De nombreux Haïtiens passent les Fêtes de fin d’année loin du pays
Écouter l'article
Les Fêtes de fin d’année sont de grands moments de partage et de retrouvailles pour les familles haïtiennes, mais le contexte socio-politique délétère contraint les citoyens à revoir certaines de leurs habitudes. En effet, à cause de l’insécurité aggravée par le kidnapping, bon nombre de personnes préfèrent jouir des Fêtes de fin d’année à l’extérieur du pays notamment en République dominicaine. Malgré la politique migratoire sur l’ile voisine d’Haïti jugée injuste pratiquée à l'encontre des migrants haïtiens (déportation illégales, violations des droits des migrants haïtiens), ces derniers préfèrent tout de même s’y rendre.
La recrudescence des cas de kidnapping et l’instabilité socio-politique poussent de nombreux Haïtiens à quitter le pays légalement ou illégalement. Plus près d’Haïti, en République dominicaine, la chasse aux immigrants haïtiens sans papiers déroge à la loi sur l’immigration et la protection des réfugiés. « Des violations graves de droits humains sont constatées lors des rapatriements de migrants haïtiens à la frontière: attouchements sexuels, tentatives de viol, vols d’objets de valeur, violences psychologiques et physiques » selon ce que le groupe d’appui aux rapatriés et aux réfugiés (GARR) a décrit dans un rapport dressé par cet organisme de droits humains sur les activités au niveau de la frontière au cours du mois de novembre.
Ces constats du GARR sont renforcés par le récit de Phaidra Sterlin, une artiste plasticienne. En effet, témoin de l’arrestation par les autorités dominicaines, d’un citoyen haïtien, en novembre dernier alors qu’elle se trouvait sur leur territoire, elle raconte:
« J’attendais un bus et c’est là que j’ai vu un camion dont l’arrière était comme une cage. Les autorités embarquaient un Haïtien et mon ami qui était avec moi, un photographe, m’a expliqué que c’était les agents de l’immigration. J’ai tenté de suivre le camion pour prendre des photos. Ils se sont rendus dans une autre voiture, un taxi, et ils ont commencé à tirer un jeune Haïtien hors de la voiture pour l’embarquer. Cette situation a beaucoup touché la mère que je suis aussi.» Selon elle, c’est un acte discriminatoire, les agents de l’immigration jugent qu’un migrant est Haïtien selon son apparence physique. « J’ai eu des problèmes avec des policiers qui n’ont pas voulu que je prenne des vidéos. Ils ont pris mon téléphone, ont effacé mes vidéos et mes photos et menacé de m’arrêter. » Heureusement il me restait des sauvegardes sur le cloud » continue-t-elle de raconter.
Cette réalité a valu le retour forcé de nombreux Haïtiens. Seulement pour le mois de novembre, le Groupe d’appui aux réfugiés et aux rapatriés a recensé 4 435 rapatriements en provenance de la République dominicaine, dont 3 361 hommes, 819 femmes, 107 filles et 148 garçons. Durant le mois de décembre en cours, notamment durant la période des Fêtes de fin d’année, les rapatriements se poursuivent en Dominicaine notamment au niveau de la frontière de Belladère /Elias Pina. Le 21 décembre, 3 bus sont rentrés dans le pays avec à leurs bords, environ 45 rapatriés chacun.
Toujours selon le GAAR, le nombre d’Haïtiens qui, durant la période des fêtes, ont l’habitude de revenir passer du temps avec leur famille a diminué cette année comparativement à l’année précédente. De plus, informe le GARR, le nombre de voyageurs illégaux sur la frontière a aussi diminué. En effet, la surveillance des frontières est renforcée, plus de soldats dominicains surveillent les frontières, mais aussi, parmi les passeurs qui avaient l’habitude d’aider les Haïtiens à se rendre sur le territoire voisin sans papier, plusieurs d’entre eux ont été arrêtés. Les pourcentages des départs réguliers restent cependant stables par rapport à l’année 2020, qui comptait déjà beaucoup d’Haïtiens voulant fuir l’insécurité systématisée.
Pour Phaidra Sterlin, les Haïtiens quittent le pays à la recherche d’une meilleure vie, ils fuient aussi à cause de l’insécurité et certains y vont juste pour le plaisir (discothèque, plage). La majorité des Haïtiens en République dominicaine appartiennent à tous les secteurs d’activités et vivent dans la frustration à cause du non-respect de leur dignité République dominicaine et de la situation difficile en Haïti qui les oblige à vivre ailleurs. L’artiste appelle à la solidarité de tous les citoyens haïtiens pour résoudre les problèmes du pays. « Nous sommes à un moment crucial où l’avenir dépend des actions qu’on doit poser aujourd’hui ».
De leur côté, les autorités haïtiennes avaient fait savoir qu’ils allaient se pencher sur la situation des Haïtiens chez nos voisins. On se le rappelle, le gouvernement y avait dépêché Daniel Supplice comme émissaire afin de trouver un moyen d’améliorer la relation des deux pays. Dès son retour, il a fait part de plusieurs dispositions prises par Haïti et la République dominicaine notamment, pour arrêter ces vagues de déportations et une collaboration entre Haïti et son pays voisin pour résoudre les problèmes avec l’immigration. Plus d’un mois après ces nouvelles réjouissantes pour les Haïtiens qui vivent en République dominicaine, aucune amélioration sur le mauvais traitement que subissent les Haïtiens sur le territoire voisin.
Dans le pays non plus, la situation ne s’est pas améliorée. Les cas de kidnapping continuent de se multiplier et la Police nationale d’Haïti semble impuissante face à cette insécurité chronique. Ce qui d’ailleurs explique le départ de nombreux Haïtiens pour la République dominicaine. Ces derniers préfèrent faire face aux mauvais traitements que leur réservent leurs voisins au lieu d’être les victimes des bandits armés. Mis à part la République dominicaine, les Haïtiens se rendent aussi dans plusieurs autres pays qui rapatrient aussi ceux qui sont dans une situation irrégulière, comme c’est le cas du Mexique, de Cuba, des Bahamas, des iles Turcs and Caicos et des États-Unis. Selon l’Organisation internationale de la migration, du 19 septembre au 19 novembre, plus de 10 000 milles personnes en provenance des États-Unis ont été rapatriées en Haïti. Les départs vers d’autres contrées semblent avoir lieu au même rythme que les cas de kidnapping qui terrorisent toute la population.
Geneviève Rose Murdith Joseph
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.