Vers des élections controversées dans le pays ?
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Alors que le président de la République, Jovenel Moise, met le cap sur la tenue des prochaines élections législatives dans le pays, l’opposition dans son ensemble et une grande partie de la société civile ne veulent pas d’élections avec l’administration en place. Les agendas des deux groupes sont divergents.
Décidément, le chef de l’État semble prioriser deux grandes thématiques pour le reste de son mandat. La réforme constitutionnelle, sur laquelle il insiste depuis des mois, et l’organisation des élections législatives, municipales et présidentielles dans le pays. Cette dernière est une responsabilité légale pour tout pouvoir qui souhaite assurer la pérennité de la démocratie sur le territoire national. Toutefois, réclamant le départ du président Jovenel Moise depuis des mois, les regroupements de l’opposition et une grande frange de la société civile n’entendent pas participer aux élections avec l’administration de Jovenel Moise.
Détenteur d’un rôle officieux très important dans la prise des décisions dans le pays, l’international se resserre les rangs pour la tenue des élections avec le président Jovenel Moise. Dans un tweet de l’Ambassade américaine en Haïti le 25 août, le pays présidé par Donald Trump encourage le gouvernement haïtien à faire preuve de retenue dans la publication de décrets, en utilisant ce pouvoir pour planifier les élections législatives et pour des questions de vie, santé et sécurité jusqu’à ce que le parlement soit rétabli et reprenne ses responsabilités constitutionnelles.
Cette déclaration des USA est accueillie comme une main levée des États-Unis au gouvernement haïtien pour la tenue des élections législatives. Le chancelier haïtien, Claude Joseph, en prend acte. « Nos partenaires de la communauté internationale, particulièrement les USA, partagent la position du président de la République sur la nécessité d’avoir des élections dans le pays au plus vite. Le train électoral va être en marche très bientôt, aussitôt que les organisations sollicitées envoient leurs représentants au CEP, le décret sera publié, un calendrier sera clairement établi afin que 2021 soit une année électorale », indique Claude Joseph peu de temps après le tweet de l’Ambassade américaine.
Déjà, lundi 24 août, au palais national, le chef de l’État a affirmé que sept des neuf secteurs sollicités ont déjà envoyé leurs représentants pour la formation du Conseil électoral provisoire (CEP). Jovenel Moise veut faire de l’année 2021 une électorale pour le renouvellement du Parlement et la tenue des joutes pour son successeur aussi.
Le cabinet du président est en train de poursuivre les consultations pour trouver les secteurs manquants. Dans une correspondance paraphée par le directeur du cabinet du président de la République, Nahomme Dorvil, l’administration de Jovenel Moise a esquivé la Fédération protestante en privilégiant une autre entité pour le secteur protestant. La Force des églises évangéliques pour le développement social (FOEEDES) est invitée à designer un représentant pour le protestantisme en Haïti.
L’opposition et les secteurs représentatifs de la société civile durcissent le ton
très catégorique dans leur position, l’opposition plurielle ne compte pas participer dans les élections avec Jovenel Moise. Elle continue de réclamer le départ du président de la République. D’ailleurs, plusieurs regroupements de l’opposition optent pour une transition après le départ de Jovenel Moise. Pour eux, il n’y a pas de climat approprié pour la tenue des joutes électorales sur le territoire national. Et, il faut une entente nationale avant l’organisation de nouvelles élections dans le pays.
D’un autre côté, l’opposition s’allie à une grande partie de la société civile pour faire échec au pouvoir en place. Dans un document déjà signé par plus deux cents regroupements de l’opposition et de la société civile le vendredi 21 août, les signataires soulignent la fin du mandat du président Jovenel Moise pour le 7 février 2021.
D’après la déclaration du 21 août 2020, l’administration Jovenel Moise ne peut trouver le consentement pour rester au-delà de 7 février 2021 voire organiser les élections. Les tenants de cette déclaration ne conçoivent plus d’élections avec Jovenel Moise à la tête du pays.
Vers la répétition de l’histoire électorale dans le pays
Le contexte actuel de la tenue d’éventuelles élections dans le pays fait penser à des cas similaires en matière électorale. Les élections de mai, juillet et novembre 2000, où l’opposition d’alors n’avait pas participé à ces joutes, furent très contestées. Le parti au pouvoir avait remporté la majorité des sièges au Parlement. Le président Jean Bertrand Aristide a pu accéder à la magistrature suprême de l’État dans des conditions peu claires.
Ces élections contestées ont conduit à une situation tendue dans le pays sous la présidence de Jean Bertrand Aristide. La mobilisation populaire alimentée par l’opposition d’alors a emporté Jean Bertrand Aristide. Il fut destitué en 2004.
En janvier 2015, l’administration Martelly/Paul a dû annuler les élections suite au refus des autres candidats de prendre part à ces joutes. Sous la pression des rues, Evans Paul avait compris que son gouvernement ne pouvait pas poursuivre le processus électoral avec seulement le candidat du PHTK.
L’organisation d’élections se révèle un casse-tête chinois pour les différents gouvernements depuis les années 1990. En fin de mandat, ils manifestent, pour la plupart, la velléité d’instrumentaliser l’appareil étatique au service de leur candidat. Ce que les oppositions tentent d’esquiver en réclamant le départ du pouvoir en place pour la tenue des joutes crédibles.
En plus de donner l’impression qu’il assurera sa mainmise sur les élections, Jovenel Moise ne bénéficie pas du soutien de la majorité des secteurs représentatifs dans le pays. La tenue d’éventuelles élections pourra occasionner des élus contestés et l’aggravation de la crise politique.
Woovins St Phard
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