Un Noir tué « par erreur »
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Dans une banlieue de la ville américaine de Minneapolis, un jeune Afro-Américain a été tué dimanche lors d'un contrôle routier. Le chef de la police locale dit que c'était un « regrettable accident ».
Près de onze mois après la mort de George Floyd dans le Minnesota, un autre homme noir a été tué par la police dans le même État américain. L'incident s'est produit dimanche en début d’après-midi dans la petite ville de Brooklyn Center, à la limite nord de Minne-apolis. Le jeune homme s’appelait Daunte Wright. Il avait 20 ans.
L’agent qui lui a tiré dessus l'aurait fait « accidentellement », a in-diqué la police lundi lors d’une conférence de presse (Source : New York Times). Selon Tim Gannon, le chef de la police de Brooklyn Center, la policière a, par erreur, dégainé son arme à feu au lieu d'un pistolet électrique (Taser). Il s’agit des premières constatations. Le Bureau of Criminal Apprehension, une agence de l'État qui mène des investigations sur les meurtres commis par la police dans le Minnesota, a lancé une enquête.
Tim Gannon a ensuite précisé que Daunte Wright a été arrêté, car l’immatriculation du véhicule qu’il conduisait était expirée. En vérifiant ses données personnelles, les policiers auraient alors découvert que le jeune homme faisait l'objet d'un mandat d'arrêt pour un « délit grave ».
Lors de la rencontre avec la presse, le chef de la police a montré les images des caméras-piétons que les agents portent sur eux. On peut voir une brève lutte entre Wright et les officiers de police. Des agents de sécurité essayent de menotter Wright. Celui-ci semble se libérer de leur emprise. Le jeune tente de remonter dans sa voiture. On peut entendre la policière « Taser » à plusieurs reprises, avant de tirer avec l'arme qu’elle avait à la main. Un coup de feu semble sortir de l'arme avant que Wright ne démarre. Il a roulé pendant plusieurs pâtés de maisons avant que sa voiture n'entre en collision avec une autre. Le jeune homme est décédé sur le coup, a ajouté Gannon, et une passagère a été blessée et emmenée dans un hôpital local. Mais sa vie ne serait pas en danger.
Lors de l'opération, le policier aurait apparemment confondu son arme à feu avec un pistolet paralysant. « Je crois que l’agent de police avait l'intention d'utiliser le Taser, mais qu'elle a plutôt tiré une balle sur M. Wright », estime Tim Gannon. « De mon point de vue, et aussi en raison de la réaction et de la détresse des agents immédiatement après, il me semble qu'il s'agit d'un incident acci-dentel qui a entraîné une mort tragique pour M. Wright ». Après que la femme officier a tiré, on peut entendre la vidéo dire : « Putain de merde ! Je viens de lui tirer dessus ! ». La policière, qui n'a pas été identifiée publiquement, a été placée en congé temporaire, selon le New York Times.
La communauté encore « dévastée »
« Nous allons faire toute la lumière sur cette affaire », a annoncé le maire de Brooklyn Center Mike Elliott lors d'une conférence de presse lundi, selon le New York Times. « Nous allons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour que justice soit rendue à Daunte Wright. », a-t-il ajouté. « Il n'y a rien que je puisse dire pour sou-lager la douleur de la famille », a-t-il aussi avoué. Elliott a demandé le renvoi de l'officier qui a tiré sur M. Wright. « Ma position est que nous ne pouvons pas nous permettre de faire des erreurs qui entraînent la mort d'autres personnes dans notre profession », a-t-il déclaré. « Cela n'aurait pas pu arriver à un pire moment. » L'Amérique et le monde entier avaient les yeux tournés vers la communauté locale, qui était encore « dévastée » après la mort de Floyd.
M. Elliott a affirmé que le président Biden avait offert son soutien lors d'un appel téléphonique lundi. M. Biden est « attristé par la perte de vie causée par les forces de l'ordre dans le Minnesota », a signifié Jen Psaki, porte-parole de la Maison-Blanche, et qui devrait s'exprimer publiquement lundi au sujet du meurtre de Daunte Wright. Lundi, le président Joe Biden a appelé au calme. Il a qua-lifié la fusillade mortelle de la police de « vraiment tragique », mais a appelé à la patience dans l'enquête. Dans le même temps, M. Biden a souligné qu'il n'y avait « absolument aucune justification aux pillages ». Les protestations pacifiques contre ce drame étaient « compréhensibles ».
Cet incident a immédiatement suscité de nouvelles protestations. Les médias américains ont rapporté que des centaines de personnes ont encerclé un poste de police après l'incident survenu dimanche après-midi (heure locale). Selon les autorités, les manifestants ont jeté des pierres et d'autres objets sur le poste de police et ont pillé une vingtaine de commerces dans la zone. Ils ont affronté les forces de sécurité, qui ont notamment utilisé des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des grenades paralysantes.
La police locale a ensuite reçu des renforts de la Garde nationale du Minnesota, qui est actuellement stationnée à Minneapolis pour le procès de Derek Chauvin, le meurtrier de George Floyd. Tim Gannon et le maire Mike Elliott ont souligné le droit à des mani-festations pacifiques, mais ont appelé à s'abstenir de toute violence.
« Un désodorisant accroché à son rétroviseur »
Malgré un couvre-feu dans l'agglomération de Minneapolis, des manifestations ont à nouveau éclaté lundi soir. Des dizaines de personnes ont scandé des slogans et brandi des banderoles devant le commissariat de Brooklyn Center. « Tous les flics assassins racistes en prison » et « Suis-je le prochain ? » étaient écrits sur des pancartes brandies par les manifestants protestataires. La police a utilisé des gaz lacrymogènes pour les disperser.
Des photos montrent des personnes brandissant des drapeaux du mouvement « Black Lives Matter » sur les capots des voitures de police. Après environ une heure, la police s'est retirée. Des gens ont allumé des bougies et écrit à la craie sur la chaussée « Justice pour Daunte Wright ». Des unités de la Garde nationale sont arrivées sur les lieux vers minuit. Les autorités ont fini par imposer un couvre-feu nocturne.
Selon le Frankfurter Rundschau (14 avril 2021), Daunte Wright a appelé sa mère vers 13 h 40 (heure locale) pour lui dire qu'il était contrôlé par la police. Selon celle-ci, l’infraction au Code de la route consistait en un désodorisant que son fils avait accroché à son rétroviseur. Les officiers avaient demandé au jeune homme de ranger le téléphone. L'un des agents a alors mis fin à l'appel, selon sa mère. Peu de temps après, la petite amie de son fils lui a annoncé qu’il avait été abattu. Détresse de la mère !
Cet incident est survenu à peine un an après la mort violente de l'Afro-Américain George Floyd, le 25 mai 2020, à Minneapolis, à quelques kilomètres de là, qui avait suscité une indignation mon-diale et des manifestations antiracistes sans précédent aux États-Unis et dans le monde entier. Le procès du policier blanc Derek Chauvin, qui a appuyé son genou sur le cou de l'homme de 46 ans pendant plus de neuf minutes après son arrestation pour contrefa-çon, se déroule actuellement à Minneapolis. Que ce soit « par er-reur » ou non, la communauté noire ne l’entend pas de cette façon, justement en raison des bavures antérieures.
Huguette Hérard
N.D.L.R.
1) Sources : médias américains dont le New York Times et presse al-lemande dont ZDF, Frankfurter Rundschau, FAZ, Deutsche Welle.
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