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Bernie Sanders fait de la résistance

Bernie Sanders fait de la résistance

Avant le « super tuesday » qui s’est déroulé le 3 mars dernier, tous les sondages donnaient Bernie Sanders (78 ans) gagnant. Mais en fin de journée de ce fameux mardi, c’est Joe Biden (77ans) qui, tel un “come back kid”, sortait de sa boîte pour damer le pion au sénateur du Vermont. Que s’est-il passé ? Analyse !

Ce fut une vraie surprise pour tout le monde lorsque Joe Biden, à l’encontre des sondages, remportait la victoire dans plus de neuf États sur 14. Et le plus surprenant encore : il triomphait même dans le Massachusetts et le Texas, des États pourtant réputés être acquis à son concurrent, Bernies Sanders.

Jamais une “remontada” électorale n’a été aussi remarquable et remarquée au pays de John Dos Passos que celle de l’ancien vice-président américain. Que d’hypothèses n’a-t-on avancées pour expliquer ce phénomène ! Peut-on voir dans cet échec une coïncidence ? Un simple hasard ? Rien de moins sûr !
Remontons au moment où, pour pallier à son échec du 3 mars, Bernie Sanders a fait appel à une ancienne célébrité politique noire pour l’aider à séduire une communauté afro-américaine apparemment indifférente à sa personne et à ses programmes. Il s’agit du pasteur Jesse Jackson, ancienne gloire de l’activisme américain des droits de l’homme. La stratégie de Bernie Sanders était de conquérir une certaine fraction de l’électorat noir avec l’aide du bouillant pasteur. Dans l’imagerie populaire, Sanders est plutôt associé à l’électorat “blanc” bien que l’ancien élu du Vermont ait été dans le passé un activiste connu de la défense des droits politiques des noirs.

Cependant l’arrivée de Jackson dans le staff de Bernie Sanders n’a pas permis à ce dernier de remonter la pente lors des primaires démocrates du 10 mars, que ce soit au Mississippi où il a été balayé, au Missouri, au Michigan et dans l’Idaho. Le pasteur Jesse Jackson, que certains observateurs de la scène politique américaine considèrent comme un “has been”, n’a fourni aucune aide consistante dans ces régions où vivent de très importantes minorités noires. Pourtant celles-ci forment très souvent les gros bataillons électoraux du Parti démocrate dans le sud profond. Ces minorités ont massivement Joe Biden sans état d’âme, malgré l’entrée en lice du pasteur noir aux côtés de Bernie Sanders.

Mais il faut quand même attendre les primaires du 17 mars pour évaluer l’apport véritable de Jesse Jackson au camp de Bernie Sanders. Cette estimation aura lieu dans quelques heures dans des États clés comme la Floride ou l’Illinois où évoluent de très fortes minorités afro-américaines.

Cependant les sondages prédisent une victoire écrasante de Joe Biden face à son rival dans les États de Floride et de l’Illinois ainsi que dans l’Arizona ou l’Ohio. Si Jessie Jackson n’arrive pas aujourd’hui à inverser la tendance en faveur de Bernie Sanders, il pourra sans aucun doute espérer le faire en avril prochain dans des États très importants comme New-York, la Géorgie et la Pennsylvanie ou même le New-Jersey où existe une très forte minorité noire.


Sanders ne vise pas la Maison Blanche

Le sort de Bernie Sanders est-il déjà décidé ? Ce dernier doit-il jeter l’éponge face à Joe Biden ? On peut en douter. Les analystes pensent qu’il se battra jusqu’au bout à Milwaukee, en juillet prochain. Il se pourrait que dans un combat électoral au finish, il épuise Biden sur le long terme. Bernie Sanders est un activiste politique de longue date qui n’a pas peur de ces combats épuisants. Tel un boxeur, il peut aller jusqu’au 15ème round malgré les coups et la fatigue. Il a de l’endurance. Au dernier tournant de sa vie, l’ancien parlementaire mène sans aucun doute son plus grand combat politique. Et il a presque atteint son objectif principal qui, contrairement, à ce qu’on pourrait croire n’est pas la Maison Blanche qu’il vise mais plutôt le Parti démocrate.

Mine de rien, Bernie Sanders a quasiment renversé une tendance de plus de 20 ans au sein du parti de John Fitzgerald Kennedy. Il a presque réussi à démanteler la stratégie des Clinton et de leurs amis au sein du Parti démocrate. Pour mettre fin à l’hégémonie totale du Parti républicain sur la scène politique américaine depuis la révolution conservatrice des années Reagan, les stratèges politiques autour de Bill Clinton avaient conduit le Parti démocrate à opérer un virage vers le centre droit afin de capter l’électorat des banlieues “blanches” qui votait républicain.

Cette stratégie supposait un aggiornamento de la doxa traditionnelle du Parti démocrate. Sans transition, ce parti est donc passé du jour au lendemain des pratiques sociales progressistes à un libéralisme économique bon chic bon genre, dans le but de s’accaparer les classes moyennes “blanches” de plus en plus majoritaires des banlieues bourgeoises. Une opération qui s’était révélée être une réussite totale. Connue sous le concept opérationnel de “triangulation”, cette stratégie a permis de mettre fin à douze ans de domination totale des républicains sous la conduite de Ronald Reagan et de Georges Bush senior.

Plus de 24 ans après ce recentrage vers le centre droit du Parti démocrate, Bernie Sanders veut mettre fin à cette expérience. C’est là son véritable objectif. Et Hillary Clinton ne s’est pas trompée à ce sujet. Pour elle et son époux, l’ennemi à déloger ce n’est pas Donald Trump mais bien Bernie Sanders. Celui-ci menace de saper le travail stratégique qui a permis au Parti démocrate de rester au pouvoir et à la Maison Blanche durant les seize ans des années Clinton et Obama.

Avec Bernie Sanders, l’aile gauche du Parti démocrate veut aujourd’hui prendre sa revanche ou plutôt remettre les pendules à l’heure. Sanders a quasiment réussi cette opération. À Milwaukee, s’il ne parvient pas à obtenir le nombre de délégués suffisants, il imposera très certainement un “deal” à Joe Biden. Sinon, sa base rectorale qui représente au moins 40% des effectifs du Parti démocrate, restera chez elle. Elle n’ira pas voter en novembre prochain. Bernie Sanders veut un nouveau “deal” au sein du Parti démocrate. Ce ne sera pas un deal “socialiste” mais un contrat qui va dans le sens de celui de Franklin Delanoe Roosevelt. L’Establishment américain – au sens défini dans le formidable ouvrage “Six men and the world they made” – sera-t-il derrière ce deal à l’heure du Conavirus/Covid 19 ? Nous n’en savons encore rien. Il ne reste qu’à attendre le résultat des primaires d’aujourd’hui pour y voir plus clair.

Azad Belfort

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