Note de l’UE : une mauvaise compréhension de la réalité
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En pleine propagation de la Covid-19, où les pays pauvres ont plus que jamais besoin de supports financiers et techniques, l’Union européenne a choisi de faire chanter Haïti. Cette structure qui regroupe des pays, majoritairement amis d’Haïti, croit que le pays n’est pas assez stable pour lui fournir un accompagnement de 180 millions de dollars US afin de lutter contre la maladie.
Sans aucun doute, Haïti est dans la liste des pays les plus pauvres de la planète, très vulnérables à la propagation de la Covid-19. Le pays a réellement besoin de l’appui de la communauté internationale pour faire face à la pandémie du coronavirus qui est en train de défier même les plus grands systèmes hospitaliers de la planète. Partout, à travers, le monde, les tensions sociales divisent les sociétés. C’est un fait. Et l’inégalité des chances qui existe depuis toujours dans les sociétés est à la base des bouleversements. Haïti a de quoi se réveiller dans l’instabilité chaque jour.
Déjà divisée en mille morceaux, l’opposition au pouvoir en place est impuissante, mais arrive quand même à soulever le débat, semer des doutes et incertitudes autour de la fin du mandat présidentiel en 2022 ou 2021. Depuis, le pays a connu des mouvements populaires sans grandes envergures, mais c’est déjà trop pour l’Union européenne qui juge qu’Haïti est trop instable pour recevoir son aide de 160 millions euros. Une somme qui, selon l’Union, doit aider le pays à faire face aux défis mis en lumière par la pandémie du coronavirus. Depuis son entrée en mars 2020, la pandémie a atteint son pic en Haïti. Les cas augmentent à une vitesse exponentielle. Si la maladie reste à ce même rythme pendant encore des mois, les conséquences seront encore plus dures.
Alors, quel pays ami, en cette circonstance plus que fragile, conditionnerait une aide pour combattre une maladie qui n’attendrait pas la stabilité pour tuer ? Déjà 50 morts en Haïti, et plus de 3 000 cas répertoriés, selon les données du ministère de la Santé publique et de la Population (MSPP). Des données toutefois imprécises, car la population n’est pas réellement testée. Partout où l’on passe, on rencontre des personnes avec tous les symptômes du coronavirus, mais qui refusent de croire qu’ils sont touchés par la pandémie. Ils ne se présentent pas à l’hôpital. Les autorités du MSPP ne sont pas au courant de ces éventuels cas. Ainsi, la maladie se propage, ce qui présente des risques énormes pour la population haïtienne, qui de par son mode de vie, se trouve exposée encore plus à ce virus qui ravage le monde entier.
Par contre, une situation pareille, c’est déjà trop pour Haïti, un pays synonyme de la précarité, avec des dirigeants qui n’assument pas au mieux leur responsabilité. En ce sens, la préservation de la santé et des vies au sein d’une population ne devrait pas être conditionnée à une quelconque stabilité impossible à trouver en Haïti, notamment sous le régime du PHTK. Avec plus de 4 millions d’habitants dans l’insécurité alimentaire en Haïti et qui vivent sous la menace des gangs armés, sans eau potable, électricité, éducation de qualité, comment rendre possible la stabilité ? Comment la rendre possible dans l’immédiat avec une classe moyenne appauvrie, des élites économiques et intellectuelles irresponsables qui ne font rien pour dénoncer l’oppression, les inégalités, et s’arrangent de préférence dans le camp de l’oppresseur ?
Beaucoup de travaux à faire avant d’atteindre le stade de stabilité en Haïti. Donc, les chances de l’atteindre en ce moment de crise provoquée par la pandémie du coronavirus sont minces. Si réellement la délégation de l’Union européenne est préoccupée par la Covid-19 qui vient d’aggraver la situation humanitaire, sociale, économique en Haïti, un accompagnement du peuple haïtien ne devrait pas être conditionné uniquement à un contexte de stabilité et de sérénité. Il est clair que les chances d’une réalisation de ce dialogue politique, inclusif, entre toutes les forces vives de la nation, espérée par l’UE, dans l’objectif de plonger vers la réalisation des élections, sont minimes.
Evens REGIS
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