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Une rue « raciste » de Berlin renommée

Une rue « raciste » de Berlin renommée

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Depuis 1700, il existe à Berlin une rue située en plein cœur de la ville qui s’appelle « Mohrenstraße » (la rue des Maures). Des antiracistes berlinois trouvent que le mot « Maure » (1) – synonyme de noir - a une connotation raciste et devrait être banni de la ville internationale qu’est devenu le land de Berlin. Et ils ont obtenu gain de cause.

C’est décidé : la rue des Maures va être rebaptisée. À la demande des écologistes et des sociaux-démocrates, l’Assemblée de district (2) a accepté que la rue porte un autre nom, celui de Anton-Wilhelm Amo », un philosophe allemand d’origine africaine du 18e siècle. Amo fut le premier académicien noir à étudier dans une université européenne, à décrocher un doctorat et à obtenir une chaire dans des universités prussiennes. Un évènement sans précédent à l’époque.

Dans la soirée du 20 août, le parti social-démocrate SPD de Berlin-Mitte a annoncé sur Twitter : « Une décision claire et un grand succès : l'assemblée du district de Mitte se joint également à la société civile et demande au bureau du district d'entamer immédiatement le processus de changement de nom de la Mohrenstraße ». La résolution prise stipule que le bureau de district est prié de « commencer immédiatement le processus de changement de nom. » La raison invoquée est que, selon la conception actuelle de la démocratie, le terme « maure » ayant une connotation raciste « nuit à la réputation nationale et internationale de Berlin ».

Antje Kapek, chef du groupe parlementaire des Verts à la Chambre des représentants de Berlin, a déclaré que le nouveau nom permettrait de garder l'histoire du colonialisme visible mais sans reproduire le racisme.

Plusieurs organisations qui avaient fait campagne pour le changement de nom ont salué cette décision qu’elles qualifient d’historique. L’État de Berlin écrit « l'histoire du monde », applaudit l’association antiraciste « Berlin Postkolonial ». La ville Berlin interdit « une insulte dans l'espace urbain » et a honoré « un penseur africain ».

Le penseur retenu, Amo, est né en 1700 au Ghana. Il a été emmené aux Pays-Bas comme esclave, ensuite donné en cadeau en Allemagne à la cour de Braunschweig-Wolfenbüttel. Il y a reçu une excellente éducation. Par la suite, en 1729, il a obtenu son doctorat à Halle et a enseigné la philosophie dans les universités de Halle, de Wittenberg et d’Iéna, toutes des villes de l’Est de l’Allemagne.  

La gauche pour, et la gauche contre

Début juillet, la société de transport public berlinoise BVG avait initialement annoncé que le nom de la gare « Mohrenstraße » (rue des Maures) serait changé en Glinkastraße (rue de Glinka), du nom du compositeur russe Mikhail Ivanovich Glinka (1804-1857), qui rejoint la Mohrenstrasse près de la station de métro. Cependant, après les accusations d'antisémitisme portées contre Glinka, le Sénat a changé d’avis.

À la demande du parti d’extrême-droite, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), la Chambre des députés de Berlin est intervenue jeudi dans la question longtemps débattue de savoir si la Mohrenstraße (la rue des Maures) devait être rebaptisée ainsi que la station de métro du même nom. La tendance était claire : les partis de gauche - les sociaux-démocrates et les écologistes - sont nettement en faveur du changement de nom, car selon eux, le terme « Maure » est non seulement dépassé, mais a aussi une « connotation raciste ». Les sociaux-démocrates demandent seulement que les habitants du quartier « Mitte » où se situe la rue, soient inclus dans le débat.

Mais la droite elle, ne voit pas trop d’intérêt à changer de nom. C’est ainsi que les présidents de la droite conservatrice (les chrétiens-démocrates de la CDU) et les Libéraux du FDP ont convenu que le parlement du Land de Berlin devrait d'abord discuter de questions plus importantes. Ces deux partis de l'opposition pensent aussi que le fait de renommer la rue et la station de métro est « superflu » et également « peu historique ».

Comme on devait s’y attendre, l’extrême-droite n’est pas non plus d’accord. Avec sa motion, l'AfD raciste et xénophobe veut porter la Chambre des députés à « s'abstenir de renommer la station de métro de la Mohrenstraße » et à « fournir des explications sur l'histoire de la dénomination des rues » par le biais de panneaux d'informations.

Pour l’extrême-droite, changer de nom correspond à une « Schmierenkomödie », une « farce ». La motion va maintenant être discutée dans les commissions spécialisées du Parlement, démocratie oblige. Mais elle sera certainement rejetée par le groupe rouge-vert (sociaux-démocrates et écologistes). Ce dernier l’avait déjà annoncé lors du débat en plénière. 

Le processus de changement de nom n’a pas commencé aujourd’hui. En 1965 déjà, la statue « Freies Afrika » réalisée par Gerhard Geyer (photo) a été exposée à la place de l’université de Halle en l’honneur d’Anton Wilhelm Amo. Il n’existe pas de portrait personnel de lui.

Il faut ajouter que depuis les années 1980, des efforts ont été entrepris pour rebaptiser des noms de rues qui évoquent trop le passé colonial. Il existe de nombreuses organisations qui font pression pour que les injustices du colonialisme soient acceptées et traitées. Deux d'entre elles sont situées à Wedding, dans le quartier africain : « Each One Teach One » (EOTO) qui promeut les intérêts des Noirs, des Africains et des afro-descendants en Allemagne et « Berlin Postkolonial ».

L'un des co-fondateurs de « Berlin Postkonial » est l'historien Christian Kopp. Avec ses collègues, il organise des visites guidées du quartier pour expliquer son histoire et suggère des noms de rues suspectes à renommer. Par exemple, la rue Gröbenufer à l’Est de Kreuzberg s’appelle désormais « May-Ayim-Ufer », du nom de l’Afro-Allemande, May Ayim, fondatrice de l’association « Initiative des Noirs allemands » en 1985. « L'opportunité de créer un débat sur le colonialisme en premier lieu était probablement due à nos demandes de renommer les rues », affirme Kopp. D’ici mai 2020, un jury composé d’Africains et d’Afro-Allemands va être mis en place pour proposer des noms d’héroïnes pour remplacer ceux des anciens colonialistes.

Huguette Hérard

N.d.l.r.
1) Terme démodé qui signifie « foncé », « sombre », « noir ».
2) Chaque ville ou commune a un Conseil municipal (Stadtrat) ou un Conseil communal (Gemeinderat) mais à Berlin qui est à la fois une ville et un Land, c’est l’Assemblée de district (Berzikversammlung) qui joue le rôle de Conseil municipal. C’est le Bureau de district (Bezirksamt) qui va mettre en application la décision.

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