G-9 et allies, une coalition de groupes armés qui sèment déjà la terreur
Défiant déjà à maintes reprises les autorités policières et judiciaires, des individus armés illégalement de la zone métropolitaine se décernent le droit de se regrouper en une structure appelée: « G9 et alliés ». Cette dernière, réputée proche de l’administration politique en place, selon un rapport de la FJKL, « Terreur dans les quartiers populaires / Pont Rouge au cœur d’une stratégie électorale macabre : La Fondasyon Je Klere (FJKL) tire la sonnette d’alarme », en affirmant que ce groupe est au cœur d’un stratagème électoral pour le contrôle des quartiers populeux de la région métropolitaine.
Ces groupes s’affrontaient entre eux pour la plupart. Cependant, depuis quelque temps, les chefs des groupes armés en question ont pris la décision de se fédérer en une structure dénommée : G-9 et alliés G-9 an fanmi). Suivant la Fondasyon Je Klere (FJKL), cette coalition est ainsi composée de Jimmy Chérizier alias Barbecue, zone d’influence Delmas : 2 à 24 ; Serge Alectis alias Ti Junior, Nan Chabon, la Saline ; Andris Iscard alias Iska, Belecourt ; James Alexander alias Sonsonn , Baz Krache Dife, rue Saint-Martin/Rue Porcelaine (derrière Lacroix) ; Christ-Roy Chery alias Krisla, Nan Ti bwa, Martissant, Fontamara ; Jean Emilio Micanor, Wharf Jeremie ; Coby, Chancerelles ; Mackenson, Pont-Rouge ; Desange Romane alias Déporté (Delmas 2/Tokyo) ; Base Pilate (une nébuleuse de policiers/ Ezechiel Alexandre, 11-PP-0689) ; Jonès, Terre Noire ; Manilo, La Saline ; Djouma Albert, Simon Pelé ; Jude, Fort Dimanche ; Mathias Saintil, Boston Cité Soleil.
Ces chefs de gang cherchent à étendre leurs sphères d’influence au profit du pouvoir, à chasser les chefs de gangs hostiles au pouvoir et à installer à leur place des gens qui leur sont proches. Si le pari est presque gagné dans le département de l’Ouest, le G-9 et alliés partage l’ambition d’étaler leur influence dans les autres départements. Ils veulent continuer à réunir les groupes armés pour se constituer en une force incontournable dans le pays.
La bataille électorale se dessine déjà dans le regroupement des groupes armés
Les quartiers populeux pèsent lourd dans la balance électorale. En outre, les territoires contrôlés par les groupes armés représentent un fort pourcentage dans l’électorat de leur circonscription. Pouvoir et opposition veulent avoir la prépondérance dans ces quartiers. La proximité des candidats avec le chef du groupe armé peut rassurer le concerné d’une victoire dans les centres se trouvant dans sa zone d’influence.
Pour la FJKL, dans ce contexte où près d’un tiers du territoire national est contrôlé par des gangs, le poids politique des gangs sur les prochaines élections ne fait l’ombre d’aucun doute. « L’exemple des élections gagnées par la violence et la fraude et validées en 2015 ne laisse pas le pouvoir insensible. Et c’est pourquoi le pouvoir est associé à la formation du G-9. Ne pouvant compter sur l’institution policière, qui est de nos jours, traversée par des contradictions profondes, des dissensions internes et une situation de rébellion déclarée, le régime en place joue la carte des gangs pour se renouveler », révèle ce rapport de la FJKL.
Les groupes armés, de vraies forces économique et sociale
Outre des vols de marchandises et les rançons réclamées lors des séquestrations d’individus, les groupes armés exercent de véritables pouvoirs étatiques sur leur territoire de contrôle. D’après la Fondasyon, ils font payer les impôts, l’électricité, les places dans les marchés publics, les chauffeurs des camions de transports publics, les candidats pour leurs meetings et l’affichage de photos ou affiches publicitaires.
Ces individus armés travaillent comme des agents de sécurité rapprochés des élus et certains fonctionnaires de l’État, indique le rapport. Il révèle aussi que ces individus armés font placer leurs proches dans certaines administrations communales et bureaux de certains parlementaires sans compter le fait qu’ils exécutent certains projets sociaux grâce à l’appui d’organisations non gouvernementales (ONG), de certains hommes d’affaires et des pouvoirs publics.
Conquérir les territoires qui ne veulent pas se soumettre à leurs projets
G-9 et alliés (G-9 an fanmi) ne se contente pas des territoires soumis à leurs ambitions. Le groupe veut avoir le contrôle de tous les quartiers populeux. Il est prêt à tout pour réduire les rebellés en silence. Le quartier de Pont-Rouge qui reste une zone proche de l’opposition, malgré les assauts des autres groupes armés, est dans le collimateur du G-9. Selon la FJKL, dimanche 24 mai 2020, une coalition de troupes de Barbecue, Micanor, Ti Sonsonn et Ti Junior a d’abord attaqué Tokyo comme allié de Pont-Rouge. Ils ont pillé, incendié des maisons et maltraité des gens qui ne participaient pas au combat, mais trouvés sur leur passage ; ils ont poussé à la fuite Pablo, le chef de la base de Tokyo, avant de s’en prendre à Pont-Rouge où ils ont tué, incendié des véhicules et des maisons à la ruelle (corridor) Deschamps. Le corps d’une personne tuée a même été calciné. Au cours de cette opération, d’autres membres du groupe G-9 et alliés ont formé une ceinture de sécurité pour empêcher les gens de s’enfuir et de venir en renfort à la zone.
Par ailleurs, la coalition dirigée par Barbecue a incendié, le 25 mai, plusieurs maisons à Fort Dimanche et dans la zone de Nan Bayawonn dans le but d’éliminer la poche de résistance au pouvoir située à Pont-Rouge.
La Police nationale d’Haïti reste passive et se range du côté des groupes progouvernementaux. « La Police nationale d’Haïti (PNH), comme pour prendre position, à travers son unité de blindés, le 10 mai 2020, tirait sur des jeunes à Pont-Rouge en dehors des cas prévus pour l’usage de la force armée par des agents responsables de l’application de la loi », relate la FJKl.
Au terme de ces attaques, la FJKL a compté 6 morts, 3 disparitions forcées et 7 maisons incendiées à Pont-Rouge en plus des préfabriqués du camp des sourds-muets incendiés par les hommes de Djouma.
La Fondasyon recommande la création d’une commission d’enquête indépendante avec le support du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Elle suggère aussi un réveil des citoyens pour faire échec à ce plan macabre des groupes armés de connivence avec le pouvoir en place.
Woovins St Phard
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