La République dominicaine de Luis Abinader Corona: vers un capitalisme nordique?
Depuis le 16 août 2020, la République dominicaine dispose d’un nouveau gouvernement présidé par Luis Abinader Corona. La charge est lourde, très lourde pour ce nouveau président qui suscite beaucoup d’espoir non seulement dans son pays, mais aussi ailleurs. D’une part, certains secteurs de la communauté internationale, à tort ou à raison, voient en lui une icône de la lutte contre la corruption dans son pays; d’autre part, plus de 52% de la population dominicaine lors des joutes électorales du 5 juillet 2020 lui ont confié un mandat impératif en vue sinon d’éradiquer le poison de la corruption de l’espace social dominicain du moins de le réduire à sa plus simple expression. Très grosse ambition pour un président dont le mandat n’est que de quatre années.
Mais pour la jeunesse et les mouvements sociaux qui tournoient autour du Parti révolutionnaire moderne (PRM) tout cela est sans aucun doute le début d’une nouvelle ère ; le début de la fondation d’une nouvelle république. Le nouveau président toujours dans cette tendance a nommé dès sa prestation de serment un procureur indépendant chargé de traquer avec vigueur et détermination dans leurs repaires, châteaux et chaumières les adeptes invétérés de ce sport multiséculaire qu’on appelle la corruption. Terreur apparente dans le landernau dominicain, car M. Luis Abinader Corona ne semble pas badiner avec la question. Ce d’autant plus qu’il bénéficie apparemment du soutien inconditionnel de Washington pour atteindre ses objectifs dans ce domaine.
La lutte contre la corruption semble être l’une des pierres angulaires du régime abinaderien. Car si d’un côté le Potomac semble décidé a l’accompagner dans ses nobles démarches, la société civile dominicaine, l’une des plus dynamiques de la zone de la grande Caraïbe paraît, semble-t-il, décidée à reprendre les grandes manifestations style « marcha verde » si rien n’est fait pour terrasser le grand dragon de la corruption. Luis Abinader Corona a donc du pain sur la planche, car les conjonctures économiques nationale et internationale ne sont pas vraiment en sa faveur même s’il a dans son équipe des joueurs de première classe et de très grande expérience pour mener à bon port le navire de la République dominicaine.
Luis Abinader a-t-il des chances de réussir son mandat?
Le Parti révolutionnaire moderne (PRM) est issu de la gauche dominicaine et tout particulièrement du Parti révolutionnaire dominicain (PRD) de Pena Gomez. Luis Abinader est le fondateur principal du PRM dont il a fait en l’espace de cinq années une redoutable machine politique qui est arrivée à damer le pion au PLD même dans ses gîtes secrets. Si officiellement le parti est idéologiquement ancré à gauche, par contre le petit lait du consensus de Washington semble avoir fait tranquillement son chemin sur le plan de la praxis économique. En fait quand on analyse bien la situation, le modèle qui pourrait, peut-être, surgir du PRM après la crise de la Covid-19 est celui du capitalisme nordique, c’est-à-dire une combinaison de capitalisme « bcbg » mâtiné de social-democratie à la suédoise. Du moins, c’est ce modèle qui pourrait surgir de la boîte à outils du Dr Luis Abinader Corona après trois années de gestion, si bien entendu la Covid19 lui en laisse le loisir, car il lui faudra réparer très rapidement les dégâts causés par cette pandémie depuis tantôt 4 mois. Mais, la tâche ne sera pas facile pour le nouveau président dans ces domaines importants de l’économie dominicaine:
a) le tourisme prendra au minimum une année avant de redémarrer en République dominicaine malgré les efforts de David Collado l’ex-maire de Santo-Domingo. Le tourisme d’après les statistiques représente plus de 11% du PNB dominicain. On comprend donc aisément l’étendue des dégâts sur le plan financier dans ce secteur.
b)les investissements directs étrangers prendront, sauf miracle, du temps pour atteindre les niveaux stratosphériques d’avant mars 2020. Le voisin d’Haïti faisait figure dans ce domaine de dragon de la grande Caraïbe avec des chiffres très impressionnants dépassant souventes fois les deux milliards de dollars par année pour un stock d’investissement étranger de plus de trente-cinq milliards de dollars.
c) les exportations représentaient en 2019 plus de 10% de l’économie dominicaine. Avec le marasme de l’économie globale il sera quasiment impossible pour la République dominicaine de reprendre immédiatement les niveaux d’exportation des années précédentes. Ce qui, bien entendu, va créer nolens volens à court et à moyen terme de très fortes pressions sur l’économie haïtienne dans un sens très négatif malgré la volonté apparente du PRM d’établir un certain équilibre avec Haïti en matière économique.
À la lumière de ces paramètres il devient de plus en plus évident que la tâche ne sera pas du tout facile pour le président Luis Abinader au cours des deux prochaines années, à moins que... à moins que... et si et seulement si. Mais ceci est une tout autre histoire.
Azad Belfort
Spécialiste de diplomatie et relations internationales.
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