Libération des 415 détenus : discordance flagrante entre le MJSP et l’OPC
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Les violons ne s’accordent pas entre l’Office de la protection du citoyen (OPC) et le ministère de la Justice et de la Sécurité publique dans le dossier ayant rapport avec la libération des 415 détenus par grâce présidentielle. Si l’OPC a dénoncé que parmi les 415, plusieurs détenus ont été condamnés pour assassinats, viol et séquestration, le ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) a indiqué que l’OPC avait participé dans le choix des graciés. Ce que l’OPC a tout de suite démenti le jour même, soit le 30 juin.
Depuis ces derniers temps, les scandales divers et les crises ne font que ternir la cohérence du gouvernement en place. Le tout dernier scandale en date est la libération de 415 détenus par grâce présidentielle dans le but de désengorger les centres carcéraux du pays et éviter la propagation du nouveau coronavirus. À l’origine, les graciés devraient été choisis à partir des critères préétablis. Parmi ces critères, il a été figuré pour être libéré, des détenus réputés sans dossiers à l’exception des crimes de kidnapping, viol sur mineur et meurtre.
À cet effet, dans une note de presse datant du 28 juin, l’Office de la protection du citoyen (OPC) a dénoncé le fait que plusieurs détenus, libérés à la faveur de la grâce présidentielle, ont été condamnés « de lourdes peines pour enlèvement et séquestration, viol, assassinats ». En ce sens l’OPC a précisé l’identité de toutes ces personnes graciées ainsi que leurs crimes et leurs peines.
À en croire l’OPC, Iclaunel PIERRE a été condamné en septembre 2015 pour viol à 12 ans de prison. « Dimanche Marie Hélène, condamnée pour enlèvement et séquestration en 2013 à 15 ans de prison. Présumé Marie Claudelle, condamnée en 2009 pour assassinat à perpétuité. Milfrance Azilhomme, condamné pour meurtre en février 2018 à 7 ans de prison. Séjour Rémy, condamné pour assassinat le 31 juillet 2018 à 7 ans de prison ».
De surcroit, a fait savoir l’OPC , Fanfan Aramy, condamné pour vol à main armée le 29 janvier 2020 à 5 ans de prison. « Laurent Hugues Hérard, condamné pour tentative d’assassinat en mars 2013 à 15 ans de prison. Joseph Jocelin, condamné pour assassinat en 2014 à 15 ans de prison. Joseph Jean Nabeau, condamné pour assassinat en 2014 à 15 ans de prison. Harrison Domond dit Hougan Jean Marie, condamné pour assassinat en 2014 à 10 ans de prison ».
Par ailleurs, le ministère de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP) parle au conditionnel sur le fait que des criminels aient été libérés. Dans une note de presse du 30 juin, le MJSP a affirmé « que les condamnés sélectionnés pour bénéficier de la grâce présidentielle l’ont été suivant des critères établis en concertation avec l’OPC, le BINUH, le JSSP, le décanat du tribunal de première instance de Port-au-Prince et la Fédération des barreaux d’Haïti ».
En outre, le MJSP a indiqué que c’est dans le strict respect des critères préétablis que la direction de l’administration pénitentiaire a été chargée d’identifier les détenus et condamnés. « Vu le nombre de détenus et la diversité des juridictions concernées par cette mesure, il se pourrait que des erreurs s’y soient glissées. Il n’est pas non plus à écarter que des acteurs de mauvaise foi ait trompé la vigilance des autorités », s’est dédouané le MJSP dans ce dossier.
Face aux allégations du MJSP ayant rapport avec le choix des condamnés, l’OPC de son côté n’a pas tardé à réagir le jour même. « L’OPC dénonce cette déclaration mensongère du ministère de la Justice et tient à préciser qu’il n’a jamais travaillé avec le MJSP sur une éventuelle liste de libération de prisonniers devant bénéficier de grâce présidentielle », peut-on lire dans une note de l’institution nationale indépendante des droits de l’Homme (INDH) tout en précisant que le protecteur du citoyen, Renan Hedouville, n’a jamais eu de rencontres ni d’entretiens avec le ministre de la Justice Lucmane Delille depuis le 5 mars.
La Fédération des barreaux d’Haïti (FBH), citée par le MJSP dans le cadre de ce dossier, a aussi lavé les mains dans un communiqué du 1er juillet. La FBH a admis avoir plusieurs rencontres sur la préparation du plan de désengorgement des prisons en ces derniers mois. « Ces rencontres ne visaient pas à préparer des listes de condamnés pour la grâce présidentielle », a précisé la FBH ajoutant que cela avait pour but de « fixer les critères devant conduire à la réalisation d’audiences spéciales pour une sélection des détenus ».
Faut-il signaler que ce dossier, qui a suscité l’indignation de plusieurs citoyens tant dans la société que sur les réseaux sociaux, vient dans un contexte où le pays présente un tableau sombre en dépit de la crise sanitaire de Covid-19. Dysfonctionnement du Parlement, insécurité publique, impunité, inflation, dépréciation de la gourde, faiblesse des institutions étatiques, etc. La liste des problèmes est énorme.
Wisly Bernard Jean-Baptiste
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