La fin du mandat présidentiel : une crise plus aiguë pointe à l’horizon
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Ces derniers jours, les temps d’antenne sont majoritairement occupés par les débats autour de la fin du mandat de Jovenel Moise. Entre ceux qui sont pour un départ en février 2021 et ceux qui optent pour février 2022, le niveau de discordance est de taille. Aucune des parties ne semble pas prête à faire des concessions. Ce qui pourrait contribuer à envenimer la crise politique observée dans le pays depuis quelque temps.
Presque toutes les couches de la société sont intéressées par ce débat. Et déjà, des constitutionnalistes, avocats, journalistes, politologues, hommes politiques, partisans du pouvoir ou opposants se sont déjà positionnés dans cette affaire. Il y en a parmi eux qui conseillent la recherche d’un consensus. Mais en revanche, d’autres, pourvu qu’ils soient pour ou contre le pouvoir en place, optent sans condition aucune pour un départ soit en février 2021 ou 2022. L’équipe au pouvoir ne veut pas négocier un iota du mandat présidentiel, alors que les hommes de l’opposition n’envisagent même pas de voir Jovenel Moise durant une seconde de plus au Palais national après 7 février 2021.
À l’approche de février 2021, les esprits s’échauffent, et les hommes armés ont tendance à devenir plus violents et plus puissants. Un message de ce qui pourrait arriver en février 2021 en cas d’absence d’un consensus politique dans les prochains jours. L’ancien Premier ministre Evans Paul appelle déjà les acteurs politiques au dialogue en vue d'éviter une crise sur le dossier de la fin de mandat du chef de l'État. Il invite les leaders de l'opposition à rechercher dans le dialogue un consensus politique, sans toutefois fournir des indices sur le format de l'accord. Mais il veut que ce soit un accord gagnant-gagnant. Donc, implicitement un partage de gâteau.
Par ailleurs, M. Paul encourage les acteurs à faire des concessions, en misant sur le fait que personne ne dispose d’une véritable force de pression. L’opposition, dit-il, ne peut pas miser sur la mobilisation populaire, alors que Jovenel Moise ne peut pas compter sur la PNH pour faire de la répression. En ce sens, Evans Paul croit que seul un dialogue politique peut épargner la nation de cette crise qui se pointe à l’horizon. Par ailleurs, d’autres personnalités, dont la constitutionnaliste Myrlande H. Manigat, sont plus catégoriques. Après beaucoup d’hésitation, elle a fini par se positionner pour le 7 février 2021.
Toutefois, il faut admettre que les erreurs répétées durant le règne de Jocelerme Privert et celui de Jovenel Moise ont occasionné cette crise qui s’apparente à un vide constitutionnel. On a l’impression qu’on est train de vivre une situation que la Constitution n’a pas prévue.
D’ailleurs, c’est sur la base de cette même Constitution en son article 95 que le président avait renvoyé en janvier dernier plusieurs sénateurs élus pour 6 ans, afin de rendre caduc le Parlement. Mais quand il s’agit de la présidence, l’équipe au pouvoir s’appuie sur le fait que les élections ont été reprises à l’arrivée de Jocelerme Privert au pouvoir.
Par contre, dans l’arrêté pris par Jocelerme Privert à l’époque, il a été question de poursuite des élections au lieu d’organisation de nouvelles élections. En dépit du fait que la professeure Mirlande Manigat aille plus loin pour éclairer les lanternes sur le fait que les élections de 2015 ont été reprises en 2016, et qu’il s’agissait d’une continuation et non de l’initiation de nouvelles élections, les sympathisants du pouvoir restent mordicus sur la date du 7 février 2020, soutenant par ailleurs que les candidats ont été réinscrits et d’autres ont abandonné la course, ce qui avait donné à ces élections une nouvelle tournure.
En effet, si pour Myrlande Manigat et toutes les personnalités qui soutiennent la date du 7 février 2021, l’annulation d’un évènement n’affecte pas sa nature, sa réalité, ni ses conséquences, pour les hommes au pouvoir, c’est le contraire. Et selon leur déclaration, au lieu de négocier une sortie en douceur en février 2021, ils préfèrent plonger le pays dans le chaos. En outre, l’analyse de la position des hommes de l’opposition prouve qu’eux aussi, ils n’ont pas l’intention de laisser Jovenel Moise décider à sa guise. Avec ce dossier, un plus sombre tableau de la réalité haïtienne est en train de se dessiner. Et sans un accord réel, les prochaines années risquent d’être pires en comparaison aux années précédentes où le pays a connu des jours les plus tristes de son histoire.
Evens REGIS
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