Les acteurs haïtiens encore incapables de faire face à la crise
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Visiblement, les conditions ne sont pas encore réunies pour espérer une vraie stabilité dans le pays. Les signataires des différents accords font le dos rond au lieu de proposer une solution convaincante à la crise. Le Premier ministre Ariel Henry continue de diriger alors que le Sénat cherche à agir dans les coulisses pour essayer de s’affirmer sur la scène politique.
En ce moment, le pays connaît un vide institutionnel à tous les niveaux. A l'intérieur des pouvoirs, il y a une absence totale de légitimité et la confiance de la population en ces institutions est complètement érodée. Le pouvoir judiciaire est secoué par des cas de corruption et des cas de manque d'intégrité morale; une situation qui avait forcé le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire à exclure 9 juges du système au cours du mois de février 2022.
Par ailleurs, le pouvoir législatif est réduit à peau de chagrin. La chambre basse est dissoute et le Sénat fonctionne avec seulement 1/3 de son effectif, soit 10 sénateurs.
En réalité, suite à la mort du feu Jovenel Moïse le 7 juillet dernier, les diverses initiatives des acteurs n’ont fait que creuser le vide institutionnel et n’ont pas changé le quotidien de la population haïtienne. Parallèlement, la population et les acteurs politiques ne sont pas enthousiastes à prendre la route des élections prônée par le chef du gouvernement. Le 4 mars dernier, André Michel, pourtant membre de l’alliance au pouvoir, a fait cette déclaration: « Il y a 4 conditions indispensables à l’organisation des élections en Haïti: 1) un CEP crédible; 2) la sécurité des citoyens et du territoire; 3) la déphtkisation du secteur financier de l’État; et 4) un consensus suffisant. Sinon, c’est la pagaille! Le PM doit assumer ses responsabilités ».
Les acteurs signataires des différents accords poursuivent encore les dialogues. Le 11 mars dernier, une délégation du Bureau de suivi de l'Accord du 30 août (Accord de Montana), composé de Leslie Voltaire, Jacques Ted St-Dic, Ernst Mathurin, Magali Comeau Denis, Jeanty Joseph Raymond et Antoine Augustin avaient rencontré le tiers du Sénat en vue de trouver une solution consensuelle à la crise, alors que le BSA attend un appel du Premier ministre pour continuer avec les négociations de février dernier.
Cependant, du côté des signataires de l'Accord du 11 septembre, de l’insatisfaction est exprimée par certains partis qui estiment que le Premier ministre dirige seul le pouvoir et ne respecte pas les clauses qu'ils avaient élaborées ensemble dans le cadre de l'accord. « Cette initiative du gouvernement, de monter en dehors de tout consensus un Conseil électoral provisoire (CEP) et d'entreprendre des démarches pour remplacer des juges de la Cour de cassation, dont leur mandat est arrivé à terme, est périlleuse et solitaire », ont-ils déclaré.
Seul à la tête de l'exécutif, le Premier ministre Ariel Henry ne cesse de multiplier des rencontres avec les représentants de l'international. Le 8 mars dernier, durant sa rencontre avec la secrétaire adjointe américaine aux Opérations de conflit et de stabilisation, le chef du gouvernement a déclaré que les échanges étaient portés sur les questions des élections, la sécurité du pays et le dialogue inter-haïtien.
Cependant, au niveau local, on attend encore les signaux des acteurs qui permettent d’espérer une solution à la crise multidimensionnelle du pays. Le kidnapping ne faiblit pas. Martissant reste une zone très tendue, sous la commande des gangs. La misère et la cherté de la vie demeurent des faits ordinaires.
Oberde Charles
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