Les femmes haïtiennes, les premières victimes de la crise
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Depuis quelque temps, une crise multidimensionnelle ne cesse de ronger Haïti, en l'enfonçant encore plus dans la précarité la plus abjecte. Une situation qui n'épargne aucune catégorie sociale. De nombreuses femmes en font les frais. Certaines sont victimes de violences sexuelles, d'autres, impuissantes, assistent à la dissolution de leurs familles. Comme c'est le cas de Jésula Mervil âgée de 38 ans.
Jesula Mervil, déambule au cœur du marché de Pétion-Ville. Un long mouchoir attaché à sa tête sous un grand chapeau pour se protéger du soleil. Elle porte un maillot en tissu fleuri et une longue jupe crème. Des sabots à ses pieds couverts de poussières. L’oeil aux aguets, elle recherche des clients afin d'écouler les 2 paquets de bougies et quelques boites d'allumettes.
D'un air découragé, elle s’adresse même aux passants, leur offrant ses produits qui malheureusement semblent ne pas les intéresser. Séparée de ses enfants et de son mari, elle raconte ses déboires.
« Ma fille de 20 ans se trouve à Sténio chez un ami, le cadet de 19 ans est chez un proche, mon benjamin de 2 ans est chez un membre de ma famille, mon mari loge dans la maison d'un ami et moi je suis à Meyotte chez une amie », explique-t-elle.
Jesula Mervil n’est pas la seule femme à vivre cette dure réalité. Depuis cette crise, des femmes sont aussi obligées de jouer à la fois le rôle de père et mère de famille. Elles parcourent des kilomètres à pieds tout en portant sur la tête leurs marchandises qu’elles doivent ensuite étaler dans des marchés pour les offrir à des clients qui se font de plus en plus rares en cette période.
En plus, souvent des protestataires pillent leurs commerces. Une situation que connait bien Jesula. « Mon mari est au chômage. Chaque jour, je dois marcher pour offrir des bougies ainsi que des paquets d'allumettes aux acheteurs », a-t-elle dit.
À côté des difficultés économiques que confrontent ces femmes, elles doivent aussi gérer les impacts psychologiques et émotionnels qui découlent de l'éparpillement des membres de leur famille. Si pour certaines, cette rude disposition a été prise pour échapper à la guerre des gangs dans leurs quartiers, pour d’autres c’est dû à leur incapacité de payer un loyer dont le coût est devenu trop élevé pour leurs faibles revenus.
C'est avec la mort dans l'âme que Jesula évoque sa situation. « Je ne demande rien d'autre aujourd’hui sinon la chance de vendre le peu de marchandises que j'ai afin que je puisse avoir un peu d'argent, car c'est comme ça que j'ai la possibilité d'acheter un plat de riz qui est mon unique repas pour toute la journée, je n'ai pas de petit déjeuner ni de souper », déclare-t-elle.
Les femmes souvent victimes de violences sexuelles
Mise à part cette situation chaotique, d'autres femmes connaissent des circonstances parallèles ou encore pires. Mutchi Obas, responsable d’une organisation qui défend les droits des femmes, révèle avoir accueilli plusieurs victimes de violences sexuelles durant ces derniers jours. Deux d'entre elles étaient dans des situations critiques et leur cas nécessitait des soins physiques et psychologiques.
Cette structure illustre le cas d'une jeune femme nourrice qui a été violée par deux individus dans un corridor près de chez elle le week-end dernier dans le département du Nord, alors qu’elle allait chercher de l'eau, elle a aussi mentionné les cas des « Madan Sara » qui se lèvent tôt pour entreprendre leurs activités et qui sont battues et violées.
Conséquences de la crise sur le secteur informel
Le secteur informel n'échappe pas aux méfaits de la crise qui prend des proportions démesurées sur le territoire haïtien à cause de la pénurie des produits pétroliers. Pour vaquer à leurs activités, des commerçantes n'ont recours qu'à la circulation piétonne, et elles doivent généralement payer un frais pour faciliter leur passage et atteindre les lieux de vente.
Une vendeuse de potages croisée dans les parages du marché de Petion-Ville, nous fait part de son quotidien périlleux. « Je suis obligée de rester éveillée pour attendre ceux qui vont sortir tôt pour les accompagner, et au moment d’emprunter la Nationale # 1, nous devons donner une cotisation aux hommes armés. Je suis obligée de faire le trajet. Malgré tout, car j'ai trois enfants. Ils sont orphelins de père, c'est à moi d'assurer leur éducation et les nourrir », a déclaré cette marchande venant de Canaan.
La situation n'est pas différente pour cette septuagénaire demeurant à Kenskoff, mère de 10 enfants, qui malgré son âge avancé, laisse sa maison chaque jour aux environs de 4 ou 5 heures pour se rendre à pied à son point de vente habituel dans la commune de Petion-Ville.
En dépit de la misère dans laquelle croupissent ces femmes, elles plaident en faveur du rétablissement d'un climat sécuritaire afin qu'elles puissent assurer l'avenir de leurs progénitures.
Sheelove Semexant
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