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Des résultats à vous donner le vertige

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Le virologue allemand Hendrik Streeck vient de boucler son étude sur l'un des premiers foyers du Covid-19 en Allemagne : le village de Gangelt. À la mi-février, des dizaines de personnes ont été collectivement infectées après une séance de carnaval au cours de laquelle elles ont fait la fête. Le chercheur explique aujourd’hui ce qu'il a trouvé de nouveau en ce qui concerne les décès des personnes infectées, les symptômes les plus fréquents rencontrés, le risque selon les sexes et le processus de contamination dans les familles.

L'étude basée sur les données de 919 personnes issues de 405 ménages révèle un taux d'infection de 15 %. Mais les personnes officiellement infectées à Gangelt, c'est-à-dire celles qui ont été déclarées, sont seulement de 3,1 %. Cela signifie que Hendrik Streeck et son équipe ont trouvé un nombre presque cinq fois plus élevé de personnes infectées, dont la plupart ne savaient pas qu'elles l’étaient. « Il faut tenir toutefois compte du fait que les tests de détection des anticorps, dans ce cas de l'immunoglobuline G, ont une spécificité de 99 % : un test sur 100 est faussement positif. »

Il indique plus loin que ses enquêtes lui permettent de déterminer exactement combien de personnes sont vraiment infectées. En conséquence, il peut aussi déterminer assez précisément la proportion de décès parmi tous les gens infectés. Le taux de mortalité lié aux infections (infection fataly rate IFR) est de 0,36 %. L'IRF est une propriété du virus. Contrairement au nombre estimé de cas non signalés, il peut être appliqué à l'ensemble de l'Allemagne en tenant compte de la démographie, bien sûr. Et si on applique cette valeur de 0,37 % de létalité à la population totale, on peut supposer que 1,8 million d’individus en Allemagne pourraient être infectés.

Beaucoup de sujets survivent à l'infection sans aucun symptôme. 22 % des personnes infectées par le Sras-CoV-2 à Gangelt – soit une personne sur 5 - ne présentaient aucun signe ; ce qui correspond aux données disponibles en Chine. 9 % d'entre eux n'avaient qu'un seul symptôme, et c'était le plus souvent une perte d'odeur ou de goût, suivie de fièvre, de sueurs nocturnes, de fatigue, de maux de gorge, de toux et de douleurs musculaires et des membres. L'essoufflement n'est d'ailleurs pas un symptôme typique.

Quant au sexe, il ne joue aucun rôle. Les chercheurs n’ont pas découvert de différence entre les hommes et les femmes dans le taux d’infection. Le plus étonnant est qu’ils n’ont pas détecté non plus de différence liée à l'âge : enfants et adultes peuvent être pareillement infectés. Il en va de même pour la question immunitaire : elle ne diffère pas non plus entre hommes et femmes ni entre jeunes et vieux. L’équipe scientifique a toutefois constaté un peu moins d'infections chez les enfants, une donnée constante jusqu’ici ; mais l’étude ne portait pas sur cet aspect, comme le précise Streeck.

Malades sans symptômes

En ce qui concerne les sept personnes mortes à Gangelt de Covid-19, leur âge moyen était de sept était de 81 ans. Encore quelque chose d’étonnant dans cette étude, c’est qu’elle démontre qu'un individu souffrant d'une affection préexistante, telle qu'une maladie pulmonaire ou cardiovasculaire, n'est pas plus susceptible d'être contaminée par le Sras-CoV-2. « Une personne ayant une maladie préexistante n'est donc pas plus encline à être infectée. » De plus, même chez les êtres ayant des antécédents médicaux, « l'infection peut se poursuivre de manière asymptomatique ». Streeck admet toutefois que d'autres études ont montré que « les personnes souffrant de maladies préexistantes peuvent avoir des pathologies plus graves. »

Toutefois, la participation de ces gens à la session du carnaval à la mi-février à Gangelt a eu une « influence très importante ». Les chercheurs appellent un tel événement un « supersperading events », une occasion où les infections peuvent se répandre très aisément. Les chercheurs ont constaté que ceux qui ont participé au carnaval étaient « plus souvent symptomatiques » que ceux qui n'y avaient pas pris part. « Il faut imaginer que lors d'événements - tels que les rencontres d'après-ski à Ischgl (Autriche), la ’’Trompette’’ à Berlin ou le carnaval -, il y a beaucoup de festivités et de réjouissances, explique-t-il. Lorsque les gens sont ensemble, ils chantent et parlent fort, beaucoup de ces virus respiratoires sont plus susceptibles d'être transmis. C’est pareil pour d'autres maladies respiratoires comme la grippe ». Plus le nombre de virus est élevé, plus les symptômes sont forts, constate l’équipe de recherche. Pour Streeck, il est probable que les participants à la session de carnaval de Gangelt soient entrés en contact avec une dose plus élevée d'infection, par exemple par le biais de petits bisous, comme c'est le cas habituellement lors des festivités carnavalesques. Les virologues supposent que si on réduit la dose infectieuse par des mesures d'hygiène appropriées notamment, de tels « superspreading events » ne se produiront pas.

Pour ce qui est des ménages, les chercheurs ont constaté que le risque d'infection dans un foyer est en moyenne de 15 %. « Il n'en va pas autrement pour la grippe et le SRAS. Dans un ménage de deux personnes, si l’une est infectée, la probabilité que l’autre le soit augmente de 28 %. Dans un foyer de trois personnes, elle est inférieure à 20 % et dans un ménage de quatre personnes, elle n'est que de 3 % ». Plus le ménage est grand, plus la probabilité de transmission à des personnes individuelles diminue. L'étude ne dit rien sur les raisons de cette situation. Cependant, le professeur Streeck suppose que dans un foyer de deux personnes, les couples vivant ensemble sont plus susceptibles de s’infecter. Dans un ménage de quatre personnes, il est plus probable que si une personne se sent malade ou a été testée positive, elle aura tendance à s'isoler.

Interrogé à propos de la mise en garde de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) contre les tests d'immunité, Streeck dit qu’il ne sait pas dans quelle mesure la présence d'anticorps, c'est-à-dire une infection surmontée, est équivalente à l'immunité. Mais il ajoute qu’il ne peut que se référer aux conclusions du laboratoire montrant qu’une réponse immunitaire peut bloquer le virus. « En outre, nous savons, grâce à d'autres virus Corona, qu'on développe une immunité au moins partielle.Ceci peut probablement être transféré au Sars-CoV-2. » Mais dans son étude sur Gangelt, il n’a pas non plus constaté de cas de seconde infection.Le pire : l’équipe a eu trois personnes qui avaient été testées positives et déclarées positives par prélèvement de gorge, mais qui n'ont toujours pas produit d'anticorps.

Parmi les virologues allemands, Streeck est considéré comme le moins alarmiste. Certains, comme Christian Drosten de l’Hôpital ’’Charité’’ de Berlin, mettent en garde contre un relâchement trop rapide des mesures de restrictions et parlent déjà de deuxième vague de l’infection. « J’ai toujours utilisé la même formulation, à savoir que le virus ne doit pas être banalisé, mais aussi qu'il ne doit pas être dramatisé à l'excès. » Il ne prône pas pour autant un assouplissement des mesures. « Les mesures prises au début étaient justes et importantes. J’étais pour que les grands événements, les "superspreading events" s’arrêtent. En tant que scientifique, j'essaie de fournir des résultats le plus rapidement possible afin que les politiciens puissent prendre les bonnes décisions.Je prends soin de ne pas juger la politique. Je considère surtout qu'il est inutile de critiquer les décisions avec le recul. »

Pour ce qui est de l’assouplissement des restrictions initiales dans de nombreux autres domaines, Streeck se refuse à donner un avis aux politiques. « Je l'ai dit au début de l'étude : nous devons donner au virus le temps de voir comment il se développe. Nous ne verrons pas les effets sur une mesure que nous mettons en œuvre aujourd'hui avant deux ou trois semaines. Si nous avançons trop vite, il sera difficile de faire marche arrière. » Il pense qu’un relâchement prudent est nécessaire pour qu’on puisse en observer les conséquences. « Ce n'est que de cette manière que nous avons réussi à maintenir l'incidence de l'infection à un niveau très bas. »

Il y a deux semaines, Hendrik Streeck a dit dans un talk-show que « nous devons commencer à vivre avec le virus ». Invité par le Frankfurter Allgemeine Zeitung (4 mai 2020) à préciser sa pensée, il affirme que « nous ne nous débarrasserons pas de Sars-CoV-2 à long terme ». Pire : « Ce sera un coronavirus endémique qui va nous causer des problèmes de temps en temps, comme une infection de type grippal. Il fera partie de notre répertoire de pathogènes. » À bon entendeur salut !

Huguette Hérard

Sources : Frankfurter Allgemeine Zeitung, 4 mai 2020 ; ntv, 4 mai 2020 ; Université de Bonn, 4 mai 2020;WDR, 4 mai 2020.

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