Assassinat de Me Dorval : de la nécessité d’une enquête indépendante internationale
Environ deux semaines après l’assassinat du bâtonnier de l’Ordre des avocats de Port-au-Prince, différents secteurs s’approprient de la mort du professeur à leur manière. Tractations, manipulations, fuites en avant de la part du pouvoir et de l’opposition, la mort de Me Dorval est en train d’être utilisée à des fins politiques. Ainsi, l’Ordre des avocats au Conseil d’État et à la Cour de cassation de Paris (France) croit qu’il est nécessaire qu’une enquête indépendante soit mise en place dans l’idée d’élucider ce crime.
Le parquet de Port-au-Prince annonce que l’enquête autour de la mort de Me Dorval avance. Des personnes ont été invitées à la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) à titre de collaborateurs immédiats dans l’idée, pour les enquêteurs, de tirer certaines informations. Mais en dépit des avancées annoncées, des collègues avocats au niveau national et international ne font pas confiance à l’appareil judiciaire haïtien dans le cadre de cette enquête. Des avocats du Barreau de Port-au-Prince et d’autres barreaux du pays ont déjà plaidé en faveur d’une enquête indépendante. À présent, c’est au tour de la communauté internationale, particulièrement le Barreau de Paris de se positionner en faveur de celle-ci.
Dans une lettre adressée, à Me Stanley Gaston, le prédécesseur de Me Dorval au Bâtonnat de Port-au-Prince, Me Louis Boré, bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris, attire l’attention du Barreau de Port-au-Prince sur la nécessité de lutter en faveur d’une enquête indépendante internationale. Me Louis Boré croit que tout doit être mis en œuvre de façon à trouver les coupables et les traduire par-devant la justice. Depuis la mort de Me Dorval, le vendredi 28 août dernier, opposition et pouvoir en place s’accusent. Chaque partie essai de tirer le drap de son côté, et de profiter au maximum de l’assassinat du professeur.
Dans la soirée même de l’assassinat, les différents partis politiques de l’opposition, certains cabinets d’avocats des différents barreaux d’Haïti, des organisations de la société civile ont qualifié l’assassinat de crime d’État, accusant le Palais national d’être derrière l’assassinat de Me Monferrier Dorval qui était avocat de la Sogener, dans le cadre du conflit opposant l’État haïtien et la compagnie de la famille Vorbe. Quelques 24 heures après, lors d’une déclaration officielle, le président Jovenel Moïse a utilisé la position de Me Dorval sur la question constitutionnelle pour répondre à ces accusations. Avant sa mort, Me Dorval plaidait énergiquement en faveur d’une nouvelle constitution. Une initiative qui trouve toute l’attention du Palais national et de la communauté internationale ces derniers temps. C’est ainsi que Jovenel Moise profite pour faire passer dans l’opinion publique l’idée selon laquelle l’assassinat de Me Dorval vient d’une minorité partisane du chaos. Un groupe qui ne souhaite ni le changement constitutionnel, ni les élections, encore moins une vraie transition démocratique dans le pays. Face à une pareille situation, ne serait-elle pas évident de prioriser une enquête indépendante internationale en lieu et place d’une enquête du parquet de Port-au-Prince et de l’institution policière haïtienne?
Evens REGIS
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