Depuis plusieurs décennies, utopistes et extrémistes confondus s’accrochent à l’idée, de plus en plus floue, de construire une société haïtienne humaine capable de garantir, bon gré mal gré, le bien-être de toute la collectivité. L’envie, pour le moins attrayante, est là. En réalité, il s’agit d’une stimulation intellectuelle, car rien ne prouve que nous ayons envie de nous donner la capacité de configurer l’avenir à l’aune de nos présents échecs.
À la lumière des évènements meurtriers de ces derniers temps, ce n’est pas prendre un risque que de douter de la part d’égoïsme dans ce projet de bâtir une société. Il semblerait que seuls les discours, les braillements, les menaces des acteurs politiques tiennent. Entre-temps, ces héros de la République, entravés dans leurs stratégies de communication et de positionnement, ne peuvent pas regarder au-delà de l’aire du Champ-de-Mars pour empêcher, voire dénoncer, la mort stupide et trop facile d’Haïtiens. C’est comme si le chic était de réduire l’avenir du pays à l’envie de gérer moins de 100 kilomètres carrés sur les 27 750 du territoire.
Certaines fois, le besoin n’est pas de dénoncer simplement les corrompus, mais aussi les aveugles. Il appert que c’est profondément malhonnête de faire semblant d’oublier tous ceux qui meurent silencieusement.
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