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Le tremblement de terre du 7 mai 1842 et ses mauvais souvenirs

Le tremblement de terre du 7 mai 1842 et ses mauvais souvenirs

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Jusqu’au 12 janvier 2010, le tremblement de terre du samedi 7 mai 1842, qu’on a pris l’habitude d’appeler tremblement de terre du Cap-Haïtien, parce qu’il avait détruit entièrement cette ville, était considéré comme la plus grande catastrophe naturelle ayant frappé Haïti. Suivi du seul tsunami qui ait jamais touché le pays, il avait détruit en l’espace de six minutes toutes les villes de la côte atlantique haïtienne. C’est pourquoi nous parlerons dans les lignes à venir de double évènement ou de double catastrophe. Les dégâts les plus importants avaient été enregistrés dans la ville du Cap-Haïtien qui, à l’époque, était une cité florissante qui prospérait par son négoce maritime, en lien avec une classe de grands planteurs opulents et une fastueuse bourgeoisie d’affaires et qui se classait alors avec New Orléans et la ville de Québec, comme l’un des trois principaux centres commerciaux et culturels de l’Amérique francophone.

Que sait-on de l’ampleur de ce double évènement ?

 

Les meilleurs récits de ce séisme sont dus à une figure importante de la littérature haïtienne, l’écrivain Demesvar Delorme qui était un témoin direct de la catastrophe à l’âge de 11 ans.

Ce tremblement de terre était caractérisé par un « bruit sourd,…, un grondement lointain, lugubre.., », analogue à ce que l’on a pris l’habitude d’appeler « goudougoudou » en Haïti depuis le 12 janvier 2010». Il a été rapporté par une source de l’époque, à peu près comme il en fut le 12 janvier 2010 à Port-au-Prince en certaines parties de la ville, que «le ciel fut tellement obscurci par les tourbillons de poussière que l’on aurait dit une nuit complète ».

D’après les évaluations scientifiques qui ont été effectuées a posteriori, le séisme qui avait duré six minutes était survenu à 17 h 00 heure locale avait une magnitude à 8,1 sur l’échelle de Mercalli - la plus élevée qu’on n’ait jamais enregistrée dans le pays- et était suivi quelques minutes après d’un tsunami destructeur, qui avait ajouté ses dégâts à ceux du tremblement de terre.

 

Selon les géologues, ce tremblement de terre était dû à un relâchement de ce qu’on appelle en Haïti « Faille septentrionale », qui se situe entre le sud de Cuba et la fosse de Porto Rico. Cette faille dont une grande partie se trouve en mer traverse la côte nord de l’île d’Hispaniola a déjà provoqué en plus du tremblement de terre de 1842 des séismes importants dans la région, en 1887 côté Haïti ; et 1564 et 1946 en République dominicaine.

 

Ce tremblement de terre, qui avait été suivi de répliques sur une durée d’environ un mois, a été aussi ressenti en République dominicaine ainsi que dans le sud de Cuba, à la Jamaïque, à Porto Rico et aussi à travers les Antilles.

Quant au tsunami, il avait touché la côte nord d’Haïti et la République dominicaine avec une montée maximale de l’eau estimée à 5 m au Cap-Haïtien contre 4,6 m à Port-de-Paix. Les ondes tsunamiques s’étaient propagées aussi jusque dans les îles Vierges américaines où la montée de l’eau avait atteint 3,1 mètres.

 

Les dégâts de cette double catastrophe et la problématique de la reconstruction de la ville

La ville du Cap-Haïtien, qui était alors peuplée de 10 000 habitants, avait subi les plus gros dégâts humains de la double catastrophe, soit 5 000 personnes tuées par les effets du tremblement de terre et 300 autres par le tsunami. Les villes de Port-de-Paix, de Môle-Saint-Nicolas et de Fort-Liberté avaient également été gravement touchées. Il en a été de même du Palais Sans-Souci érigé entre 1810 et 1813, qui était jusqu’en 1820 le siège du gouvernement de Christophe et le lieu de résidence du roi et de la reine qui avait été gravement endommagé. Plus loin, en Haïti, les secousses avaient également fait des dégâts entre autres à Port-au-Prince, à Saint-Marc et aux Gonaïves.

 

Selon Demesvar Delorme qui avait bien décrit les dommages causés à la ville du Cap-Haïtien, « En un moment, cette ravissante cité de pierre avec ses édifices, ses belles demeures, ses vastes entrepôts, ses riches commerces et tous ses superbes monuments coloniaux qui en faisaient le Paris de Saint-Domingue (si finement décrit par Victor Hugo dans Bug-Jargal) se trouvèrent anéantis ».

 

À l’exception de l’ancien opéra royal de Christophe, toutes les constructions de la ville du Cap-Haïtien avaient été détruites et on avait déploré que l’agglomération n’avait reçu aucune aide du gouvernement ni de l’étranger, ni même la visite du président de la République de l’époque, Jean-Pierre Boyer.

 

Selon Thomas Madiou, les habitants qui avaient survécu à la catastrophe «s’étaient réfugiés à La Fossette, se mourant de faim ou mutilés ou blessés pour la plupart. C’était un spectacle épouvantable …, d’autant plus que les flammes occasionnées par la chute des poutres sur les foyers vinrent dévorer la plupart des infortunés encore existants, qui se trouvaient sous les décombres ».

 

Il est rapporté par ailleurs que, par crainte d’épidémie, le Cap fut mis en quarantaine. En plus, elle avait perdu pendant longtemps sa fonction portuaire et « tout son trafic maritime avait été détourné pendant plusieurs années vers la ville des Gonaïves ».

 

Parmi les victimes non anonymes du terrible tremblement de terre de 1842, on avait compté le célèbre poète et journaliste Jules-Solime Milscent, l’un des pionniers de la littérature haïtienne.

« Toute la population qui était épouvantée par les évènements ne dormait plus que dans la rue, sur les places publiques ou encore dans l’édifice miraculeusement épargné abritant l’ancien opéra royal de Christophe »

C’est seulement en 1844, que le président Philippe Guerrier, avait accordé un montant de cinquante mille gourdes qui avait servi à la reconstruction du port de la ville et au déblaiement des rues de leurs décombres. Enfin, « pendant tout le 19e siècle et au-delà, la ville était restée parsemée de ruines …  Il avait fallu attendre les années 1870 pour constater la lente reconstruction du Cap et le début d’une nouvelle prospérité ».

Les mauvais souvenirs de cette double catastrophe

 

Des témoins de la double catastrophe et des historiens avaient signalé le comportement exécrable des membres la population après le 7 mai 1742. Thomas Madiou avait déploré « la fureur avec laquelle les habitants des campagnes environnantes se précipitèrent vers la ville, pillant, égorgeant et ne songeant pas à soulager les maux des victimes. L’on vit des hommes transformés en bêtes sauvages couper la main des blessés pour emporter les bagues qui la garnissaient, couper les cuisses pour enlever les bottes. Dans les ruines des maisons, tout fut pillé ».

Face à cette situation, toujours selon Madiou, « le président Boyer exprima son indignation devant le comportement de ces hommes assez dépravés, assez inhumains pour exercer le pillage au milieu des convulsions de la nature, et pour ravir à des familles désolées les dernières ressources qui leur restaient dans leur malheur ». Pire encore, le Trésor public avait été pillé le 10 mai. … « l’œuvre de malfaiteurs proprement dits que l’on voit surgir dans ces calamités; des hommes appartenant au premier rang social, des employés et fonctionnaires publics, tant de l’ordre civil que de l’ordre militaire, dévastaient à main armée les restes de la ville».

En conclusion, il faut retenir que c’est à cause de ce terrible tremblement de terre que la ville du Cap-Haïtien qui a longtemps disputé la suprématie financière et intellectuelle d’Haïti avec Port-au-Prince avait perdu la bataille de manière définitive avec son ancienne concurrente. La première peuplée de près de trois millions d’habitants actuellement et communément appelée la République de Port-au-Prince et l’autre qu’on désigne souvent sous le nom de métropole du Nord, abritant peut-être de plus de 500 000 habitants.

         Jean SAINT-VIL

jeanssaint_vil@yahoo.fr

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Lubin

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