Succession de Jovenel Moise : bataille rangée au sommet de l’État
Moins d’une semaine après la mort du chef de l’État haïtien, Jovenel Moise, le pays assiste à une bataille pour sa succession. Entre Ariel Henry, dernière volonté politique de Jovenel Moise, Claude Joseph, Premier ministre démissionnaire et Joseph Lambert, président du tiers du Sénat, un rude combat pour le contrôle de l’appareil étatique a déjà commencé.
La mort de Jovenel Moise plonge encore plus le pays dans l’instabilité politique. En moins d’une semaine, la réalité politique du pays a complètement changé. Si autrefois, le débat sur Haïti au niveau de la presse internationale était notamment le referendum pour le changement de la Constitution, aujourd’hui, même les défenseurs les plus farouches de ce projet n’en parlent plus. A présent, il est plutôt question de savoir qui des prétendants au poste vont pouvoir assurer la présidence transitoire en attendant l’élection d’un autre président.
La réalité est qu’il y a un duel au sommet de l’État pour assurer la succession de Jovenel Moise. La classe politique est divisée sur presque tout, les modalités de la transition, le choix des personnages, la mission, le temps, etc. Les principaux acteurs sont le Premier ministre démissionnaire, Claude Joseph, le Premier ministre nommé Ariel Henry et le président du Sénat amputé de deux tiers de ses membres, Joseph Lambert. Plusieurs réunions ont déjà eu lieu sous le patronage intéressé de la communauté internationale.
Des pions sont en train d’être déplacés. Les acteurs révisent leurs stratégies. Difficile de trouver un consensus. Les acteurs ne sont pas prêts à faire un dépassement. Alors que la communauté internationale plaide pour une continuité avec Claude Joseph, des acteurs politiques et de la société civile défendent l’idée d’une rupture dans la continuité avec Joseph Lambert comme président et Ariel Henry comme Premier ministre. Pourtant, la majorité de ces partis politiques avaient critiqué le choix d’Ariel Henry d’intégrer le pouvoir de Jovenel Moise.
Dimanche 11 juillet, une délégation du gouvernement américain a rencontré les différents protagonistes à Port-au-Prince. Composée de représentants du département de la Justice, du département de la Sécurité intérieure, du département d’État et du Conseil de sécurité nationale, cette délégation a rencontré Claude Joseph, Joseph Lambert et Ariel Henry de manière séparée, avant d’organiser une réunion conjointe entre ces trois protagonistes. La délégation encourage la poursuite des dialogues afin de dégager un consensus.
Chaque acteur essaie de tirer profit de la situation. Dans ses déclarations officielles, Claude Joseph a enlevé la locution latine ad intérim qui prouve que sa présence à la Primature est passagère. Ariel Henry, qui représente la dernière volonté politique de Jovenel Moise, critique les comportements de Claude Joseph qui, selon lui, va trop vite en besogne. De son côté, Joseph Lambert essaie de faire valoir son droit à la succession de Jovenel Moise. Le sénateur estime qu’il est un élu légitime, ce qui rend sa situation plus proche de la Constitution.
Sur son compte Twitter, le président du tiers du Sénat a dénoncé le fait qu’Ariel Henry a été insulté par Claude Joseph lors d’une rencontre avec la délégation américaine. Des injures graves, invectives, calomnies et d’autres atteintes à la personnalité ont été au menu des discussions. Ce qui est très critiqué par le sénateur. Pour l’heure, les deux autres protagonistes, à savoir, Claude Joseph et Ariel Henry, n’ont fait aucune déclaration à propos de la rencontre tenue avec les officiels américains.
Dans une note publiée sur le site de l’Ambassade américaine, la délégation dirigée par Juan Gonzalez et Laura Lochman a parlé de la nécessité d’un dialogue ouvert et constructif en vue de parvenir à un accord politique permettant au pays d’organiser des élections libres et équitables. Contrairement à cette déclaration, Joseph Lambert a fait savoir que la délégation a apprécié la résolution du Sénat qui a fait choix de lui comme prochain président provisoire de la République.
Joseph Lambert : le choix de la classe politique ?
En plus de la résolution du tiers du Sénat qui a consacré Joseph Lambert président provisoire de la République jusqu’à l’entrée en fonction du Parlement et d’un nouveau président élu, le 7 février 2022, la classe politique s’est aussi réunie autour de Joseph Lambert. Un protocole d’entente nationale a été signé entre plusieurs partis et mouvements politiques, dont Dirpod, Lòd demokratik, PHTK, INITE, Mochrena, dans l’idée d’appuyer, par consensus, le choix du sénateur Joseph Lambert comme président provisoire de la République. Pour la Primature, ces structures politiques ont fait choix de poursuivre l’aventure avec Ariel Henry, puisque ce dernier a déjà été nommé par Jovenel Moise, peu de temps avant son assassinat.
Evens REGIS
Si vous avez déjà créé un compte, connectez-vous GRATUITEMENT pour lire la suite de cet article.
Pas encore de compte ? Inscrivez-vous
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.