Les usagers du transport public sont les vraies victimes de la rareté du carburant
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La pénurie des produits pétroliers persiste sur le marché haïtien. Des victimes directes de cette rareté, les chauffeurs du transport en commun et les passagers ne sont pas exempts. À l’approche de la réouverture des classes, les transporteurs dénoncent la baisse des activités économiques dans le pays, et les passagers critiquent l’augmentation du coût des différents trajets.
10 h, ce mercredi, le transport en commun est un peu fluide sur l’autoroute de Delmas. Les points de connexion, principalement les gares de stationnement, sont un peu vides. La quantité de camionnettes, les autobus du transport en commun dans cette artère de l’aire métropolitaine de Port-au-Prince a considérablement diminué. Junior, un chauffeur assurant le trajet Delmas-Pétion-ville, raconte son quotidien durant ces derniers mois: « Avec la rareté du carburant, nous, les chauffeurs du transport public, n’avons pas une journée pleine d’activités. Une grande partie de notre temps est consacrée à la recherche du carburant », explique-t-il !
À Delmas 47, un autre scénario. Dans les parages d’une station-service de la zone, une quantité exagérée de véhicules longent le côté de la route. Motocyclettes, voitures et camions, ils sont tous à la recherche du liquide rare. Entassés les uns sur les autres, les embouteillages ont pris chair et bloquent à tous les niveaux la circulation. Joseph, un chauffeur assurant le trajet Delmas 65-Portail Léogâne, raconte qu’il a l’habitude de passer des nuits sous les étoiles dans l’objectif de remplir son réservoir de carburant.
Face à une telle situation, Joseph n’a pas manqué d’exprimer ses frustrations vis-à-vis des autorités de l’État qui ne font rien pour donner une réponse à la crise socio-économique et sécuritaire qui sévit dans le pays. « Nous n’avons pas d’autre recours. Ici c’est comme dans la jungle. Le Premier ministre actuel n’a aucune volonté pour améliorer les choses », a-t-il martelé. Cependant, il ajoute qu’à la veille de la réouverture des classes, la situation économique est de plus en plus précaire et les conditions humanitaires se détériorent davantage.
Junior déclare que ces situations ont provoqué une nette augmentation du prix du transport en commun sur le marché. « Le trajet Portail Léogâne, Delmas, qui était autrefois 25 gourdes, est passé à 50 gourdes. D’autres trajets qu’on payait autrefois 25 gourdes coûtent actuellement 40 gourdes et ceux qui étaient à 10 gourdes ou 15 gourdes se trouvent à 25 gourdes. Nous n’avons pas d’autres choix. Les activités ne fonctionnent pas à leur rythme quotidien. Une journée de 8 aller-retour est passée aujourd’hui à 3. Tout cela est à mettre sur le compte de l’irresponsabilité de l’État », a-t-il fait savoir.
Néanmoins, Joseph soutient que la hausse du coût du transport en commun a chambardé leurs activités habituelles. « Avec les passagers, on est toujours en désaccord. Certains comprennent que c’est la situation du pays qui nous pousse à ajuster le coût des trajets ; pour d’autres c’est un abus, ils pensent que nous profitons d’une situation pour nous enrichir », raconte le soixantenaire, père de deux enfants.
Selon Junior, c’est la mauvaise gouvernance qui provoque l’aggravation de cette crise multidimensionnelle. Par ailleurs, il conseille aux acteurs de prendre conscience, d’évaluer la situation et envisager des solutions qui peuvent améliorer les conditions de vie de la population.
Oberde Charles
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