Controverse autour de la reprise des activités dans les usines
Écouter l'article
Plusieurs organisations syndicales du secteur de la sous-traitance continuent de hausser la voix pour dénoncer le favoritisme qui dans le secteur à l'heure du coronavirus. Les syndicalistes dénoncent avec fermeté, le comportement de l'État haïtien qui, disent-ils, privilégie l'enrichissement des patrons sans prendre en compte le respect de la vie des ouvriers.
L'État haïtien était catégorique : les usines sont fermées jusqu'à nouvel ordre dans le but de protéger la population contre la propagation du nouveau coronavirus. Peu de temps après, il revient sur sa décision favorisant la réouverture de certaines de ces usines pour la fabrication de matériels sanitaires. Une décision qui a soulevé la colère des structures syndicales qui avaient exigé au préalable le respect strict des mesures de protection et un paiement intégral du salaire des ouvriers.
Ce lundi 6 avril 2020, nombreuses étaient les structures à dénoncer l'attitude partisane du Gouvernement haïtien, mais aussi, le dictat de l'Association des industriels haïtiens (ADIH). Selon les organisations syndicales ayant conjointement rencontré la presse, l'ADIH affiche une attitude malsaine pour exploiter à outrance et, dans des conditions inhumaines, les pauvres ouvriers. Ce, en contraignant l'État haïtien à revenir sur sa décision prétextant que les usines vont produire des matériels médicaux capables d'aider dans la conjoncture.
Pour les syndicalistes c'est une décision tyrannique et unilatérale qui expose les travailleurs à la rage du coronavirus. « À Cleveland apparel, les ouvriers continuent de confectionner des maillots à des fins d'exportation. Nous profitons aussi de dénoncer la formation d'une coalition de syndicalistes mises en œuvre par les patrons pour leur servir d'interface et de lobbyistes avec l'Exécutif », soutiennent les dénonciateurs qui réclament la réintégration des syndicalistes révoqués pour avoir exigé le respect des normes sanitaires dans les usines.
« Pas de distanciation sociale dans les usines. Les ouvriers continuent de travailler dans la promiscuité. À Codevi, ils s'entassent comme des sardines et, de plus, les syndicalistes n'y ont pas accès. Nous condamnons l'attitude complice du MSPP et du MAST qui savent très bien que les usines n'ont pas été inspectées avant la reprise des activités. Cela prouve la dimension du complot de l'État avec les patrons pour hypothéquer la vie des ouvriers », regrettent-ils.
Selon les syndicalistes, le fonds devant couvrir 50 % de salaire des ouvriers promis par le gouvernement est une preuve de plus qui montre que les travailleurs constituent le cadet des soucis des autorités. En outre, ils se questionnent sur le partenariat entre le MSPP, le MAST et l'OFATMA pour la prise en charge des ouvriers au cas où, ils auraient besoin de soins médicaux. Vers un retour imminent sur les lieux de travail, les syndicalistes exigent aussi un dépistage obligatoire pour les employés.
Parallèlement, ils jugent qu'il serait plus judicieux que les différents acteurs discuteraient d'abord des conditions de la réouverture. Ils réclament un paiement double pour les ouvriers tout en exigeant que les patrons prennent toutes les dispositions afin de doter les usines des matériels adéquats en vue de protéger les ouvriers du Covid-19.
Soulignons par ailleurs que des usines telle la compagnie S&H Global annonce pour le 13 avril prochain la reprise de ses activités. Elle invite les ouvriers à garder leur calme tout en informant que l'accompagnement de 50 % promis par le Gouvernement n'est pas encore disponible. En temps et lieu, informe les dirigeants, les concernés, en particulier, les syndicats, sauront exactement de quoi il en retourne. Néanmoins, ils rappellent que ce 50 % sera comptabilisé à partir du salaire minimum de 500 gourdes non pas à partir du salaire de base.
Daniel Sévère
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.