Évasion à la prison civile de Croix-des-Bouquets : le rapport accablant de FJKL
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La Fondation je klere (FJKL), à travers un bilan provisoire, a indiqué qu’environ 445 prisonniers se sont évadés de la prison civile de Croix-des-Bouquets ; 27 personnes ont été tuées et 10 autres blessées. D’après la FJKL, la négligence des agents chargés d’assurer la surveillance de la prison ajoutée au manque d’effectif, les complicités intérieures et les violences ont été à l’origine de cet évènement regrettable.
« Émeute-Évasion-Carnage : La FJKL questionne la responsabilité de l’État dans les évènements sanglants de la prison civile de la Croix-des-Bouquets du 25 février 2021 », tel est le titre de ce rapport de 14 pages de la Fondation je klere (FJKL) daté du 9 mars 2021. En effet, à travers ce rapport la FJKL a présenté la prison civile de Croix-des-Bouquets, les antécédents et les signes avant-coureurs de l’évasion spectaculaire, les faits et le bilan provisoire tout en analysant les évènements. En fin de compte, l’organisation de droits humains a profité pour faire des recommandations aux autorités.
En guise de bilan provisoire, la FJKL a indiqué, qu’environ 445 prisonniers qui se sont évadés de la prison civile de Croix-des-Bouquets, 27 personnes tuées et 10 blessées. La FJKL a fait état de 59 prisonniers qui ont été repris. Pour l’organisation de défense de droits humains, le manque d’effectif des agents de surveillance est l’une des causes à l’origine de l’émeute à la prison, construite et équipée par le Canada, inaugurée le 28 octobre 2012. La prison, dit la FJKL, « était initialement prévue pour accueillir 768 détenus sur un espace carcéral de 1179.13 m² ».
« Le 25 février 2021, il y avait mille cinq cent trente-cinq (1535) détenus présents sous la responsabilité du chef de poste à la prison civile de la Croix-des-Bouquets, parmi eux 474 condamnés », a expliqué le rapport ajoutant plus loin qu’il y « avait six (6) policiers à l’intérieur de la détention pour assurer la surveillance des 1535 détenus et un superviseur général au moment où les détenus étaient en recréation. Il y avait six (6) policiers absents qui n’avaient pas motivé leur absence ».
D’après la FJKL, « la prison civile de la Croix-des-Bouquets compte quatre-vingts (80) agents environ. De ce nombre à peine si soixante (60) sont actifs. Il y en a qui ont voyagé et d’autres qui viennent travailler quand bon leur semble». Le jour de l’évènement soit le 25 février 2021, raconte la FJKL, « la liste comporte 16 policiers pour la sécurité de la prison dont seulement sept (7) pour la zone détention et trois (3) pour escorte au tribunal ».
La FJKL est claire. Pour elle, l’effectif ne représente même pas la moitié de l’effectif nécessaire pour sécuriser la prison. « Selon le critère onusien en ce qui concerne les centres carcéraux, précise le rapport, il faut un-une (1) agent pénitencier-ère pour quatre (4) prisonniers-ères. La réalité est tout autre dans les prisons haïtiennes. Avec l’effectif de la prison, il faudrait trois cent quatre-vingt-cinq (385) agents pour la sécuriser ».
Au-delà de l’absentéisme, la FJKL estime que « les évènements survenus à la prison sont le fruit de la complicité des agents et autorités pénitentiaires ». Pour étayer leur thèse de complicité, le rapport a mis en lumière le fait que « les éléments interdits » tels qu’armes à feu, téléphones, drogue (marijuana) ont été trouvés à l’intérieur de la prison.
S’appuyant, entre autres, sur le procès-verbal de constat du juge de Paix de la Croix-des-Bouquets, Me Jaccius Louis, réalisé le jour des évènements et le lendemain matin, le rapport a indiqué que « la majorité des détenus ont été tués à l’extérieur de la prison (21) et non à l’intérieur (4) ». Pour la FJKL, « toutes les personnes tuées ont reçu une balle à la tête ou à la poitrine ou au dos ou sont tout simplement criblées de balles. La volonté de tuer a donc primé sur celle de maitriser ».
Alors, selon le rapport, « l’analyse des événements survenus dans la prison civile de la Croix-des-Bouquets permet de relever une négligence coupable des agents et des responsables de la DAP et des autorités de l’État dans la gestion de la prison, des complicités intérieures dans l’évasion des détenus, un usage abusif de la force dans la répression de l’émeute et de l’évasion ».
En guise de recommandation, la FJKL demande aux autorités policières et de la justice de respecter le droit des détenus. D’une part, elle requiert « au commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de la Croix-des-Bouquets de mettre l’action publique en mouvement contre les auteurs, complices de cette évasion spectaculaire », d’autre part, « à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) de diligenter une enquête sur les actes de corruption entourant la gestion du système pénitentiaire haïtien ». Quant au ministère de la Justice, elle l’enjoint à mettre sur pied des programmes de réinsertion sociale en faveur des détenus, d’adresser sérieusement la question de la détention préventive prolongée.
Faut-il noter que le rapport a fait état de rumeurs persistantes faisant croire que la prison allait être attaquée avant le 7 février 2021 ? En ce sens le rapport a expliqué que le 2 février 2021, vers 22 heures 37, le chef de poste de la prison a refusé l’accès à la prison à une équipe de quatre policiers, habillés en BOID et portant le jacket DCPJ à bord de deux camionnettes, qui voulaient mener une enquête à la prison. D’après la FJKL, le directeur de la DCPJ, qui a été contacté, n’avait dépêché aucune équipe.
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