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Voir l’avenir partir en fumée

15 mai 2018, 8:25 catégorie: Société3 001 vue(s) A+ / A-

Depuis quelque temps circule une littérature dont le but est de nous convaincre qu’Haïti n’est pas aussi déboisée qu’on le croit, pour contrecarrer les chiffres faisant état d’une couverture forestière de moins de 2%. Cependant, aussi réconfortant soit-il de rêver d’un pays boisé, la réalité est là pour nous rappeler que le déboisement massif menace notre survie de peuple, et que des politiques publiques efficaces doivent être adoptées immédiatement pour renverser la vapeur en recourant notamment à des sources alternatives d’énergie de cuisson.

La réalité est qu’une majorité écrasante des ménages utilise le bois et le charbon de bois comme sources d’énergie de cuisson. La déforestation qui en résulte est en train d’affecter concrètement des millions d’Haïtiens, et de menacer notre survie collective sur le moyen terme.

Un bref rappel sur l’importance des arbres dans nos vies s’impose. Les grandes surfaces boisées emmagasinent le dioxyde de carbone ; la déforestation entraine la libération de ce carbone sous forme de gaz à effet de serre ; donc, des quantités gigantesques de CO2 sont rejetées dans l’atmosphère, causant une pollution nocive à notre santé.

D’autre part, le déboisement rompt le cycle de l’eau. Comme on le sait, le soleil réchauffe les feuilles des arbres qui laissent échapper dans l’air, l’eau qu’elles renferment. Les courants d’air ascendants entraînent la vapeur dans l’atmosphère, où les températures relativement basses provoquent la condensation de la vapeur en nuages ; les particules de nuages sont à créditer pour les précipitations si nécessaires au maintien et à la floraison de la vie animale et végétale. Donc, moins on a d’arbres, moins on aura de précipitations.

Finalement, les arbres, par leurs racines, aident à prévenir l’érosion, car ils empêchent l’eau de pluie d’entraîner la terre arable dans sa course.

Aujourd’hui, nous ressentons quotidiennement les conséquences du déboisement accéléré du territoire. Ces effets se font sentir différemment, en fonction des causes qui les engendrent. Par exemple, la ville du Cap s’inonde facilement à chaque chute de pluie. Il suffit d’une heure ou deux de précipitations pour que la ville et ses zones avoisinantes soient impraticables. Dans le Nord- Ouest, c’est la sécheresse qui sévit. Chaque année, à cause de l’absence de précipitations, des récoltes sont perdues et de nombreuses têtes de bétail crèvent de faim et de soif à cause de la sécheresse. Cette dernière entraine la famine qui affecte aujourd’hui une grande partie de notre population. Et la croissance démographique, 1.3% en 2016 contre 0.3 pour la Jamaïque au cours de la même année, ne facilite pas les choses. Pour nourrir les bouches additionnelles, nous exerçons beaucoup plus de pressions sur un environnement beaucoup plus dénudé.

Chez nos voisins les Dominicains, selon les chiffres publiés par l’Agence Internationale de l’Énergie renouvelable, IRENA, seulement 7.6% de la population consomme les sources d’énergie biomasse traditionnelle. C’est ainsi que, bien que la République dominicaine soit, comme nous, parmi les pays les plus fragiles du point de vue environnemental, elle est de loin mieux lotie que nous.

Somme toute, l’État haïtien se doit de développer une stratégie de production d’énergie propre à travers des sources renouvelables, comme le gaz de pétrole liquéfié, par exemple. Avec un peu de créativité, l’État peut même encourager le secteur privé à conclure des partenariats avec ceux qui sont actuellement impliqués dans l’industrie du charbon en vue de la création de milliers d’emplois propres dans le sous-secteur des énergies alternatives. Sinon, notre survie même en tant que peuple partira en fumée.

Marlyse Dubuisson

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