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Un procès pour propos racistes

Un procès pour propos racistes

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Deux policiers comparaissent devant le tribunal de Rosenheim, en Bavière (Allemagne). Ils sont accusés d’avoir insulté les Noirs et fait le salut hitlérien. Qu’en est-il exactement ? Un reporter de « Der Spiegel » (4 juillet 2020), Jan Friedeman, qui y assiste, fait le point.

L’histoire a commencé dans un bar qui s’appelle « Le Valentino ». C’est un lieu où ça bavarde beaucoup et surtout ça boit.

Le soir du 30 août 2018, une demi-douzaine de fêtards s’asseyent à la table des habitués devant l’entrée. Parmi eux, l’officier de police fédérale Thomas W. de Rosenheim et son collègue Thomas S., en visite de Rostock. Ils boivent du jägermeister avec du Red bull, de la vodka maracuja, du whisky cola. Le propriétaire offre à boire à tout le monde, de la musique pop retentit des enceintes, rapportent des témoins de la scène.

Un homme du groupe se sent de plus en plus mal à l’aise avec les discussions qui se déroulent à table. Il s’appelle Andreas K.. Il vient de faire la connaissance de ses compagnons de beuverie. « Ce sont vraiment des flics ? », demande-t-il au serveur à l’intérieur. À un moment donné, K. appuie secrètement sur son téléphone portable et enregistre quelques minutes de la conversation des deux policiers. L’enregistrement montre quelqu’un qui dit « putain de nègres » et « putain de bimbos ». À 23 h 14, K. compose le service d’urgence de la police.

C’est ainsi que l’appel au bar aboutit au tribunal de Rosenheim. Ce procès tombe à un moment où l’on parle de violence policière et de racisme. Après la mort de George Floyd aux États-Unis, beaucoup de gens se demandent s’il y a des racistes parmi les policiers allemands. Un débat âpre. « Au tribunal, ni les accusés ni le témoin Andreas K. ne veulent indiquer leur lieu de résidence. Tous disent qu’ils craignent les agressions », précise Jan Friedmann.

Toujours selon la revue, le juge écoute présentement une douzaine de témoins et fait jouer la bande sonore, malgré l’objection des avocats de la défense. Le fichier sonore n’est que partiellement compréhensible, mais un résumé des faits reprochés est dans l’ordonnance pénale. Les prévenus auraient fait « des remarques insultantes et abusives sur le groupe d’Africains noirs qui ont trouvé refuge en Allemagne ». « Les policiers accusés ont fait appel de l’ordonnance de référé, le tribunal est donc maintenant saisi de l’affaire, conformément au Code de procédure pénale », nous apprend Friedmann.

Une deuxième accusation pèse encore plus lourdement sur eux. Le témoin K. a décrit que l’officier de police fédérale S. avait un jour crié « Sieg Heil » (« salut à la victoire ») devant le bar. Son collègue W. a crié deux fois « Sieg Heil » et W. a tendu le bras pour faire le salut hitlérien. C’est un acte « punissable en tant qu’utilisation de signes d’organisations inconstitutionnelles », selon l’ordonnance pénale.

Les deux accusés font déclarer par leurs avocats qu’ils réfutent les plaintes portées contre eux et ne font aucune déclaration. Le témoin K., un camionneur au chômage qui a été impliqué dans plusieurs litiges, est disposé à fournir des informations. Un groupe de skinheads (néonazis) l’a battu devant le « Valentino » en 2016, dit-il. Au tribunal, il a porté un tee-shirt noir portant l’inscription « Hate Racism ».

« Tout le monde était saoul »

K. raconte qu’il était venu au bar avec deux amis qui revenaient du festival d’automne de Rosenheim, tout proche, et tous les trois se sont assis à la table des habitués. « Les conversations devenaient de plus en plus grossières », dit K. D’abord les insultes contre les Noirs, puis les saluts hitlériens. Un compagnon de beuverie a également témoigné qu’il avait entendu les appels de « Sieg-Heil », mais pas vu le bras tendu, c’est-à-dire le salut fasciste illicite.

Le reporter signale que tous ceux qui étaient présents en cette soirée estivale étaient en état d’ivresse. Lors du premier interrogatoire de K., les agents de police ont relevé chez les inculpés un taux d’alcool dans le sang de 1,6 gramme pour mille. Les autres ne voulaient pas subir d’alcootest. Cependant, K. a pu raisonnablement témoigner, selon ce que le tribunal a déclaré au journaliste.

Il y avait parmi les membres ayant tenu les propos discriminants une troisième personne, Silke K., agente de la police. Mais son dossier a été abandonné parce qu’elle n’était pas, elle, accusée d’avoir fait le salut hitlérien. Cette femme de la « garde de sécurité » de Rosenheim, qui soutient la police de manière bénévole, a sévèrement incriminé Thomas W., le lendemain de l’incident. Elle a affirmé que le policier avait crié « Sieg Heil ». Mais ce n’était pas la première fois qu’il le faisait. « Il aime ça ».

Mais devant le tribunal, elle s’est rétractée. Au moment de l’interrogatoire au poste de police, elle a dit qu’on l’a forcée à parler. Elle était encore ivre – complètement « pétée » — quand elle a témoigné.

Interrogé aussi, le propriétaire du « Valentino » a défendu l’accusé. Il dit que Thomas W. parlait parfois du travail difficile comme policier fédéral, notamment des problèmes avec les migrants. Pour lui, ça n’aurait rien de xénophobe. Il ajoute que l’accusé principal était un habitué et venait souvent avec des gens de différentes origines. « Il est toujours avec dix personnes, et ce sont tous des étrangers », affirme-t-il.

Le garçon du bar qui a servi le groupe se souvient des conversations sur les émeutes de Chemnitz et un peu des échanges de mots à propos du salut hitlérien.

La police de Rosenheim a pris les accusations contre ses collègues tellement au sérieux qu’elle est arrivée dans la nuit avec six voitures de patrouille. Un indice qui démontre que le débat houleux de ces dernières semaines contre le racisme porte ses fruits. Le lendemain, le Commissariat à la sécurité de l’État et aux infractions contre les fonctionnaires a pris le relais. « Nous étions conscients de la gravité de l’affaire », a déclaré l’officier de police responsable devant le tribunal. Il considère que la première déclaration de Silke K. (même si elle s’est rétractée) est crédible. Son collègue affirme qu‘à propos du témoin Andreas K. qu’il a l’impression qu’il y avait « une part de vérité » dans ce qu’il raconte.

Si W. avait accepté l’ordonnance pénale, conclut le journal, il aurait été condamné à une amende ou à une peine de prison de 90 jours. Le fait que le flic n’ait pas d’antécédent judiciaire pourrait peut-être jouer en sa faveur. Le verdict est maintenant attendu pour le 10 juillet. Dans trois jours.

Huguette Hérard

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