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L’ultimatum du ministre de la Justice fait craindre le pire

L’ultimatum du ministre de la Justice fait craindre le pire

Le récent ultimatum de 72 heures lancé aux habitants de village de Dieu par le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Lucmane Delille annonce l’intervention des forces de l’ordre dans ce quartier populeux pris en otage par individus armés. Entre autres, l’institution nationale des droits humains, le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants aux USA et plusieurs organisations de droits humains craignent un massacre de la population civile dans cette agglomération.

Alors que le pays fait face à la propagation du Covid-19 où le chef de l’État a demandé depuis le 19 mars aux citoyens de se confiner pour éviter le pire, le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Lucmane Delille, a ordonné, le 24 avril, aux habitants du quartier populeux de village de Dieu de laisser leurs domiciles. Sans prendre en charge le déplacement et l’hébergement des résidents de ce quartier, le titulaire de la justice leur demande de laisser leurs maisons pour ne pas être victimes d’une intervention des forces de l’ordre légalement constituées. Cette déclaration a provoqué de vives inquiétudes chez les organisations de défenses des droits humains nationales et internationales. Ils redoutent la reproduction du massacre de La Saline à Village de Dieu.

Pour l’Office de la protection du citoyen (OPC), il n’est pas possible pour les citoyens de laisser leurs domiciles. « Comment des familles vivant à Village de Dieu, zone totalement contrôlée par des bandits sans foi ni loi, peuvent dans 72 heures laisser cette zone en toute sécurité sans se faire passer aux yeux de ces hommes armés opérant aveuglément, comme des instigateurs ou agents de renseignements de la police », s’interroge l’institution nationale des droits humains (INDH). S’il est vrai que l’institution veut soutenir toutes opérations visant à démanteler les gangs armés fonctionnant dans le pays, notamment dans l’aire du bicentenaire, mais elle rappelle que les autorités ont pour impérieuse obligation de respecter et de protéger les droits fondamentaux de la personne humaine en toutes circonstances.

Le président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants aux USA, Eliot Lance Engel, a fait part aussi de ses préoccupations sur l’annonce du ministre de la Justice d’Haïti. « Le président Eliot Engel est très préoccupé par le raid antigang prévu par la police haïtienne et l’impact potentiel sur les civils durant cette pandémie. Le Gouvernement haïtien doit protéger les droits de tous les citoyens », publie le congresman sur son compte Twitter.

À travers une lettre envoyée au président Jovenel Moise, au chef du Gouvernement Joseph Jouthe et au directeur a.i de la PNH Rameau Normil, une dizaine d’organisations de droits humains localisés aux États-Unis exprime leurs préoccupations par rapport à la déclaration du ministre de la Justice. Selon ces organisations, il y a une préoccupation extrême et compréhensible en Haïti que l’opération antigang se transformera en violence aveugle, comme d’autres opérations antérieures contre les bandits armés, y compris l’opération de novembre 2017 à Grand-Ravine, au cours de laquelle au moins 9 civils innocents ont été tués. « Le Gouvernement d’Haïti doit protéger les droits de tous les Haïtiens et ne peut pas permettre à ses propres forces de police ou à des acteurs privés d’exercer un contrôle sur des zones à travers la force brutale. L’État n’assume pas ses responsabilités en ordonnant aux citoyens de fuir leurs propres maisons. Une telle action équivaut à ordonner une expulsion forcée illégale en vertu des normes des droits humains », soulignent ces organisations comme Haïti Justice Alliance, Institute for Justice and Democracy in Haiti et Quixote Center.

Par ailleurs, ces organisations relatent la possibilité que Jimmy Cherizier, alias Barbecue, indexé dans les massacres de La Saline et de Bel-Air en novembre 2018 et novembre 2019, soit de connivence avec les policiers pour intervenir à Village de Dieu. « À la lumière d’autres massacres perpétrés sous prétexte de «nettoyer» les quartiers et compte tenu des nombreuses preuves contre Cherizier, les soussignés appellent de façon urgente le Gouvernement d’Haïti à annuler l’opération prévue et à protéger les droits humains et la sécurité physique du peuple haïtien, en particulier les populations vulnérables et particulièrement dans cette période de crise sanitaire liée au COVID-19 », sollicitent ces organisations de défense des doits humains.

Entre l’État et les groupes armés, notamment celui de Village de Dieu, la population est prise dans un piège subtil. Les groupes armés contrôlent parfaitement leurs quartiers tandis que l’État a seulement le monopole du pouvoir et non de l’autorité. Une intervention mal planifiée de l’État pourrait occasionner une tuerie dans la zone comme un déplacement visible et massif peut susciter la colère des individus armés.

Woovins St Phard

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