La situation des déplacés de Cité-Soleil
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Des affrontements éclatés, le 8 juillet dernier, entre des gangs armés opérant dans la commune de Cité-Soleil, ont fait des centaines de morts et plusieurs milliers de déplacés. Selon les Nations unies, entre le 8 et le 17 juillet 2022, plus de 471 personnes ont été tuées, blessées ou portées disparues. Environ 3 000 personnes ont fui leur domicile, dont des centaines d’enfants non accompagnés, tandis qu’au moins 140 maisons ont été détruites ou incendiées. Une bonne partie de ces rescapés de la violence atroce des gangs se sont réfugiés dans cinq endroits de la région métropolitaine de Port-au-Prince, dont l’établissement Saint Louis Gonzague et le Centre Sainte-Élisabeth.
10 h 5 du matin nous somme la l’intérieur de l’établissement scolaire Saint-Louis-de-Gonzague à Delmas. L’espace est rempli d’enfants courant un peu partout, comme en période d’activités scolaires. La réalité est que 320 personnes, majoritairement des enfants, squattent cet endroit pour se protéger de la guerre des gangs.
Ces jeunes dépourvus de tout, pour la plupart, ont eu leurs maisons parties en fumée et/ou leurs parents ou leurs proches assassinés sous leurs yeux, parviennent à s’alimenter grâce au support du Programme alimentaire mondial (PAM), et Food for the poor. Des particuliers et d’autres structures les viennent en aide afin qu’ils puissent s’occuper de certains de leurs besoins primaires. Mais le calvaire de ces natifs de la commune de Cité-Soleil n’est pas fini. Ils ont jusqu’au 10 août pour libérer cet espace, à cause des préparatifs en prélude de la rentrée des classes prévue pour le 5 septembre, nous a confié un responsable.
10 h 35, nous mettons le cap vers Centre Élisabeth, un autre établissement qui a accueilli les déplacés du plus grand bidonville du pays. Si à Saint Louis Gonzague, malgré tout, les enfants s’amusaient, dans ce centre d’accueil c’est un autre cas de figure. Sur le visage des gens qui s’y trouvent se lit l’horreur qu’ils ont vécue avant de quitter Cité Soleil.
Ils sont environ 125 personnes, dont 96 enfants de tout âge, à être hébergées dans le bâtiment, certaines dorment à même le sol dans le froid, d’autres, plus chanceuses, ont reçu des matelas des organisations non gouvernementales. Ils sont nourris également grâce aux soutiens de PAM et Food for The Poor. Après, elles passent leurs journées perchées sur le balcon de l’établissement où dans les fenêtres guettant l’arrivée d’un bon Samaritain.
« La situation est extrêmement compliquée pour nous. Les bandits ont envahi notre quartier à Cité Soleil et incendié notre maison aux environs de 6 h du matin. Bon nombre de mes voisins n’ont pas eu l’occasion de s’enfuir. Grâce au soutien des bonnes sœurs, nous avons la chance de nous déplacer. J’espère que les autorités prendront des dispositions pour nous reloger, car nous ne pouvons retourner à Cité Soleil», nous a raconté une adolescente de 16 ans qui s’est réfugiée au centre Sainte Élisabeth, avec sa mère et ses quatre (4) frères et sœurs.
«J’ai perdu mon père dans la guerre, il n’a pas eu de funérailles. On a seulement creusé un trou près de la mer pour enterrer son cadavre. Dans les affrontements qui ont démarré le vendredi 8 juillet, j’ai constaté plus de 200 personnes assassinées. Il n’y a pas de vie à Cité Soleil, il n’est pas envisageable qu’on y retourne», a lâché une jeune femme de 23 ans, avec la gorge nouée.
Face à cette situation alarmante et désobligeante qui touche la catégorie la plus précaire, Francisco Sériphin le coordonnateur général du groupe communautaire religieux Kizito, une des structures qui assistent les déplacés de Cité Soleil, appelle à une prise en charge des autorités en vue de reloger les 768 enfants recensés dans les cinq centres d’accueil.
Esdra Jeudy
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