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Le quota, selon M. le président

Le quota, selon M. le président

Le chef de l’État, Jovenel Moise, a parlé de l’organisation des prochaines, lors du « dialogue communautaire », tenu, ce dimanche 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale des droits de la femme. Le président a dérapé en déterminant, avec une logique que lui seul comprend, certaines communes qui n’auront que des femmes comme candidat.

Le format n’avait pas changé. Comme les deux autres éditions, le chef de l’État a passé plus de trois heures de discussions avec des représentants de certaines organisations communautaires du pays. Mais cette fois, ce troisième dialogue communautaire était marqué par une présentation des ministres du nouveau cabinet. Des salutations d’usages aux promesses, Jovenel Moise a, dans une boutade, fait savoir qu’en absence du Parlement, lui et ses ministres ont le plein pouvoir de diriger, de bâtir une loi électorale et d’organiser les élections.

Sous un ton ironique, Jovenel Moise a laissé entendre que ce pouvoir, qu’il est en train d’exercer avec ses ministres à l’heure actuelle, est un don de Dieu. Critiquant par ailleurs, les anciens députés et sénateurs de la 50e législature qui, dit-il, ont saboté son intention de doter le pays d’un gouvernement avec 50 % de femmes. Ainsi, promet-il, d’adopter une loi électorale qui va exiger uniquement la candidature féminine dans certaines circonscriptions électorales. Cela pourrait être une déclaration pour seulement donner l’espoir aux femmes. La question fondamentale est : comment va-t-il s’y prendre ?

Il est vrai que la sous-représentation politique des femmes persiste, malgré les progrès réalisés au cours des 20 dernières années à l’aide de mouvements de femmes, mais une telle décision serait du favoritisme, et menacera les bases du fondement démocratique. Promouvoir la représentation des femmes dans la vie politique ne saurait en cas synonyme d’empêcher aux hommes de concourir aux mêmes postes électifs que les femmes. L’important serait d’agir sur les préjugés et facteurs structurels, sociaux, économiques et culturels qui entravent la participation totale et égale des candidates et réduisent la chance des femmes d’être élues. Le président devrait de préférence penser à analyser les obstacles structurels existant dans le processus électoral avec une perspective de genre, au lieu de faire en sorte d’offrir une aubaine aux femmes comme un « papa bon kè ».

Les obstacles que rencontrent les candidates et les aspirantes, elles ne les rencontrent pas de manière homogène. En fait, les obstacles à l’exercice des droits politiques sont « intersectionnels » puisque les femmes peuvent être confrontées et affectées par différents systèmes d’oppression et de discrimination qui se chevauchent. Mais par contre, la démarche qui devrait aboutir à la solution de ce problème de société n’est pas aussi simple. Dans la tête du président de la République, elle peut être simple comme l’action de faire des promesses. Mais en réalité, une décision pareille ne pourra que déchirer encore plus le tissu social de cette nation haïtienne. Certes, on peut toujours agir sur le système électoral en créant un cadre juridique et normatif qui conditionne la participation et l’élection des femmes, mais il faut également penser à structurer et à renforcer les partis politiques qui sont essentiels pour assurer une compétition électorale équilibrée en termes de genre.

Par ailleurs, il faut aussi penser au financement. Le manque de financement est très souvent à la base de la défaite des femmes. Les femmes rencontrent des préjugés structurels basés sur le genre au moment de la recherche du financement. Ces inégalités émanent en grande partie des rôles traditionnellement attribués aux femmes, liés à responsabilités disproportionnées pour le travail non rémunéré, et il existe des écarts de salaires bien connus et une inégalité de l’accès au système financier haïtien. Les prêts scandaleux de l’ONA en sont des exemples. Ces prêts ont été effectués uniquement par des hommes très puissants. En quelque sorte, le chef de l’État peut et devrait penser à agir de façon à réduire ces écarts si réellement il envisage d’éliminer les obstacles afin de créer des conditions justes pour l’exercice des droits politiques des femmes. Car, le quota dont on parle dans la Constitution ne vise, quelle que soit la forme, à donner l’avantage aux femmes, mais plutôt à corriger des déséquilibres et des inégalités structurelles.

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