, de la grandeur et de l’héroïsme face à la déshumanisation ». Vertières est, selon lui, un récit vivant, porteur de forces symboliques capables d’aider Haïti à affronter ses défis actuels.
Contacté par Le National ce lundi 17 novembre 2025, le sociologue Willy Jean-Louis revient sur la portée historique et symbolique de la Bataille de Vertières et sur les leçons que les dirigeants haïtiens peuvent encore en tirer dans la quête du bien-être collectif.
Un lieu de mémoire menacé
Le sociologue déplore toutefois l’abandon progressif du site historique. « Réduit en lambeaux, Vertières est aujourd’hui en voie de disparition », affirme-t-il. L’absence d’entretien de ce patrimoine majeur représente, dit-il, une forme de déni envers les sacrifices consentis par les héros de l’indépendance. Au-delà du lieu physique, c’est tout un pan de la mémoire collective qui se fragilise. Il ne reste véritablement que le récit, perçu comme « la plus grande épopée du peuple noir », une légende sans équivalent dans l’histoire des luttes d’émancipation.
Cinq leçons de Vertières pour les dirigeants d'aujourd'hui
Pour le sociologue, les dirigeants qui prétendent servir Haïti ont tout intérêt à s’inspirer de ce legs, riche de valeurs essentielles : L’inclusion. Vertières n’a pas été le fait des seuls soldats indigènes : chefs de bande, paysans, femmes et anonymes ont contribué à la victoire. Une vision inclusive a permis l’unité et la mobilisation générale.
La détermination. La bataille s’inscrit dans une guerre longue, entamée en 1793, rythmée par des revers et des victoires. Sans constance, persévérance et endurance, l’indépendance n’aurait jamais vu le jour.
Le dépassement de soi. Mal équipée, l’armée indigène affrontait une force impériale puissante. C’est par un patriotisme farouche et une énergie « surhumaine » que les combattants ont repoussé la défaite et accompli l’impensable.
L’organisation. Dessalines a orchestré une stratégie militaire d’une grande intelligence : répartition précise des troupes, occupation de points stratégiques, repli vers des zones difficiles d’accès… Une logistique moderne avant l’heure.
Le leadership. Au-delà du stratège, Dessalines fut un leader clairvoyant, capable de rassembler autour de lui des hommes de valeur et de garantir la cohésion stratégique. Un modèle d’autorité, de vision et de solidarité.
Éviter « la mort du récit »
Ainsi, Willy Jean-Louis met en garde contre ce que le philosophe Paul Ricœur appelle « la mort du récit » : la disparition graduelle d’un événement fondateur faute de transmission, d’entretien et de valorisation. Vertières, prévient-il, risque de basculer dans l’oubli si les dirigeants actuels ne puisent pas dans ces symboles pour répondre aux aspirations fondamentales du peuple haïtien. Selon M. Jean Louis, « Préserver Vertières, c’est préserver notre âme collective ». Dans une Haïti épuisée par les crises, le pays gagnerait à réhabiliter ses mythes fondateurs pour reconstruire espoir, cohésion et vision, conclut le sociologue.
Vladimir Predvil
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