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Pourquoi certains aiment-ils Trump ?

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Donald Trump est un président atypique qui semble prendre plaisir à déplaire. Pourtant, il y a des gens qui l’idolâtrent. Comment expliquer cela ? Le Suisse Vinzenz Hediger, professeur d'études cinématographiques à l'université Goethe de Francfort (Allemagne) s’efforce d'expliquer la raison de cet étrange attachement.

« Lorsque George W. Bush a quitté la Maison-Blanche en janvier 2009, sa cote de popularité était encore de 22 %, rappelle Vinzenz Hediger (51 ans). Katrina, la guerre en Irak, la crise financière mondiale, qu'il avait encouragée avec sa politique de déréglementation : la liste des échecs de Bush était longue, et il en a payé le prix ». Pourquoi malgré toutes les excentricités de Trump, ses échecs et ses mensonges, ses supporteurs lui restent fidèles ? La preuve : environ 40 % des Américains lui sont encore favorables, « même si au regard du bilan de son échec gouvernemental, les maladresses de Bush, tout compte fait, rétrospectivement, apparaissent plutôt comme être un délit insignifiant ». Parmi ses fans, on compte à part les suprémacistes blancs et les nostalgiques de la grande Amérique, de nombreux évangélistes et des catholiques de droite.

Pourquoi ses supporteurs lui pardonnent tout, peu importe ce qu’il fait ? Un mystère pour plus d’un. La loyauté envers le parti ? Non puisque, comme soutient Hediger avec raison, « elle aurait dû donc protéger Bush de l'effritement de son soutien ». L’essayiste préfère reprendre l’explication d’historiens tels que Heather Cox Richardson et Walter Johnson qui se réfèrent à une tradition raciste que partagent beaucoup de blancs. L’atout de Trump serait « le point culminant de quatre cents ans de racisme institutionnalisé, et son attrait pour certains électeurs réside dans l'impudeur avec laquelle il incarne et défend cet héritage empoisonné ».

En fin de compte, Hediger pense non sans raison que, dans le cas Trump, les sciences politiques ne peuvent pas expliquer ce phénomène. Elles feraient mieux de faire appel aux études sur les médias, « en particulier le département d'étude des phénomènes de la culture des fans ». Il fait cette déduction après avoir analysé l’attitude complètement enthousiaste des fans qui, face aux écarts notables de Trump, n’ont changé de position d’un iota. Leur dévotion reste intacte. Après une douzaine d'entretiens avec l'AFP, tous ces fanatiques de Donald Trump lui ont témoigné leur soutien sans faille. Ils conseillent plutôt à leur président de « garder l'offensive, de ne rien lâcher et ne rien changer »

C’est pour cette raison qu’il rapporte l’histoire de ce journaliste de la revue Economist ayant récemment rendu visite à un groupe de jeunes électeurs de Trump dans l'État de l'Ohio, un « swing state ». Il a constaté que ces « travailleurs de la construction syndiqués, tous blancs, avec des emplois sûrs et bien payés », étaient profondément convaincus du succès de la présidence de Trump. Que ce soit la construction du mur contre les éventuels migrants, l’assurance-maladie pour tous ou encore, la défaite de la Chine, il y a un fossé entre la réalité et le mythe. Cette discrépance dit tout sur l’état d’esprit de ces adulateurs.

Plus fans qu’électeurs

Le journaliste britannique s’étonne de ne pas découvrir face à autant de faits divergents la moindre trace de malaise ou de « dissonance cognitive ». Mais il y décèle plutôt « un pur bien-être, voire un enthousiasme ». Sa conclusion est claire : ces Américains de l’Ohio étaient tout simplement des « fans » de Trump. Ni plus ni moins. Des dévots enthousiastes. L’une des caractéristiques du fanatique est d’être aveuglé.

Des dévots enthousiastes. Comme on en trouve dans le sport, la musique, le théâtre, le cinéma, les églises, et aussi la télévision. On est en présence, en effet, d’une « culture de fans ». Celle-ci est active quand on regarde les nombreux artefacts qui lui sont dédiés et qui circulent sur Internet. Par exemple, on peut voir les nombreuses peintures de Jon McNaughton (voir photo), les déclarations d'amour sous forme de bandes dessinées manga ou encore des vidéos YouTube à la gloire de Trump etc. Ce qu’on appelle le « fan-art »présidentiel. Le « fan-art » est le terme utilisé pour décrire les œuvres dessinées et réalisées par les fans de la personne idolâtrée et dans ce cas précis, il est le héros, le personnage principal souvent choisi comme motif.

Il reconnaît que ce phénomène a existé pour des figures charismatiques comme Kennedy, Reagan, Clinton ou Obama. Mais chez Trump, le phénomène a, selon lui, « pris une nouvelle qualité et une nouvelle dimension ». Il estime que le fait que Trump ne soit pas un politicien conventionnel joue aussi un rôle. D’ailleurs ses partisans soulignent constamment son côté original.

C’est ce qui fait qu’il est une « pure figure médiatique », comme l'affirme le critique TV du « New York Times » James Poniewozik dans son livre « Audience of One ». Si les analystes trouvent quelques qualités chez l’ancien acteur Ronald Reagan ou chez Bill Clinton, il n’en est rien pour l’actuel président américain. « En revanche, écrit-il, Trump n'est même pas un entrepreneur prospère, comme l'a pleinement confirmé la récente annonce de sa déclaration d'impôts. Il est plutôt un anti-entrepreneur, un génie non pas pour créer de la valeur, mais pour la détruire, l'incarnation même de la thèse de George Bataille selon laquelle le but même de l'accumulation capitaliste est un excès de gaspillage. Cependant, Trump a joué un rôle d'entrepreneur à succès dans ce qui est sans doute la forme culturelle populaire la plus puissante du début du 21e siècle, la télé-réalité » (fin de citation).

Mais selon Hediger, c’est cette réalité qui fait que Trump est « d'abord une figure médiatique qui attire la fidélité de ses fans ». On comprend que le décalage entre son image et son parcours que « lorsque ses partisans ne sont pas d'abord compris comme des électeurs conventionnels qui pèsent rationnellement leurs propres intérêts contre le programme politique d'un homme politique, mais comme des fans qui s'identifient à lui en tant que star ». C’est pour cela que même quand leur éminent passe un mauvais quart d’heure, les fans sont prêts à le soutenir émotionnellement, « à lui offrir le cadeau d'une loyauté durable et peut-être même à le remettre sur pied ».

« Une rock star plutôt qu’un politicien »

Hediger va jusqu’à faire le lien entre latoxicomanie et l’amour qu’on lui porte. « Qu’il soit vrai que Donald Trump consomme régulièrement des amphétamines ou non, la rumeur d'une éventuelle dépendance suffit à renforcer le lien de ces passionnés avec le personnage de Trump une fois de plus ». En tout cas, ce chef d'État, avec son mépris de l'étiquette, ressemble plus à une rock star qu’à un politicien conventionnel. D’où ses nombreuses transgressions.

Pas étonnant qu’il soit considéré comme celui qui a en quelque sorte « redéfini la politique et les affiliations politiques dans des catégories de fan-culture à un degré sans précédent ». Il est connu pour être le premier véritable président minoritaire des États-Unis en raison du système électoral favorable aux votes des provinces en majorité blanches. Mais on sait qu’il n’est pas le seul à avoir été ainsi élu. George W. Bush non plus n’a pas obtenu le soutien de la majorité des électeurs, mais sauf que, comme le rappelle Hediger, il a quand même, lors de son premier mandat, prétendu être le président de tous les Américains. Ce que Trump n’a pas fait. Au contraire, il représente continuellement que les intérêts des électeurs qui lui sont favorables. Et Hediger de conclure : « En vertu de cette distinction, il politise également tous les autres domaines de la vie ».

Même au niveau de ses positions morales, l’homme ne fait pas dans la dentelle. On sait que les évangéliques et les catholiques de droite font partie de ses plus grands fans à cause de ses positions conservatrices concernant notamment l’avortement. « Pourtant, constate Heliger, Trump s'en sort sans théologie politique ». Point de programme élaboré. « L’attitude suffit ! », comme le souligne l’expert.

Huguette Hérard

1) Frankfurter Allgemeine Zeitung, 7 octobre 2020. Les domaines d’études du Prof. Dr. Vinzenz Hediger sont les suivantes : études cinématographiques, philosophie du cinéma, culture des médias, post-cinéma, culture des médias numériques, etc.

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