Écrire à la rédaction
Radio Pacific 101.5 fm
Actualité

Trois massacres d’État au cœur d’une discussion entre la représentante des États-Unis et un officiel du gouvernement haïtien

Trois massacres d’État au cœur d’une discussion entre la représentante des États-Unis et un officiel du gouvernement haïtien

Au cours d’une discussion par visioconférence entre l’ambassadeur des États-Unis en Haïti, Michel J. Sison, et la ministre déléguée en charge des droits humains et de la lutte contre la pauvreté extrême, Colombe Jessy Menos. Au cours de cet entretien, les deux officiels ont souligné la nécessité de combattre l’impunité et de rendre justice aux victimes des massacres de Raboteau, de La Saline et de Bel-Air.

L’annonce a été faite par l’ambassadrice des États-Unis en Haïti, Michèle J. Sison, sur le compte Twitter officiel de l’Ambassade. L’objectif de la discussion était, par-dessus tout, de parler de l’importance de la reddition de comptes dans les cas de violation de droits humains, la lutte contre l’impunité et la nécessité de réduire les cas de détention préventive prolongée et de protéger la liberté d’expression. Au passage, l’ambassadeur a également attiré l’attention de la ministre en charge des droits humains sur les efforts que doit déployer le gouvernement actuel afin de rendre justice aux victimes des massacres populaires les plus cruels qu’a connues le pays, notamment les victimes des massacres de Raboteau, de La Saline et du Bel-Air. Un retour sur ces massacres subis par la population haïtienne.

Une revanche contre Jean-Bertrand Aristide

Au moins 50 personnes avaient été tuées en avril 1994 dans le massacre de Raboteau, quartier populaire des Gonaïves où Aristide avait des partisans. Aristide était alors en exil aux États-Unis et le pays était sous dictature militaire. Mais le nombre total de morts ne sera probablement jamais connu. Plusieurs ont été enterrés dans des tombes et d’autres ont été laissés à la mer. Emmanuel Constant (Toto Constant), actuellement entre les mains de la justice haïtienne, est l’un des plus grands responsables de ce massacre. Ce dernier et des militaires impliqués ont été reconnus coupables. Mais, en 2005, la Cour de cassation d’Haïti avait renversé des condamnations pour meurtre et torture prononcées contre des militaires par le tribunal des Gonaïves. Ainsi, 14 militaires et paramilitaires ont vu leur condamnation aux « travaux forcés à perpétuité » annulée par la Cour de cassation. Cette dernière a conclu à « l’incompétence » du tribunal des Gonaïves qui avait prononcé ces condamnations le 10 novembre 2000. Cette décision, qui touchait environ 38 militaires Haïti, a été cassée sans renvoi. Et la cour avait ordonné que les criminels soient mis en liberté s’ils ne sont pas retenus pour une autre cause.

Un massacre à huit clos, d’après les organisations de droits humains

En 2018, La Saline a été le théâtre d’un massacre à huit clos orchestré, selon des organisations des droits humains, par des officiels de l’administration en place. Au moins 71 personnes ont été assassinées, le 13 novembre 2018, par des gangs réputés proches du pouvoir central, d’après les organisations de la société civile, dont le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). En juin 2019, l’Organisation des Nations unies (ONU) avait publié un rapport édifiant sur le massacre perpétré dans ce bidonville. L’ONU affirme que le massacre a duré plus de 14 heures sans que les unités de police présentes à proximité n’interviennent. L’inertie totale des forces de l’ordre a permis aux membres des cinq gangs impliqués d’avoir eu le temps d’éliminer les preuves de leurs actes. Des corps ont été mutilés, brûlés et abandonnés dans une décharge publique à la merci des animaux, notamment des Porcs. Ce rapport des Nations unies a corroboré les accusations déjà formulées par des organisations haïtiennes. Deux officiels du gouvernement, à savoir, Pierre Richard Duplan et Fedenel Monchery, principalement délégué départemental de l’Ouest et directeur général du ministère de l’Intérieur, sont, jusqu’à date, sur le banc des accusés.

Un projet pour casser l’élan des mobilisations antigouvernementales

Par ailleurs, un an après le massacre de la Saline, un autre massacre orchestré encore une fois par le pouvoir en place, selon les organisations locales, a eu lieu au quartier de Bel-Air, dans la nuit du 8 au 9 novembre 2019. Au cours de cette période plusieurs personnes ont été tuées ou blessés par balle, de nombreuses maisons ont été incendiées ainsi que des véhicules. Les responsables ont eu le temps d’annuler les preuves, mais en résumé, le dernier bilan, le plus proche de la réalité, est de 24 personnes tuées par balle ; 5 autres blessées par balle ; 28 maisons incendiées ; 2 maisons criblées de balles ; 7 voitures et 3 motocyclettes incendiées et 9 transformateurs de l’EDH endommagés. Un rapport d’enquête très détaillé a fourni l’identité des victimes, les lieux et dates de ces actes, les gangs impliqués ainsi que le nom des personnalités politiques indexées dans les évènements enregistrés à Bel-Air. Le secrétaire d’État à la sécurité publique d’alors, Léon Ronsard Saint-Cyr a été accusé d’être l’auteur intellectuel de ce massacre. Selon le rapport du RNDDH, ce dernier a engagé le chef de gang Jimmy Cherizier alias « Barbecue » pour nettoyer la région métropolitaine de Port-au-Prince et prendre le contrôle de Bel-Air afin d’empêcher la poursuite des rassemblements antigouvernementaux.

En fait, ce sont des dossiers accablants pour le pouvoir en place. L’un des sujets qui entachent encore plus la réputation des dirigeants au pouvoir, c’est cette affaire de massacre dans les quartiers populaires et la prolifération de gangs armés. Donc, il est clair qu’aujourd’hui les États-Unis sont en train d’exiger justice et réparation aux auteurs et co-auteurs de ces actes. Après avoir été expulsé des États-Unis, Emmanuel Constant (Toto Constant) est sur le point d’être libéré par la justice haïtienne pour manque de preuve, alors que divers rapports d’organisation nationaux et internationaux l’indexent comme étant l’auteur principal du massacre perpétré à Raboteau. En ce qui concerne Pierre Richard Duplan, Fednel Monchéry, Léon Ronsard Saint-Cyr, et Jimmy Chérizier (Barbecue), aucune décision de justice n’est encore adoptée à leur encontre, en dépit des preuves et témoignages des victimes, rapport de police et d’organisations de défense des droits humains.

Evens REGIS

Si vous avez déjà créé un compte, connectez-vous GRATUITEMENT pour lire la suite de cet article.

Connectez-vous

Pas encore de compte ? Inscrivez-vous

Suivez-nous sur WhatsApp

0 commentaire

Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.

Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.

Se connecter Créer un compte

Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.

À lire également

Toute la rubrique Actualité

Alertes du National

Recevez une notification sur votre téléphone ou votre ordinateur dès qu'un article paraît dans les rubriques de votre choix. Gratuit, avec votre compte lecteur.

Rubriques à suivre