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Décret du 21 mai : la population en fait peu de cas

Décret du 21 mai : la population en fait peu de cas

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Malgré les peines encourues, clairement exprimées dans le décret du 21 mai 2020, la population ne se fait pas, visiblement, trop de soucis. Les mêmes attitudes sont maintenues. Au contraire, elle pense que l'Exécutif n'a pas les moyens de sa politique

L'Exécutif vient de durcir le ton en prenant au début du weekend un décret lui permettant de sanctionner les contrevenants à ces mesures de restrictions prises pour mieux contrôler la propagation de la pandémie dans le pays. Si au départ, l'État paraissait complaisant, le 21 mai 2020, il a sorti ses griffes annonçant aux rebelles les peines encourues s'ils refusent de se plier aux interdictions.

La population toujours méfiante n'accorde pas grande importance à ce décret. Pour des riverains interrogés à cet effet, ce n'est que feu de paille. Des mesures qui ne concernent que leurs auteurs. « Ils savent qu'ils sont incapables de prendre des décisions, je ne vois pas pourquoi ils s'entêtent à offrir, une fois de plus, cette prestation gratuite », a balancé un jeune rencontré au niveau du Champ-de-Mars.

Pierre P. J. Agars, attendant sa carte d'identification nationale dans une ambiance de foule extraordinaire au kiosque Occide Jeanty au Champ-de-Mars, le lundi 25 mai 2020, pense que ce décret devrait être appliqué d'abord contre les dirigeants au pouvoir qui ne cessent de se contredire dans toutes les décisions qu'ils ont prises. Le citoyen, visiblement révolté, questionne l'objectif réel du pouvoir qui interdit contre amende et emprisonnement le rassemblement de moins que six personnes alors qu'il entasse la population dans les bureaux de l'ONI au quotidien.

Pour Me Caleb Jean Baptiste, le décret est manifestement illégal et conséquemment ne peut être appliqué. Cette décision montre au clair, précise l'homme de loi, que la population est en face d'un régime dictatorial. « C'est le pire décret de l'histoire du pays. Il prouve le degré d'incompétence des hommes au pouvoir qui interdisent le rassemblement de plus de cinq personnes alors que les tribunaux, chargés de faire appliquer le décret, ne peuvent pas fonctionner avec un effectif si réduit. Le pays fonctionne vraiment à l'envers avec cette équipe au pouvoir », critique l'avocat qui questionne la capacité intellectuelle des membres du pouvoir incapable de cerner le caractère sociologique de la famille haïtienne pour la plupart constituée de plus de cinq personnes.

Le juge Wando Saint-Villier, de son côté, se montre lui aussi préoccupé. Selon lui, ce décret met le système judiciaire dans une situation très difficile. « Les audiences ne peuvent pas se réaliser conformément. Les tribunaux sont réduits à entendre des dossiers d'extrême urgence. Cependant, les administrations des tribunaux continueront de fonctionner, mais, de façon ralentie », informe le juge.

Quant au port de masques et au respect du couvre-feu, la population ne bronche pas. Elle continue de circuler dans les rues sans mesure de protection. Peu de gens portent le masque même dans les milieux publics, ils s'exposent comme si la pandémie n'était qu'une fable. En ce qui a trait au couvre-feu, les gens continuent de vaquer librement sans craindre aucune sanction. Si c'est vrai, la police accompagnée, notamment du ministre de l'Intérieur, avait fait quelques démonstrations de force dans des quartiers de la capitale le weekend écoulé, la grande partie de la population continue d'ignorer l'état et ses mesures. Pour elle, l'état n'a pas les moyens de faire appliquer ce qu'il dit.

Plus loin, des gens plus radicaux s'en prennent vertement au Gouvernement haïtien. « Pourquoi ne vont-ils pas dans les quartiers de non-droit comme : Village de Dieu, Grand-Ravine etc. pour imposer leur dictée ? Ils seront plus cohérents s'ils nous libèrent plutôt du dictat de l'insécurité provoqué par le gangstérisme au lieu de nous mettre le bâton dans les roues alors que nous sommes dans l'oeil d'une pandémie ravageuse », dénonce ce jeune interrogé dans l’aire du Champ-de-Mars.

Entre-temps, aucune mesure n'est encore prise par la police pour arrêter les véhicules de transport surchargés ni freiner les services dominicaux qui ont tendance à recevoir plus de fidèles ces derniers temps. Aucune sanction non plus n'a été prise contre les entreprises funéraires et les églises qui rassemblent des foules pour les funérailles. Les veillées, les gageures, les marchés publics sont, entre autres, des plaies que ce décret doit panser si les gouvernants veulent faire montre de sérieux.

Daniel Sévère

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