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Une Allemande blanche parle à ses compatriotes blancs du racisme

Une Allemande blanche parle à ses compatriotes blancs du racisme

Comme dans beaucoup de parties du monde, d’imposantes manifestations ont lieu un peu partout en Allemagne pour protester contre le racisme et la violence policière aux États-Unis et d’autres pays après la mort de l’Afro-Américain George Floyd. À Bonn, notre correspondante Huguette Hérard a participé à une manifestation antiraciste, l’ancienne capitale de l’Allemagne jusqu’à la chute du Mur de Berlin. Elle a recueilli les propos de l’un des organisateurs, l’Allemande Ute Baoum. Devant une foule compacte massée sur la Münsterplatz, en plein centre-ville, cette jeune femme blanche invite ses compatriotes blancs à réfléchir sur l’origine du racisme et à la manière dont ils doivent lutter contre ce fléau qui remonte à très loin. Un discours émouvant fortement applaudi.

« J’aimerais dire quelque chose. Non pas parler du racisme au nom des Noirs et/ou des personnes de couleur. En tant que Blanche, je ne peux pas le faire. Je veux seulement dire quelque chose pour répondre à l’appel de nombreux Noirs et des personnes de couleur qui demandent que les Blancs cessent de garder le silence sur le racisme et les crimes racistes. De plus, je voudrais souligner que nous nous sommes rassemblés ici pour saluer la mémoire de George Floyd en exprimant notre solidarité envers lui. Mais cela ne signifie pas que nous oublions les nombreux autres meurtres racistes dont sont victimes les Noirs et les personnes de couleur aux États-Unis et dans le reste du monde. Nous pensons aussi à eux aujourd’hui.

Je voudrais aussi briser un tabou et aborder un sujet qu’en tant que Blanche. Nous n’aimons pas l’entendre parce que ça fait mal, mais c’est vrai : ce n’est pas parce que je n’exprime pas ou ne me comporte pas intentionnellement de manière raciste que je ne le suis pas, soit involontairement ou inconsciemment. La raison est que j’ai été socialisée dans un monde raciste, j’ai lu des livres à connotation raciste comme « Tim et Struppi au Congo » et tous les autres « romans d’aventures » dans des endroits « exotiques ». Nous avons regardé des films et lu des nouvelles enrobées de racisme, etc.

Au fil des années et de la confrontation avec mon mari noir, j’ai beaucoup appris. Et il me reste encore beaucoup de choses à discuter, car une personne ayant grandi dans une des anciennes puissances coloniales ne peut s’en libérer. Savoir comment est né le racisme envers les Noirs et les personnes de couleur, et comment il s’exprime n’est pas abordé dans les manuels scolaires. Trop de racisme est encore caché dans les livres pour enfants et autres médias (publicités, films) pour pouvoir toujours le reconnaître. Il est donc important d’en parler, de l’écrire dans des livres, de se remettre en question encore et encore. Et de ne faire taire personne avec l’argument « en Allemagne, nous n’avons pas de racisme ».Car le racisme existe aussi en Allemagne. Les exemples de racisme quotidien sont multiples : par exemple lors de la recherche d’un emploi ou d’un appartement. Ou simplement dans la vie de tous les jours (par exemple le surveillant du grand magasin l’œil rivé sur les clients noirs et/ou personnes de couleur, lorsqu’on contrôle constamment leurs papiers d’identité à l’aéroport ou que l’on demande constamment à un Noir s’il a du cannabis à vendre, etc. ; la liste est infiniment longue, mais ce n’est pas à moi de la détailler).

Le racisme, la discrimination, la xénophobie, de même que la violation des droits de l’Homme, sont des sujets qui dérangent. L’essentiel est que nous échangions des idées et que nous ne nous mettiez pas en tête que nous savons mieux que les autres et que nous pensons nous comporter correctement simplement parce que nous condamnons le racisme ou que nous avons des amis ou des partenaires noirs.

C’est pourtant ce que nous faisons. Et nous ne devrions pas en avoir honte, même si ceci ne correspond pas à l’image que nous avons de nous-mêmes, car c’est ainsi que nous avons été socialisés. Au lieu de la honte, il serait plus utile que nous en prenions conscience et que nous en parlions ouvertement ; que nous traitions de notre histoire (coloniale) et du sujet, et aussi dans un échange avec les Noirs et/ou les personnes de couleur.

C’est pourquoi je pense que aussi longtemps que nous sommes obligés expliquer à nos enfants ce qui se passe aux États-Unis,pourquoi les Noirs et/ou les personnes de couleur ont peur de la police dans de nombreux pays ou tout au moins doivent être très prudents, pourquoi ils sont défavorisés ou exclus en raison de la couleur de leur peau, nous ne pouvons pas cesser de parler de racisme, de discrimination, de xénophobie et de violation des droits de l’homme et de les dénoncer afin d’y sensibiliser notre environnement.

D’autre part, je m’en voudrais de m’abstenir de mentionner qu’il y a déjà beaucoup d’esprits ouverts et de personnes qui admettent leurs préjugés. Les bonnes expériences communes et la proximité, les amitiés et les relations peuvent faire beaucoup, tout comme le rassemblement d’aujourd’hui. Il y a en partie un échange honnête et ouvert et donc de grandes opportunités. Celles-ci doivent devenir plus nombreuses. Nous devons également reconnaître ce fait : il y a beaucoup de policiers merveilleux qui travaillent pour la justice et la dignité humaine. Nous pouvons tous être fiers d’être des êtres humains et d’avoir de la dignité, cette dignité s’exprime dans nos relations avec les autres. »

Ute Baoum

Propos recueillis par:
Huguette Hérard

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