IA, un défi civilisationnel !
Écouter l'article
Le roman de Thelisson Orélien n’a pas fini de secouer la planète médiatique. La campagne contre l’écrivain est forte, mais un public nombreux crie aussi haro sur le baudet !
Aux côtés d’écrivains comme Virginie Despentes et Pascal Bruckner, membre du jury Goncourt, beaucoup de voix osent se dresser contre toute forme de procès en sorcellerie. Il est certes important de protéger la liberté intellectuelle et de lutter contre le plagiat, quelle que soit la couleur de peau ou la nationalité de l’écrivain.
Toutefois, cette controverse soulève des questions qui vont au-delà du roman d’Orélien. Ce que les jurys littéraires les plus exigeants ont salué peut-il être remis en question par une intelligence artificielle ? La situation est d’autant plus insoutenable que certains réclament un autodafé de l’œuvre et l’immolation médiatique de l’écrivain. L’IA deviendrait ainsi un juge suprême qui condamne sans recours, un nouveau « dieu » des temps postmodernes. « L’IA aura donné et l’IA aura tout repris », commentait ironiquement un lecteur.
Il faut donc s’interroger sur les pouvoirs et les limites de cette redoutable machine. Il faut définir et réglementer la part d’IA acceptable, puisque cet outil est dans l’air du temps. Un écrivain peut-il faire corriger son texte par une intelligence artificielle ? Avant Orélien, combien l’ont fait sans être soumis à ce nouveau détecteur de mensonges ?
Les services de marketing des entreprises à l’origine de ces « inventions » bombardent l’opinion publique de messages sur les facilités qu’offrent leurs algorithmes pour le travail intellectuel et scientifique. Ce matraquage médiatique inocule dans l’inconscient de chacun l’idée des merveilles de l’IA générative. Le jeune écrivain se serait-il laissé abuser par ce « nègre » artificiel ?
Ce qui effraie, c’est la violence et la soudaineté des attaques. Elles ne doivent pas masquer le fait que des écrivains du monde entier et un large public se retrouvent devant le fait accompli : une machine qui semble leur déclarer qu’ils sont tous des « abrutis ». Serions-nous devenus des idiots utiles face à des algorithmes sortis de nos propres cerveaux ?
Comment le roman C’était ça ou mourir ? a-t-il pu dégager autant d’humanité ? Comment a-t-il pu toucher autant de monde jusqu’aux larmes ? Comment tant de réfugiés, un peu partout dans le monde, ont-ils pu faire de ce texte leur « bible » ? Une ancienne résidente de Carrefour-Feuilles a déclaré : « Mais c’est mon histoire ! » L’IA n’a pas vécu à Carrefour-Feuilles !
S’il y a eu recours à l’intelligence artificielle, il doit aussi y avoir une âme humaine derrière cette œuvre qui a ému tant de monde.
Il faut continuer à être vigilant face à tout laisser-aller dans le domaine de la création et à tout plagiat présumé. Mais il faut surtout mesurer l’ampleur des défis que posent ces machines, sans cesse perfectionnées et déjà utilisées au cinéma, dans les beaux-arts et même en médecine. Il s’agit d’un véritable débat générationnel. Les questions traditionnelles de l’intertextualité et de la réécriture seront désormais examinées à l’aune de la « guillotine numérique », pour reprendre une expression du linguiste Robert Oriol.
Quoi qu’il en soit, ce roman interroge certains milieux sur la façon dont les migrants sont traités. Serait-ce pour cela qu’il dérange tant et fait sortir beaucoup de censeurs de leur zone de confort. Mais la responsabilité doit être partagée avec ceux qui refusent toute réglementation de l’IA et prônent le nouvel évangile de la superintelligence.
Somme toute, Orélien n’est-il qu’un « faux-monnayeur » de la littérature ? Ou est-il un « génie » qui nous alerte sur la brutalité d’un monde indifférent aux souffrances humaines et à genoux devant les nouveaux seigneurs de la technologie ?
Un lecteur, sur un réseau social, a repris les paroles d’une chanson pour commenter laconiquement : « Le poète a dit la vérité, il doit être exécuté. » Voilà une question qui reste douloureusement ouverte.
Orélien a pu utiliser l’outil comme un « assistant ». Son erreur est peut-être d’y avoir eu recours trop intensément, comme il l’aurait fait avec un éditeur. Ce que je crois, c’est que la matière du roman vient d’une âme humaine.
Roody Edmé
0 commentaire
Les échanges courtois et argumentés font la qualité du débat.
Connectez-vous pour commenter. Un compte garantit que votre nom n'est utilisé que par vous.
Se connecter Créer un compte
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez la première personne à réagir.