Deux années après les émeutes des 6, 7 et 8 juillet 2018
Écouter l'article
24 mois après les émeutes du 6 au 8 juillet 2018 qui ont secoué le pays ainsi que l’administration de Jovenel Moise, les mauvaises conditions de vie, dénoncées lors de ces mouvements spontanés, se sont empirées.
Qui ne se rappelle pas du weekend du 6 au 8 juillet 2018 où le pays a été pratiquement bloqué (lock) en moins de quelques heures dans l’après-midi du vendredi 6 juillet ? En fait, c’est le premier grand mouvement de revendication qu’a connu l’administration de Jovenel Moise après environ 18 mois au pouvoir. Tout a explosé après la publication d’un communiqué, au cours d’un match de la Coupe du Monde d’alors opposant le Brésil et la Belgique, par le ministère de l’Économie et des Finances pour annoncer l’augmentation des prix du carburant à la pompe. Sans aucune planification à l’avance, la mobilisation populaire dans les quartiers a contraint l’administration Moise/Lafontant à faire le retrait de cette décision. De nombreuses entreprises du secteur privé ont été pillées au cours de cette période marquée par l’impuissance de la Police nationale à contrôler la situation.
Un diagnostic socioéconomique, deux ans après
Deux ans après ces émeutes, la situation de la population haïtienne tend à s’empirer. Des entreprises affectées lors de ces mouvements n’ont pas eu encore l’opportunité de se relever. D’autres, asphyxiées par la suite au cours des « périodes pays lock », ferment leurs portes. Avec la pandémie, des entreprises, déjà en difficulté, sont obligées de cesser leurs activités contre leur propre gré.
Si le 6 juillet 2018, il fallait 67 gourdes pour un dollar américain, deux ans plus tard, le dollar s’échange à 113 gourdes. La dévaluation de la gourde s’accélère à un rythme que le pays n’avait jamais connu au cours de son histoire. Le pouvoir d’achat de la population diminue au point que les salaires moyens en 2018 deviennent misérables en 2020.
La situation sociale est agitée depuis la fin de 2018 avec la réapparition brutale de l’insécurité dans le pays. Aucune zone n’est à l’abri des assauts des individus armés illégalement. Ces hommes armés qui prennent plaisir à exposer leur arsenal sur les réseaux sociaux fonctionnent, parlent et circulent comme des autorités. Ils ferment et ouvrent des voies publiques quand ils veulent. Certaines fois, ils sont associés à la PNH, selon les organisations de droits humains, pour se jeter sur la population civile des quartiers populeux réfractaires à leurs projets.
La plupart des quartiers populeux est contrôlée par des hommes armés illégalement ayant leur tête un chef qui décide pour la zone. Détenteurs également d’un monopole économique, les caïds des quartiers populeux respectifs remplacent l’État aux yeux des riverains. Ils établissent leur territoire, et limitent la Police nationale dans ses interventions. La réapparition du kidnapping à la fin de l’année 2019 et début 2020 a montré les limites des forces de l’ordre.
Une situation politique incertaine
Si le chef de l’État a affirmé avoir entendu le cri de la population dans son adresse à la nation pour tenter de reprendre le contrôle de la situation, le Premier ministre Jack Guy Lafontant a dû payer le prix fort. Remettant sa démission au milieu même de sa séance d’interpellation à la Chambre basse, le médecin de formation a cédé sa place au notaire Jean Henry Céant. Ce dernier a pris les rênes du pays à l’heure où la jeunesse haïtienne a lancé un vaste mouvement, Petrochallenge, pour la reddition des comptes.
La fin de l’année 2018 et le début de 2019 ont été marqués par cette volonté de la population de savoir ce qui s’est passé dans la gestion du fonds Petrocaribe. La Cour des comptes a rendu deux rapports partiels disponibles suite à la pression des petrochallengers. En attente de la dernière partie et les arrêts de débet, le mouvement se prépare à ressurgir.
De Céant à Joseph Jouthe, la Primature n’arrive pas l’influence à faire oublier le président Jovenel Moise. Avec les deux périodes de pays lock, le départ du président de la République est le refrain de tous les mouvements de revendication. Son départ est réclamé par presque tous les secteurs de la vie nationale.
Sur le plan institutionnel, le pays sombre dans l’insolence de la mauvaise gouvernance. Le pouvoir législatif est quasiment dysfonctionnel au deuxième lundi de janvier. Les mandats des maires arrivent à leurs termes. Le pouvoir judiciaire trébuche sous la houlette de l’Exécutif qui le piétine constamment. La Police nationale d’Haïti traverse l’un des pires moments depuis sa création. Aucune institution du pays ne peut se vanter d’un fonctionnement normal.
Par ailleurs, depuis les émeutes du 6 au juillet 2018, l’opposition politique a refait surface. Elle trouve le moment opportun pour lancer des mobilisations. Outre des organisations de la jeunesse, les regroupements qui se réclament de l’opposition ont été les initiateurs des mouvements « pays lock ». Désormais, ils représentent des forces de pressions très influentes durant ces derniers mois.
Entre autres, deux ans après les émeutes du 6 au 8 juillet, le pays continue de plonger. Les autorités ne sont pas à la hauteur de leur tâche. La population est de plus en plus consciente de l’impact des mauvaises décisions sur leur quotidien. Et, la situation s’envenime pour une reproduction de ces émeutes avec plus de colère, puisque les paramètres socioéconomiques sont plus alarmants.
Woovins St Phard
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.