radiotelepacific@gmail.com
Radio Pacific 101.5 fm
Actualité

L'opposition à tout fait en 2019 sans atteindre son objectif

L'opposition à tout fait en 2019 sans atteindre son objectif

La bataille entre le pouvoir et l'opposition a été intensive cette année. En vue d'aboutir à son objectif, l’opposition a joué à fond, mais elle n’est pourtant pas arrivée à évincer Jovenel Moïse du pouvoir. Après avoir, particulièrement, infligé à la nation deux événements baptisés de pays lock qui ont plongé la communauté haïtienne dans la détresse, elle semble, en cette fin d'année, en rupture de stratégies.

L'hostilité de l'opposition vis-à-vis du pouvoir date de 2017. Cependant, elle a commencé à se faire sentir à partir du soulèvement populaire spontané des 6 et 7 juillet 2018. Depuis, les accusations portées, principalement contre le chef de l'État, ne cessent de s'amplifier. Incapacité de tenir ses paroles, amateurisme, corruption caracolent en tête des reproches adressés par l’opposition au numéro un de la nation. Les manifestations se sont ensuite intensifiées avec, notamment, le mouvement petrocaribechallenge. Jusque-là l'opposition plurielle vacillait encore sur son objectif exact.

Fort de ces préalables, l'opposition politique a marqué d'une façon inédite l'année 2019. L'objectif est devenu plus clair, les positions se sont radicalisées et le pays en entier, malheureusement, en a payé les conséquences au prix fort. Ce qui fait de cette année en cours d'achèvement, l'une des pires de l'histoire nationale où tous les indicateurs sont en rouge.

Le départ de Jean Henry Céant a tout chamboulé

Contraint de laisser la Primature après les évènements des 6 et 7 juillet 2018, Jack Guy Lafontant, a été remplacé par le notaire Jean Henry Céant. Leader de Remen Ayiti, de la descendance de Fanmi Lavalas, une carte importante de l'opposition. Durant son mandat, l'opposition déchiquetée, présentait un profil vulnérable malgré. Aidée par le mouvement petrocaribechallenge, elle parvient quand même à cumuler deux grandes manifestations de rues et deux événements de pays lock, respectivement dans les semaines ayant suivi le 18 novembre 2018 et 7 février 2019. Des situations vite maîtrisées, puisque l'opposition se sentait confortable avec PM d'alors, leur homme. L'opposition jusque-là ne représentait pas une menace importante pour le pouvoir. Seuls le secteur démocratique et populaire, Fanmi Lavalas et la plateforme Pitit Desalin (l'aile radicale) maintenaient la pression. Les autres structures se réfugiaient dans l'opposition dite modérée.

Il a fallu la révocation de Jean Henry Céant par la Chambre des députés, mais de façon spectaculaire, pour tout renverser. Céant est parti, Jovenel Moïse a raté une occasion opportune, une de plus, pour initier le dialogue qu'il a toujours promené. L'opposition devenait alors plus hostile et parlait dorénavant de « tabula rasa » et ensuite de « changement de système ». À ce stade, l'on dirait que, la nation tout entière était en rogne contre le dauphin de Michel Joseph Martelly. En dépit de sa division, son mal chronique, l'opposition, à l'exception d'UNIR Haïti, ne parle que de départ sans condition. Et, pris dans l'étau, Jovenel Moïse semblait n’avoir plus de marge de manœuvre. Tout le monde pariait sur sa démission.

Plus de macadam, le Parlement et la presse ont pris le relais

Depuis 2017 l'opposition politique n'a jamais pu organiser une manifestation qui attire la grande foule. Bien après le départ de Céant, la plaie n'a pas été cicatrisée. Les manifestations se sont faites rares. Les leaders de l'opposition avaient pris d’assaut les médias. Tous, ils parlaient de départ inconditionnel, de l'installation d'un gouvernement de transition, de dialogue national souverain. Répondant aux questions sur l'existence des conditions matérielles pour y parvenir, ils n’ont eu cesse de se fourvoyer. De l'autre côté, la branche institutionnelle de l'opposition (les sénateurs et les députés) au sein de l'hémicycle faisait l'histoire à sa manière.

Jovenel Moïse, bloqué dans le processus du dialogue, a changé son fusil d'épaule en essayant, à travers sa majorité dans les deux branches du Parlement. Il a proposé deux gouvernements: l'un avec le PM actuel, Jean Michel Lapin et l'autre emmené par Fritz William Michel. Des tentatives qui ont permis à la population de constater le degré de pourrissement du Parlement. En vue de faire obstacle à la tenue de ces séances, les sénateurs minoritaires et alliés ont saboté pas moins de deux fois la salle de séance. À la Chambre des députés, c'est en effet, les mêmes scénarios. En vue de mettre en accusation le chef de l'État pour violation de la constitution et des lois de la République, les députés de l'opposition ont eux aussi saboté leur salle de séance contraignant le président de la Chambre basse à programmer la tenue concernant la demande de mise en accusation rejetée par les pro-pouvoirs.

L'événement de l'année

Aidée par une crise de carburant, l'opposition est parvenue à bloquer le pays durant environ trois mois. Cette première, dans les batailles politiques en Haïti, a eu des conséquences incalculables. Même la liberté de circulation n'était pas garantie. Entre autres secteurs les plus affectés : l'économie et l'éducation. Dans l'intervalle, on avait l’impression que le pays était livré à lui même. Le chef de l'État, pendant des semaines, ne donnait plus signe de vie. Sa sphère de circulation, avait constaté plus d'un, était complètement réduite. Ses sorties publiques étaient inexistantes au point même de ne pas se rendre ni à Pont-Rouge, ni à Marchand Dessalines, ni à Verrières. Faut-il aussi souligner la défection de plusieurs alliés importants comme les sénateurs, Youri Latortue, Sorel Jacinthe, Joseph Lambert qui étaient venus grossir le rend de l'opposition.

C'était en effet un événement sans précédent qui a consacré la décapitalisation totale de la classe défavorisée. Les pertes sont énormes. Des dégâts matériels, des morts d'hommes, plusieurs dizaines de blessés, des manifestations monstres, des affrontements entre membres de la population, des vols, des incendies. En fait, cette période fait courir la société derrière un bilan extrêmement lourd. Et fort de ses sacrifices, les responsables de l'opposition ne sont pas arrivés pas à chasser du Palais le chef de la nation.

Vers l'unité de l'opposition plurielle

Durant cette période de pays lock, l'opposition a beaucoup appris. En réalité, ce bloc politique faisait face à deux grandes critiques: difficulté de s'unir et absence d'un plan post-Jovenel Moïse. Longtemps murée dans l'idée que ces reproches ne sont pas fondés, les chefs de file ont finalement compris que la population avait raison et que " pise gaye pa kimen ». Par conséquent, ils ont fait pas mal de compromis, fragiles en essence, en vue de pousser, le garant de la bonne marche des institutions vers la sortie. En ce sens furent signés pas mal d'accords qui ont abouti à une sorte d'unification de l'opposition. Signature de l'Alternative consensuelle pour la refondation de l'État, ci-devant la constitution de la Force de l'opposition progressiste (FOP), mis en place du regroupement « Mache kontre », du bloc démocratique. Ce qui va aboutir à l'Accord de Marriott le 10 novembre 2019 à l'initiative de la Passerelle. À partir de cet instant, l'opposition devait parler d'une seule voix, mais Fanmi Lavalas décide de faire cavalier seul. À cela s'ajoutent d'autres divergences observées au sein des signataires depuis les récentes rencontres avec les émissaires américains.

La diplomatie américaine apporte une douche froide à l'opposition

Le vent en poupe, l'opposition politique ne jurait que par le départ du chef de l'État pour suspendre les hostilités. Mais, à la suite de deux rencontres avec deux envoyés spéciaux de la Maison-Blanche, le mouvement a connu un arrêt brutal. Aujourd’hui, les radicaux se taisent. Ils ont toujours, disent-ils, fait savoir aux intermédiaires étrangers qu'ils demeurent attachés à l'Accord de Marriott. Un accord, depuis sa signature, qui ne leur a pas permis d’aller dans le sens souhaité.

Daniel Sévère

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Actualité

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, sans inscription.

Rubriques à suivre