Dette de l'indépendance d'Haïti: l'Assemblée nationale française entrouvre enfin la porte d’un débat historique
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C’est un moment que d’aucuns qualifient d’historique. Jeudi 5 juin, l’Assemblée nationale française a adopté une résolution invitant le gouvernement à « étudier le processus de restitution » de la fameuse « double dette » imposée à Haïti en 1825. Un vote hautement symbolique, fruit d’un long combat mémoriel.
Cette résolution a été portée par le groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), approuvée par 53 députés contre 9 (issus du Rassemblement National et de l’Union de la droite républicaine). Le texte appelle à « reconnaître l’injustice faite à Haïti », à « considérer ses conséquences », et surtout à étudier les demandes de restitution. Il propose aussi la création d’une commission indépendante pour nourrir ce travail de mémoire.
Cette résolution brise un tabou. Jusqu’ici, la dette restait un sujet ultra-sensible. En 2003, le président Jean-Bertrand Aristide avait osé demander la restitution de cette rançon, qu’il avait chiffrée à 21,7 milliards de dollars. Résultat , mise au ban diplomatique et renversement un an plus tard, dans un climat trouble où plusieurs analystes ont pointé du doigt le rôle des puissances occidentales, dont la France.
En effet, En 1804, Haïti, première République noire du monde, née d’une révolution antiesclavagiste triomphante, déclare son indépendance. Une claque monumentale pour les puissances coloniales de l’époque. La France, digère mal cette défaite. Et en 1825, sous le règne de Charles X, Paris revient à la charge avec une flotte de guerre ancrée dans la rade de Port-au-Prince. Impose des conditions, l’indépendance sera reconnue, oui, mais contre 150 millions de francs-or, une rançon exorbitante.
Haïti accepte, sous la menace des canons. Pour payer, le jeune État doit s’endetter lourdement auprès de banques françaises, à des taux ruinants. Le paiement de cette « double dette » la rançon elle-même et les intérêts des emprunts étouffe les finances publiques haïtiennes jusqu’en 1952 , Près de 130 ans d'étouffement économique.
Selon la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), cette dette a plongé Haïti dans une spirale de dépendance néocoloniale dont le pays ne s’est jamais vraiment relevé. Un véritable hold-up historique, longtemps occulté dans les récits officiels.
Sheelove Semexant
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