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Le coronavirus et le cerveau

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Quoi de neuf avec la Covid-19 après des mois de recherches intensives ? Apparemment rien qui puisse calmer les appréhensions. Le spectre des ma-ladies post-Sars-Cov-2 est large et l’immunité, un vœu pieux.

« Je suis loin d’en avoir fini avec la maladie. Je ne peux toujours pas monter les escaliers sans faire un arrêt en cours de route. J’ai essayé de faire du jogging parce que ça me manque. Mais j’y ai très vite renoncé. Je suis tou-jours sous anticoagulants parce que j’ai une fibrillation auriculaire », con-fiait en mai dernier Peter Piot (71 ans), conseiller de la Commission eu-ropéenne dans la lutte contre la pandémie. Découvreur du virus d’Ebola et guéri du Sars-Cov-2, il attirait l’attention sur les probables conséquences à long terme de la Covid-19 sur la santé générale. Il supputait que ces effets pouvaient rester ainsi pour le reste de la vie. C’était d’ailleurs le but de l’interview qu’il avait accordée fin mai à la revue allemande « Der Spiegel » (22 mai 2020). « Beaucoup de gens pensent, soulignait-il, que pour 99 % des personnes infectées, la Covid-19 n’est rien d’autre qu’une sorte de grippe, et que 1 % en meurent. Je veux rappeler aux gens qu’il y a aussi quelque chose entre les deux : un grand nombre de ceux qui survivent restent malades très gravement et pendant très longtemps. » Ils n’ont plus le virus certes, mais beaucoup d’organes sont endommagés.

Voici que maintenant, des scientifiques semblent confirmer ses suppositions. C’est vrai que le coronavirus est encore une infection nouvelle, largement in-explorée. Toutefois, d’innombrables observations conduisent les chercheurs à penser que même si la personne a vaincu le mal et s’est rétablie, le virus peut avoir des conséquences à long terme sur sa santé.

Les experts ne peuvent pas dire avec certitude les effets tardifs que peut déclencher une maladie Covid-19 ni exactement lesquels, mais ils constatent que le nombre de plaintes est en augmentation. Par exemple, les anciens pa-tients — même ceux qui ont connu une légère progression de la maladie — se plaignent de symptômes récurrents tels que la toux, la fièvre et les problèmes respiratoires. Certains d’entre eux ont également des difficultés à se concentrer et à trouver la parole. Comme la Covid-19 n’est pas une manifestation uniforme — la gravité de la progression de la maladie et des symptômes varie selon la personne —, les experts trouvent également qu’il est (encore) difficile de classer les effets à long terme. Il est certain qu’il faudra probablement attendre un certain temps avant de pouvoir présenter des résultats scientifiquement valables.

Il n’empêche qu’un nombre croissant d’études indiquent que le SARS-CoV-2 attaque non seulement les poumons et les voies respiratoires, mais aussi d’autres organes. Notamment le cœur, les vaisseaux sanguins, les nerfs, les reins et la peau.

Menace d’AVC

La revue scientifique britannique « Brain » (142 ans d’existence) indique que des neurologues de l’University College London (UCL) ont récemment con-firmé que la maladie pouvait également causer de graves lésions cérébrales, y compris chez les patients présentant des symptômes légers ou les convales-cents, « généralement détectés très tardivement, voire pas du tout ». Ces dommages neurologiques se présentent sous la forme d’une inflammation du système nerveux central appelée « encéphalopathie » et se traduisent par des psychoses avec délire, des paralysies et des accidents vasculaires cérébraux, souvent détectés à un stade avancé.

Chez plus de 40 sujets britanniques atteints de Covid-19, on a diagnostiqué une « maladie inflammatoire affectant les gaines de myéline des nerfs du cer-veau et de la moelle épinière, une encéphalomyélite aiguë disséminée (ADEM) (1), indique la revue britannique. Parmi les patients examinés, 12 souffraient d’une inflammation du système nerveux central, 10 d’une encéphalopathie transitoire avec délire ou psychose », 8 d’un accident vasculaire cérébral et 8 autres de problèmes au niveau des nerfs périphériques.

Dans un compte-rendu sur les travaux britanniques précités, le journal « daily geek show » rapporte que la plupart des malades examinés présentaient les signes du syndrome de Guillain-Barré (2), une réaction immunitaire attaquant les nerfs et provoquant une paralysie. Celle-ci peut se révéler mortelle dans 5 % des cas (on a même noté le cas d’une femme de 59 ans morte de cette complication). « Selon les chercheurs, ces nouveaux travaux corroborent les craintes que la Covid-19 puisse causer des problèmes de santé à long terme, avec de nombreux patients restant essoufflés et fatigués longtemps après leur rétablissement, et d’autres, en convalescence, souffrant d’engourdissement, de faiblesse et de problèmes de mémoire ».

Si l’ADEM présente certaines similitudes avec la sclérose en plaques sur le plan biologique, celle-ci se révèle plus grave et ne survient généralement qu’une seule fois, précise encore « daily geek show ». « Certains patients se retrouvent avec une invalidité de longue durée, tandis que d’autres se rétab-lissent bien », explique Michael Zandi, auteur principal de l’étude. Les auteurs de l’étude indiquent que le spectre complet des dommages neurologiques et des effets secondaires à long terme causés par le SARS-CoV-2 est encore loin d’être connu. La raison est « le nombre élevé de patients se révélant trop affaiblis pour subir des scanners cérébraux, et de la surcharge des services hospitaliers ». Zandi tient toutefois à attirer l’attention du monde entier sur ce type de complications. « Les médecins et le personnel médical, alerte-t-il, devraient toujours consulter un neurologue pour les patients présentant des symptômes cognitifs, des problèmes de mémoire, de la fatigue, des engourdissements ou des faiblesses. »

L’immunité fait faux bond

D’un autre côté, l’immunité sur laquelle reposaient les espoirs des scientifi-ques n’est pas acquise. Elle aurait fait faux bond, car de nouvelles études, ce-pendant, remettent en question l’hypothèse d’une immunité après une infec-tion combattue avec succès.

L’immunité collective repose sur l’hypothèse qu’après une seule infection, des anticorps se forment et empêchent ensuite la maladie d’éclater à nouveau. Cependant, des études récentes suggèrent que ces anticorps ne peuvent être détectés dans le sang que pendant une courte période, en particulier chez les patients présentant des symptômes légers ou absents. Et cela contredit une immunité naissante.

Cette observation a été faite par l’hôpital universitaire de Zurich, l’autorité sanitaire de Lübeck et des chercheurs chinois, entre autres. Lorsque ces der-niers publiaient les résultats dans la revue « Nature Medicine », les premières études n’étaient ni publiées dans une revue spécialisée ni recoupées par des experts. « Les résultats préliminaires doivent donc être considérés avec pru-dence ! », estime Anne Beyer, reporter d’« aol.de/nachrichten » (9 juillet 2020). Malgré cela, une tendance ne peut être négligée, reconnaît-elle, « les tests de masse d’anticorps, qui sont censés révéler les infections au coronavi-rus dans leur intégralité, semblent douteux dans ce contexte ».

On sait que la Covid-19 déclenche des symptômes différents et de force différente. Selon le virologue allemand Thomas Jacobs, les anticorps sont rarement trouvés dans le sang des patients présentant une évolution bénigne de la maladie, car « quelques virus dans la région de la gorge et du pharynx (...) ne sont probablement pas (suffisants) pour déclencher une réponse d’anticorps importante ou une immunité des cellules T. (3) » chez les per-sonnes infectées qui souffrent d’une évolution grave de la maladie, le système immunitaire réagit en conséquence et construit probablement une protection à long terme.

Si les études tendent à réfuter une immunité, elles établissent une nouvelle thèse. L’immunité partielle. La personne ayant surmonté une infection pourrait voir les symptômes d’une nouvelle infection au moins atténués. La question qui occupe les chercheurs est de savoir quelle partie du système immunitaire offre cette protection (partielle). On attend et dans l’intervalle, on ne peut que blinder notre système immunitaire, se protéger et attendre de nouveaux résultats.

Huguette Hérard

N.D.L.R.
1) L’encéphalomyélite aiguë disséminée (ADEM) est une maladie inflammatoire, démyélini-sante, multifocale intéressant principalement la substance blanche du système nerveux central. Elle est rare, mais non exceptionnelle chez l’enfant (Source : National Center for Biotechnology Information)
2) L’encéphalomyélite aiguë disséminée est une affection neurologique rare qui se manifeste principalement chez l’enfant, mais qu’on peut aussi diagnostiquer chez des personnes de tous âges. Elle se caractérise par une inflammation de courte durée, mais disséminée, du système nerveux central (SNC – cerveau, moelle épinière et nerfs optiques), causant des lésions à la myéline, soit la gaine protectrice qui entoure les fibres nerveuses. (Source : Société canadienne de la sclérose en plaques)
3) Les lymphocytes T, ou cellules T, sont une catégorie de leucocytes jouant un grand rôle dans la réponse immunitaire secondaire. « T » est l’abréviation de thymus, l’organe dans lequel leur développement s’achève.

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