Les pleins pouvoirs pour le prochain président de la République dominicaine Luis Abinader Corona: perspectives et défis
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Le président élu de la République dominicaine Luis Abinader Corona sera installé le 16 août prochain dans ses fonctions régaliennes. Pour gouverner, il dispose déjà d’une majorité absolue dans les deux chambres du Parlement dominicain. Au Sénat il dispose des 18 sénateurs du PRM sur les 32 que compte le Sénat. À la Chambre des députés, le PRM dispose aussi de 96 députés sur les 190 de la Chambre basse.
Le président élu de la République dominicaine dispose donc théoriquement des pleins pouvoirs pour gouverner de manière optimale le pays de Juan Pablo Duarte. L’opposition parlementaire au Sénat est quasiment réduite à néant puisqu’avec ses 18 sénateurs et les sept potentiels alliés de la Fuerza del Pueblo et alliés Luis Abinader disposera de 25 ou 26 sénateurs sur 32 pour faire passer ses projets et propositions de lois. Avec ses 6 sénateurs, le PLD de Danilo Medina ne fera pas le poids dans la balance des forces au niveau du grand corps dominicain à moins que contre toute attente les sept sénateurs du groupe de la Fuerza del Pueblo ne s’allient avec ceux du PLD pour une raison ou une autre et arrivent à trouver trois sénateurs dissidents au sein du PRM. Mais c’est là un scénario presque impossible, du moins pour le moment. Au niveau de la Chambre des députés, la balance des forces est beaucoup plus équilibrée, mais le PRM avec ses 96 députés dispose encore dans cette instance du Parlement dominicain de la majorité absolue. En cas de nécessité il pourra toujours bénéficier de l’appoint conjoncturel des députés du groupe politique « La Fuerza del Pueblo » présidé par Leonel Fernandez.
Les choses étant très claires au niveau du Parlement dominicain cela signifie-t-il qu’une voie royale s’ouvre pour les quatre ans à venir pour l’élu du 5 juillet 2020?
Rien n’est moins sûr en raison de l’environnement délétère et hautement improductif créé par la pandémie du coronavirus. En effet, la pandémie venue de Chine a très fortement secoué l’économie dominicaine que ce soit dans le secteur du tourisme ou dans celui des exportations sans compter les effets induits par la réduction forcée ou obligée des heures de travail dans le secteur manufacturier ou agricole. L’économie dominicaine avant la crise de la Covid-19 était considérée comme l’une des plus performantes pour ne pas dire la plus performante de la grande Caraïbe en raison de son dynamisme extraordinaire, de son PNB de plus de 72 milliards de dollars et de son taux de croissance économique oscillant constamment entre 5% et 7% annuellement. L’établissement de liens diplomatiques avec la Chine laissait espérer que Pékin allait effectuer des investissements massifs en République dominicaine en vue de doper davantage son dynamisme économique. Santo Domingo se percevait déjà en nouveau dragon économique et financier de l’Amérique latine. Tous ces calculs géo-économiques, toutes ces espérances financières sont-ils tombés à l’eau?
Le 16 août 2020, Luis Abinader Corona deviendra officiellement le président de la République dominicaine et il disposera au Parlement de la majorité qui lui permettra d’atteindre ses objectifs dans les domaines sanitaires, touristiques, manufacturiers, financiers et agricoles.
Mais le général corona se tient déjà très ferme en face du président Corona. Le premier adversaire du successeur de Danilo Medina sera donc la Covid-19. Un adversaire de taille qui jusqu’à présent continue à faire des ravages au pays de Juan Bosch. Quelle politique sanitaire le nouveau gouvernement adoptera-t-il pour vaincre ou faire reculer ce dragon à sept têtes qu’est le coronavirus? En dépit de la clarté du programme du Partido revolutionario moderno (PRM) à ce sujet, tout est encore dans une certaine obscurité ou plutôt dans un clair-obscur ne permettant que de naviguer a vu en surveillant constamment le bâbord et le tribord. Mais bien qu’il soit pour le moment débordé, le système sanitaire et hospitalier dominicain est très performant et susceptible, sauf événement majeur, de continuer à faire face avec un certain succès à la pandémie.
Néanmoins la Covid-19 restera encore pour trois mois encore une menace majeure pour le secteur touristique dominicain malgré la détermination évidente des responsables de ce secteur de relancer les activités hôtelières dans les grands centres touristiques de Santiago, de Puerto Plata, de Santo-Dominigo ou de Punta Cana. Le défi est immense, car déjà les États-Unis lancent des « warnings » demandant à ses ressortissants d’éviter autant que possible la nouvelle merveille des Caraïbes. Pour atteindre ces objectifs dans le domaine du tourisme, le gouvernement de Luis Abinader devra courtiser très fortement d’autres clients. Mais en dépit de la bonne volonté du prochain gouvernement, on peut présumer que le secteur touristique du pays voisin ne pourra pas, sauf miracle improbable, reprendre sa vitesse de croisière normale.
Dans le secteur des investissements, il y aura aussi une continuation de la contraction des investissements tant nationaux qu’internationaux (FDI) à moins que la Chine, en dépit de tout, joue à fond la carte Abinader pour se présenter de nouveau en force malgré la Covid-19 sur le marché dominicain. Après tout depuis 2019 durant le mandat de Danielo Medina, de grands pas, du moins sur le papier, avaient déjà été posés en ce sens. Les gouvernements de Santo-Domingo et de Pékin avaient discuté de grands projets d’investissements dans les secteurs touristiques et manufacturiers ce d’autant plus que Pékin percevait sans doute à travers la République dominicaine une porte d’entrée sur le marché de l’Amérique centrale où Santo-Domingo joue à fond les cartes de la SICA et de la CAFTA. Mais les observateurs estiment que Washington ne voit pas d’un bon oeil ces jeux pékinois dans cet espace qu’il considère à tort ou à raison comme son arrière-cour.
En matière de politique chinoise Luis Abinader va-t-il rebattre les cartes et prendre d’autres options? Ou va-t-il continuer à s’engager dans le chemin « diplomatico » économique initié par Danilo Medina dans son « Ost-Politik ». Plus que toute autre chose c’est là que les observateurs de la scène politico-diplomatique dominicaine attendent le président Luis Abinader Corona. To be or not to be, that is the question. Les enjeux du mandat du futur président dominicain sont immenses, les défis et les espérances le sont aussi. Autre enjeu et autre défi pour le nouveau président dominicain qui se veut révolutionnaire et moderne, la question haïtienne. Nous reviendrons sur ce très grand et très immense sujet ainsi que sur d’autres aspects du prochain mandat de Luis Abinader qui n’ont pas été abordés dans ce texte.
Azad Belfort
Spécialiste de diplomatie et de relations internationales
courriel:azad59_2009@yahoo.fr
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