Depuis quelque temps, la révocation de visas est devenue pour les puissances étrangères un moyen de contrainte indispensable face aux politiques du pays. À chaque conjoncture, et chaque décision jugée inappropriée, elles sévissent. Une attitude qui met à nu l’ingérence des ambassades dans les affaires internes du pays, également qui témoigne de l’attachement des dirigeants à ces « paradis ». Haïti ne serait donc qu’un espace de travail. Un vulgaire gagne-pain.
La « Visaphilie » qui engendre une dénégation des valeurs du pays et un refus de certains de participer à tout effort de relance, accentue sous le couvercle du « devoir d’ingérence » et même de pseudo accord, la dépendance du pays. Le visa est ici un outil de promotion sociale. Un précieux sésame qui ouvre les portes à des soins de santé, à l’emploi, aux études qui généralement ne sont pas motivées par cette envie d’emmagasiner des connaissances nouvelles et utiles pour revenir participer au développement d’Haïti. Mais, plutôt, pour nourrir des sentiments d’autosatisfaction et d’accomplissement personnel. Le visa permet donc à son détenteur de se différencier.
Ces actes visant à infantiliser les élites haïtiennes reflètent une tendance plus profonde encore. Les dirigeants d’ici vivent une réalité alternative dans laquelle Haïti n’existe qu’en tant que moyen d’atteindre certains objectifs personnels. L’exode planifié de leurs familles, la délocalisation de leurs avoirs, marque leur refus de participer dans un éventuel projet national. Ils se conçoivent déjà en rescapés de l’histoire. Une histoire chaotique qu’ils se sont eux-mêmes attelés à façonner. La révocation de visa devient ainsi une sanction suprême. Puisqu’elle revêt non seulement cette capacité de disloquer certaines familles, dont des membres vivent sur le Continent, pour fuir la dérive incontrôlée du navire national ; aussi elle prive certains politiques d’une terre de repli à la fin de leur gestion de la chose publique, pas toujours couronnée de succès ni d’honnêteté.
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