L’Afrique à l’heure de la pandémie
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Un virus vraiment sans pitié. On prédit que la pandémie pourrait bientôt frapper l’Afrique très fort alors que ce continent est déjà aux prises avec toutes sortes de contraintes. Selon les correspondants sur place, l’approvisionnement en nourriture et les mesures de protection font cruellement défaut.
Jusqu’ici, on n’a enregistré « que » 15 000 cas dans toute l’Afrique. C’est peu, en comparaison à ce qui se passe en Europe et en Amérique. Pourtant, les dirigeants de ces pays comme le Kenya et l’Afrique du Sud ont pris très tôt des mesures strictes de confinement. Une peur bien fondée quand on connaît l’état du système sanitaire africain.
Selon le correspondant de la chaîne allemande de télévision ARD stationné à Nairobi, Norbert Hahn, seuls les riches peuvent se payer un traitement en soins intensifs. 50 % des Africains travaillent dans le secteur informel, ce qui signifie qu’ils n’ont pas de contrat de travail et peu d’argent.
La plupart de ces personnes du secteur informel sont dépourvues de réserves. Si elles ne travaillent pas à cause de la crise sanitaire, elles seront bientôt dans l’impossibilité de nourrir leur famille. De plus, comme l’indique Norbert Hahn dans un reportage paru le 12 avril dernier dans « Tagesschau.de », pendant que les revenus baissent, les prix montent. « C’est ainsi en temps de crise ! ».
Sur place au Kenya, il constate déjà le manque de savon et d’eau, deux éléments, pourtant, si essentiels dans la lutte contre l’épidémie. « Les deux coûtent de l’argent et personne n’en a dans les quartiers pauvres ».
À titre de prévention, le gouvernement kényan par exemple, a décrété des mesures de confinement, instauré des gestes barrières et adopté quelques allègements fiscaux. Mais, ces mesures sont plutôt symboliques vu que beaucoup ne paient pas d’impôts justement parce qu’ils gagnent trop peu.
Selon l’économiste David Ndii, directeur de l’Institut « Africa Economics », le gouvernement ne présente pas de vraies solutions aux problèmes si urgents. « Je vois comment ces gens jouent du violon pendant que Rome brûle ». Il propose qu’on octroie un fonds aux personnes nécessiteuses. Elles le rembourseront lorsque les choses se seront améliorées. L’économiste prévoit que dans un mois, il se pourrait qu’il n’y ait plus de nourriture dans les supermarchés. « Les gens, selon lui, ne comprennent pas vraiment ce que c’est cette crise ».
Près de 20 millions de postes de travail pourraient disparaître si la situation reste telle quelle, prévoit-on dans une nouvelle étude de l’Union africaine. De toute façon, les pays d’Afrique déjà en difficulté peuvent perdre presque un tiers de leurs recettes fiscales.
D’après une nouvelle évaluation de « London School of Tropical Medicine », l’Afrique pourra d’ici un mois compter 450.000 cas de personnes infectées par le coronavirus, soit 30 fois de plus que maintenant.
Quelle perspective financière ?
Dans la lutte contre le coronavirus, l’Union européenne (UE) a exprimé son intention d’accorder une aide de plus de 15 milliards d’euros aux pays en développement, notamment l’Afrique, le bassin méditerranéen, mais aussi l’Asie, le Pacifique, l’Amérique latine et de la Caraïbe. Dans le même temps, des voix s’élèvent déjà pour une augmentation de ce budget.
« Pendant que les ministres des Finances de l’UE discutent à propos des aides à apporter aux États membres, la Commission européenne a aussi en vue les pays en développement ! », rapporte le correspondant de ARD à Bruxelles, Alexander Göbel (« Tagesschau », 9 avril 2020).
Après une conférence vidéo des ministres du Développement de l’UE, Joseph Borrell, haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-président de la Commission européenne, a déclaré que « la pandémie ne peut être vaincue que globalement ou pas du tout ». C’est, pour lui,« la crise la plus destructrice »depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.Il est persuadé que cette pandémie aura des « conséquences dévastatrices, surtout dans les pays les plus pauvres où il n'y a pratiquement pas de médecins, où il y a un manque d'équipements de protection. ». Surtout après. « La situation sera dramatique lorsque des familles entières n'auront pas accès à l'eau potable. Lorsque les habitants de ces pays perdront leur emploi à cause des couvre-feux, l'argent pour la nourriture fera vite défaut ».
Toujours selon Alexander Göbel qui détaillait l’enveloppe budgétaire, un demi-milliard d'euros est destiné à financer l'aide d'urgence à court terme. Près de trois milliards d'euros supplémentaires sont consacrés à des projets de recherche, de santé et d'eau potable dans les pays en développement. Et environ douze milliards d'euros sont destinés à amortir les conséquences économiques et sociales. L'argent doit être versé sous forme de subventions, de prêts et de garanties. Une aide budgétaire est également prévue, c'est-à-dire un soutien direct aux budgets nationaux.
Le commissaire européen aux Affaires étrangères, Joseph Borrell, a admis que ces 15,6 milliards d'euros n'étaient pas de l'argent frais. Il s'agit principalement de fonds déjà affectés à l'aide au développement. Ils sont juste réorientés vers la lutte contre le virus et ses conséquences.
Pour le ministre de la Coopération économique et du Développement, Gerd Müller (CSU), le montant alloué est insuffisant. Il a souligné la faiblesse des systèmes de santé dans les pays pauvres : au Mali, en Afrique de l'Ouest, par exemple, il n'y a que quatre respirateurs artificiels. Le ministre allemand a mis en garde contre les conséquences profondes de la crise dans les pays en développement et a mentionné la faim, le chômage, la terreur et le danger d'effondrement de l'État ainsi que la fuite et l'expulsion. À cause du Corona, a-t-il fait remarquer, il y a déjà des troubles dans certains pays africains.
En ce qui concerne les programmes d'aide astronomiques prévus pour les pays de l'UE, Müller a déclaré que la Commission européenne devait élargir le plan Marshall (Corona-bonds) avec un volet spécialement destiné à l'Afrique. Après tout, il s'agit d'une urgence mondiale. « Nous devons faire face à notre responsabilité et aussi mettre les plus faibles et les plus pauvres sous un parapluie protecteur et faire preuve de solidarité ! », a-t-il déclaré.
Le ministre social-chrétien a également demandé la fermeture du camp de réfugiés de Moria sur l'île grecque de Lesbos dans les plus brefs délais. Müller a parlé d'une horreur pour l'Europe. Dans ce camp, conçu à l'origine pour seulement 3 000 personnes, environ 20 000 réfugiés vivaient dans les pires conditions, a déclaré Müller, dont la moitié étaient des enfants. « Il est donc clair qu'il ne suffit pas de retirer 50, cent ou mille enfants maintenant. Mais nous en avons discuté assez longtemps. Si le virus se répand dans ce camp demain, il fera des centaines de victimes. Cette catastrophe doit être évitée. »
Huguette Hérard
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