Le CARDH décrit une situation indigne des détenus dans cinq départements du pays
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Au terme d'une visite dans quatre prisons desservant cinq départements géographiques (Ouest, Centre, Nippes, Sud et Grand'Anse) du pays, le Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH) a relevé une situation alarmante dans détenus dans ces centres carcéraux. Le Centre s'insurge devant les conditions sanitaires, les cas de tortures, la situation des femmes et des enfants et la surpopulation carcérale.
Suite à cette visite, réalisée du 21 août au 5 septembre 2020, dans quatre centres carcéraux du pays qui accueillent des détenus de cinq départements géographiques du pays, le Centre d'analyse et de recherche en droits de l'homme (CARDH) a décidé d'envoyer, le 29 septembre, au Premier ministre Joseph Jouthe une lettre pour attirer son attention sur l’état révoltant des détenus et prisonniers dans ces prisons. Relevant la négation des droits humains et de la dignité humaine, le Centre fait une description de la situation inhumaineen soulignant les conditions sanitaires, les cas de tortures, la situation des femmes et des enfants, la surpopulation carcérale au pénitencier national (Ouest) à la prison de Mirebalais (Centre), à la prison de Mirogôane (Nippes), à la prison des Cayes pour le Sud, la Grande-Anse et les Nippes ( Aquin, les Cayes, les Côteaux et les dossiers d’appels pour la Grande-Anse et les Nippes).
Reçue généralement deux fois par jour, aux heures irrégulières, la nourriture des détenus ne contient pas de vitamines nécessaires aux organismes humains, selon le CARDH qui signale que, parfois, les produits sont avariés et ont des mites.
Les soins de santé à l'intérieur de ces prisons ne respectent pas les normes. Outre du manque de matériels dans les dispensaires de ces centres, les malades se côtoient ou se logent sur le sol, indique le Centre. « À la prison de Miragoâne, des détenus testés positifs à la Covid-19 n’ont pas de médicaments et partagent la même cellule que les autres », précise le CARDH. Plus loin, l'organisme de droits humains a fait la choquante constatation que les détenus sont obligés de faire leurs besoins physiologiques dans leur cellule, parce qu’ils ne peuvent pas en sortir.
À la prison du département des Nippes, le centre explique que les femmes sont quasiment nues, en raison de la chaleur et du manque de vêtements. « L’odeur dégagée suffit pour comprendre à quel point elles sont déshumanisées. Certaines d’entre elles, lors de la visite des enquêteurs, ont caché leur corps face au mur, d’autres sont restées à même le sol », relate l'organisation.
Suivant le Centre, dans des centres carcéraux, on pratique la torture physique et le châtiment corporel : bastonnade (avec bâton PR 24, Bois 2/4, fils électriques)et blessures.« Nous avons pu constater au Pénitencier national, par exemple, des détenus dans un petit cachot où ils peuvent seulement rester debout pendant des jours, d’autres dans un même espace avec des bras, jambes et omoplates blessés, enflés, fracturés », relève-t-il.
« À la prison des Cayes, un grand nombre d’enfants en détention prolongée sont entassés dans des cellules sans condition de réinsertion. Ayant commis des larcins, certains d’entre eux y sont depuis des années », à fait savoir l'organisation de défense des droits humains dirigée par Me Gédéon Jean.
Au cours la période de ses visites, le Centre a recensé 3 531 détenus et condamnés au Pénitencier national,390 à la prison de Mirebalais, 760 à la prison des Cayes, 40 à la prison des Nippes. Au nombre total de 4 721, ces détenus sont entassés comme des sardines, d'après le CARDH. Il rappelle qu'au Pénitencier national, beaucoup de détenus n’ont jamais comparu devant un juge, d’autres ont leur dossier au cabinet d’instruction et ne sont pas renvoyés par devant le tribunal compétent en vue de décider de leur sort. À la prison de Miragoâne, le Centre fait remarquer qu'après le tremblement de terre, le bâtiment a été gravement endommagé et ne correspond plus à une infrastructure de prison (six cellules).
Fort de tous ces constats, le CARDH recommande au Premier ministre la formation sommaire d’un task force, formé de plusieurs comités (État/barreaux/organisation de droits humains) pour évaluer la situation des détenus et prisonniers dans les dix départements du pays et, particulièrement, enquêter sur certains cas. Il sollicite également l’élaboration des critères juridiques, moraux et éthiques capables de contribuer à la réalisation de procès rapides dans les tribunaux, les centres de détention, les commissariats, afin de voler au secours de ces ayants droit, dont certains auraient déjà perdu la vie depuis ces travaux d’enquêtes du CARDH.
Woovins St Phard
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