Comment la CIA voit le monde en 2021 !
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Depuis 1997, tous les quatre ans, un rapport sur l’état du monde en général et sur les États-Unis en particulier est publié aux États-Unis. Diffusé par le Conseil national de renseignement, bras armé de la Centrale intelligence américaine (CIA), ce bilan de plus de 250 pages contient plus d’une centaine de paramètres, qui va de la géopolitique aux relations internationales en passant par les sujets d’actualité. Toujours très attendue par les experts et journalistes spécialisés en relations internationales, notamment en Europe, cette publication est considérée comme très utile à la marche du monde.
La dernière publication datant de 2021 contient des projections sur l’économie, le social, la politique internationale, bref un corpus grandeur nature sur l’évolution du monde avec plus d’une vingtaine de tableaux explicatifs sur les arguments développés par les fins limiers américains. Dans ce document, la CIA explique que nous devons nous attendre à des bouleversements que l’humanité n’a jamais connus jusqu’à présent.
La Centrale s’interroge et s’inquiète du développement accéléré de l’Intelligence artificielle qui fait l'objet d'une attention soutenue. Mais les stratèges de la CIA n’en évoquent pas les conséquences sur le marché de l’emploi. Cependant, faisant l’inventaire des maux qui, selon eux, risquent de mettre en péril l’ordre mondial, ils avancent certaines pistes de compréhension, comme c’est le cas avec le Covid-19. Évoquant la pandémie, l’Agence l’a identifiée comme étant un facteur de « marche arrière ». « Le COVID-19 ralentit, voire l’inverse, certaines tendances de longue date en matière de développement humain, notamment la baisse de la pauvreté et des maladies et la réduction des inégalités entre les sexes. Les renversements les plus durables pourraient concerner la diminution de la pauvreté en Afrique, en Amérique latine et en Asie du Sud, suivi d’un véhicule en matière d’égalité des genres. Les ressources consacrées à la lutte contre le COVID-19, les restrictions sociales pourraient annuler des années de progrès contre le paludisme, la rougeole, la polio et d’autres maladies effectuées en consommant des ressources financières, matérielles et humaines. »
Typique américain
Une telle approche est typique de la CIA qui analyse tout sous l’angle économique. Le COVID 19 est considéré ici comme des freins à l’épanouissement économique capitaliste. Rien d’étonnant, car il s’agit avant d’une institution américaine dont l’objectif est la prospérité du pays, modèle économique que l’Amérique veut exporter partout.
Si l’inventaire des problèmes n’est pas contestable, tant il est d’une brûlante actualité, en revanche on peut dénoncer les méthodes préconisées par les auteurs du rapport pour qui le modèle américain est le meilleur. À chaque rubrique, c’est cette autosatisfaction qui remonte à la surface avant d’accoucher des recommandations au nouveau président américain.
Ces rapports sont considérés aux États-Unis comme étant le programme politique du nouveau président. Ce qui est surprenant c’est que tout au long de ces analyses de l’état du monde, il n’a jamais été question d’amorcer la moindre critique de la diplomatie américaine. L’Amérique est tellement fière qu’elle n’est pas capable d’apporter le moindre aggiornamento dans sa politique extérieure alors qu’elle enchaîne fiasco sur fiasco : Irak, Syrie, Afghanistan, etc.
La musique diplomatique américaine, selon la CIA, est non seulement bonne à écouter pour les États-Unis, mais elle l’est pour les autres au point de vouloir l’imposer, quitte parfois à recourir à l’occupation en bonne et due forme. Au détour d’une page, la conception même de la démocratie jaillit comme de l’eau pure. Les poncifs habituels sont ressassés, une logorrhée époustouflante sur la démocratie et ses florilèges. « Le monde connaît, peut-on lire, un véritable retour de démocratie ouverte, dans le sillage des États-Unis et de leurs alliés. Les rapides progrès technologiques, favorisés par des partenariats publics privés aux États-Unis et dans d’autres sociétés démocratiques transforme l’économie mondiale, augmente les revenus et améliore la qualité de vie de millions de personnes dans le monde. En revanche, le contrôle et la surveillance accrue des populations en Chine et en Russie freine l’innovation. »
La démocratie, dans son fonctionnement étatique, obéit, partout aux mêmes principes gouvernementaux à savoir une constitution, des pouvoirs séparés collaborant pour le bon fonctionnement des institutions. En revanche, on peut avoir une économie florissante, voire même capable d’atteindre des taux de croissance fous sans pour autant vivre dans une démocratie.
La matrice même du rapport de la CIA est constituée de la même rhétorique idéologique sur laquelle fonctionne l’empire américain.
Mais chaque fois, le vide est encore plus accentué et le subjectif avéré d’une telle publication ne font plus aucun doute. Le cas de se demander pourquoi écrire un rapport si c’est pour dire que les États-Unis sont le plus grand pays du monde. Que tout y est bien. Que cet État possède les plus grandes universités du monde où le monde entier accourt pour y être admis.
Entreprise de propagande
Ce type de communications n’est rien d’autre qu’une entreprise de propagande visant à remonter le moral des troupes. Si on est pas armé d’abord idéologiquement, on peut tomber dans le piège. On nous vend une politique rose bonbon qui n’existe que dans l’imaginaire des auteurs du rapport. D’ailleurs la communication s’ouvre sur cette vulgarité idéologique que l’agence a l’habitude de mettre exergue comme si nous étions encore au temps de la guerre froide: « Dans ce monde très contesté, les communautés seront de plus en plus fracturées, les individus rechercheront la sécurité auprès des groupes partageant les mêmes idées qu’eux, sur la base d’identités établies ou émergentes; les États de tous types et de toutes régions s’efforceront de répondre aux besoins et attentes de populations plus connectées, plus urbaines et plus autonomes; et le système international s’avérera plus compétitif et conflictuel, alors que les acteurs étatiques et non étatiques exploiteront de nouvelles sources de pouvoir et éroderont les normes et institutions établies qui avaient fourni une certaine stabilité durant l’es dernières décennies. »
Avec une telle introduction, la CIA fait preuve d’abord d’une irréalité terrible, car la politique étrangère des États-Unis ne vise jamais à renforcer l’État de droit, mais l’inverse. L’implantation d’un État fort capable de gérer, seul, ses relations internationales sont aux antipodes de la politique étrangère américaine. La majorité des termes utilisés sont de la poudre aux yeux, visant à donner de la hauteur et une stature intellectuelle à ceux qui ont écrit le rapport. Mais depuis 1997, il y a lieu de constater que les propositions qu’on peut qualifier de progressistes dans ce genre de publications n’ont jamais été appliquées. Parfois, c’est le contraire qui se produit. La flagrante incompatibilité entre les orthodoxies de la politique étrangère des États-Unis et les projections bien calibrées dans ce rapport prouvent qu’une chose : la défense des intérêts américains reste et demeure le point central de tout ce que cette puissance entreprend.
Une autre perle du rapport qui doit faire rire ceux qui connaissent bien les relations internationales entre les pays riches. Tout le monde sait que l’administration de Trump a tout fait pour saboter la conférence de la COP2021. Mais la manière dont les hommes de la CIA résument l’affaire est jubilatoire et dénote qu’ils n’ont qu’un objectif : défendre une conception du monde qui leur sera profitable, car la préservation de leur hégémonie sur le reste du monde en dépend. « Une coalition mondiale menée par l’UE et la Chine, en collaboration avec des ONGS et des institutions multilatérales redynamisées met en œuvre des changements profonds destinés à lutter contre le changement climatique, l’épuisement des ressources et la pauvreté à la suite d’une catastrophe alimentaire mondiale causée par des événements climatiques et la dégradation de l’environnement. Les pays les plus riches s’engagent à aider les pays les plus pauvres à gérer la crise, puis à passer à des économies à faible émission de carbone par le biais des vastes programmes d’aide et de trad forts de technologies et éthiques avancées. »
L’astuce consiste à aborder en surface les problèmes sans aller dans le fond des choses. Par ailleurs l’environnement, l’économie, l’écologie, le terrorisme, l’immigration, les armes nucléaires, les groupes extrémistes, la gestion du Covid 19, la montée et la maîtrise des zones de pauvretés. Chaque pays est passé au peigne fin selon une hiérarchisation d’informations typique de la Centrale. Cela donne parfois une impression de déjà-vu. La CIA est plus qu’un service secret d’un pays : c’est la tête pensante de la Nation américaine.
Quiconque est habitué à ces genres de prévisions savent qu’il s’agit souvent d’une œuvre d’égocentrisme le plus abouti : il n’y a que l’Amérique qui compte, et leur conception simple, voire simpliste, de la démocratie. Par exemple, traiter la Chine comme ils l’ont fait, prouve à lui seul que la vision américaine ne repose sur rien d’objectif. C’est un concentré de propagande digne de la centrale. On peut retrouver dans ces pages les arrière-pensées idéologiques de Donald Rumsfeld, l’ancien ministre de la Défense des États-Unis, qui avait mis sur pied la stratégie de la guerre en Irak.
Pour rester dans le registre académique, le type de pensées parcourant le nouveau rapport nous rappelle le fameux livre de Francis Fukuyama « la fin de l’histoire et le dernier homme ». Ce sont des analyses à dormir debout, quand ce n’est pas de la manipulation pure et simple. On retrouve des termes comme transnationaux, déséquilibre, pays émergents, fragmentation, défis mondiaux, mais ils ne sont analysés que sous l’angle nord-américain.
Il y a toutefois des choses vraies et bonnes dans ce rapport, comme par exemple les analyses sur les problèmes environnementaux ou encore la nécessité de contrôler les armes chimiques, afin d’empêcher un fou de les utiliser contre sa propre population. Enfin, l’horizon 2040, vu par cette institution américaine avec des projections très ciblées en matière économique, sociale, environnementale, stratégique, est sans aucun doute, un très bon baromètre de travail, mais qui trouvent comme d’habitude leurs limites dans une politique étrangère américaine qui, elle, n’a pas changé d’un iota depuis la fin de la guerre froide.
Maguet Delva
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