Les conditions de détention en Haïti nous livrent un message fort et inquiétant sur l’état actuel de notre société et du degré d’humanité qui la traverse.
La prison civile de Port-au-Prince, si bien nommée le Pénitencier national, est non seulement le plus grand centre carcéral du pays, mais surtout un mouroir pour des citoyens détenus. Comme la présomption d’innocence est consacrée par le système judiciaire haïtien et que pour chaque condamné il y a huit citoyens en détention préventive, la justice, dans l’expression de sa lenteur, anime, avec une extrême barbarie, une association de malfaiteurs. Même si par ces temps de belle banalité et des colères qui font peu de vagues, il est évident que la situation carcérale haïtienne représente une menace certaine.
À partir des témoignages de ceux qui ont connu l’enfer du Pénitencier national, on comprend que le pourrissement des conditions de détention est un mélange de deux pratiques : la détention préventive prolongée et la faillite de la gestion du pénitencier. Il ne s’agit plus d’erreurs judiciaires, de petits accidents de gestion. Le fait d’envoyer des suspects en prison et d’oublier de les juger relève d’une violence extrême.
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