Le président alimente la confusion au sein de l’opposition
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Lors d’une récente adresse à la nation, le chef de l’État a fait état de rencontres qu’il a eues avec des têtes de pont de l’opposition. Des organisations et partis de l’opposition démentent catégoriquement cette information. Les opposants farouches au pouvoir continuent d’esquiver toute éventuelle rencontre avec le premier mandataire de la nation.
Les déclarations du président Jovenel Moise lors de l’adresse à la nation dans la soirée du vendredi 23 octobre irritent des membres influents de l’opposition. Le chef de l’État a affirmé avoir rencontré des membres de l’opposition radicale au cours de ces derniers mois. Le premier mandataire de la nation s’est réjoui de ces pourparlers avec des acteurs qui avaient, auparavant, repoussé ses appels au dialogue. N’ayant pas révélé l’identité des personnes qu’il a rencontrées, Jovenel Moise fait souffler un vent de malaise au sein des partis et organisations qui se réclament de l’opposition. Jusqu’à date, aucun groupe n’a confirmé ces dialogues avec le chef de l’État.
S’imposant comme une structure importante de l’opposition plurielle, le Secteur démocratique et populaire rejette toute possibilité de dialogue avec Jovenel Moise. Pour le porte-parole dudit secteur, André Michel, il n’est plus question de dialogue ni de cohabitation avec le président. « Une seule discussion qui doit préoccuper le pays c’est celle pour la mise en place de la transition », relate l’homme fort du Secteur démocratique et populaire, en précisant que le mandat de Jovenel Moise arrive à terme le 7 février 2021. Me Michel attribue toutes les dernières initiatives du président Moise, dont le changement de la Constitution et l’organisation des élections, au travail d’un gouvernement de transition.
La toute dernière plateforme de l’opposition jusqu’à date, la Direction politique de l’opposition démocratique (DIRPOD), nie les déclarations du premier citoyen de la nation. « Une fois de plus, comme il l’avait fait avec la représentante des États-Unis d’Amérique auprès des Nations unies, il a cherché à induire la population en erreur en affirmant qu’il négocie depuis trois mois un projet d’accord avec l’opposition. Les structures politiques formant la DIRPOD, qui mènent depuis longtemps le combat pour remettre notre démocratie sur les rails, apportent un démenti formel à la déclaration du président. Aucune négociation, autour d’un quelconque accord n’est actuellement en discussion avec la Présidence », indique la nouvelle plateforme qui regroupe des partis et organisations extrêmes et modérés de l’opposition.
De son côté, l’homme d’affaires Reginald Boulos de la Troisième voie (MTV Ayiti) ne confirme pas avoir rencontré avec le locataire du Palais national. Au contraire, il s’interroge sur la tenue d’une telle rencontre avec le chef de l’État tenant compte de nombreuses victimes dans cette bataille entre le pouvoir et l’opposition. Nou pa p janbe san pèp la ni bliye prizonye politik yo pou n al nan magouy, mannèv louch ak pèsonn », publie Reginald Boulos sur son compte Facebook. L’entrepreneur appelle au respect de la loi et de la Constitution du pays qui, selon lui, consacre la fin du mandat du président le 7 février 2021.
Une voix discordante au sein de l’opposition
Furieux contre la déclaration du chef de l’État, les acteurs de l’opposition cherchent à identifier celui qui a participé dans une telle rencontre. Après l’accusation portée contre Watson Sanon et l’ancien sénateur du Nord Kelly Bastien d’avoir rencontré le parti au pouvoir, il semblerait qu’un autre acteur de l’opposition ait pris le même chemin. Si les deux premiers ont affirmé avoir des mandats de l’opposition, le troisième a choisi, peut-être, de faire cavalier seul.
À l’émission Chita tande de RCH 2000, réputée comme un espace mis à la disposition des acteurs de l’opposition, l’ancien sénateur du Centre, Dieuseul Simon Desras, n’écarte pas la possibilité de rencontrer le président Jovenel Moise. Il estime qu’en bon démocrate, il a le droit de dialoguer avec tous pour le bien du pays. Au-delà de toutes les rumeurs faisant croire qu’il serait pressenti au poste de Premier ministre dans une éventuelle cohabitation avec le pouvoir de Jovenel Moise, Dieuseul Simon Desras ne cache pas sa vision des choses, malgré les mises en garde de ses amis de l’opposition.
Entre autres, après la dernière tentative officielle de dialogue ratée à la Nonciature apostolique, les acteurs de l’opposition, même les modérés, ne se montrent pas favorables à la tenue d’une autre rencontre. L’annonce du dialogue de l’ambassadeur des USA à l’ONU entre le pouvoir et l’opposition, dans les jours passés, n’a pas eu de suite. Les partis et organisations de l’opposition résistent encore officiellement à toute éventuelle réunion avec le pouvoir en place. Cependant, les rumeurs persistent qu’il y aurait des négociations dans le plus grand secret. Entre le chef de l’État et les acteurs de l’opposition, à qui peut-on se fier ?
Woovins St Phard
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