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Vodou : l’héritage symbolique de l’Ati national feu Max G. Beauvoir

13 septembre 2018, 9:04 catégorie: Culture8 037 vue(s) A+ / A-

«Il existe bien des morts qui sont plus vivants que des vivants », disait souvent le philosophe Yves Dorestal, pour justifier l’importance et l’impact de certaines personnalités notoires, qui même décédées depuis des années et des siècles, leurs noms continuent de faire l’actualité et d’influencer les cours de l’histoire. Dans ce registre des immortels, il ne serait pas étonnant de retrouver le nom de feu Max Gesner Beauvoir, le premier des chefs suprêmes ou «Ati » de la communauté des vodouisants en Haïti, en dépit d’une absence d’une véritable institution fédératrice dans le pays.

Qui est Max Beauvoir ? Qui était Max Beauvoir ? Que reste-t-il de ce personnage trois ans après son départ? Quel est l’héritage symbolique de l’Ati feu Max Gesner Beauvoir ?

Pour clôturer la deuxième journée du « Salon Vodou Haïti 2018 », les responsables du Cercle Intelligence diplomatique, ont permis au public de découvrir quelques ouvrages et des images qui appartenaient à l’Ati national feu Max Gesner Beauvoir, pendant la conférence tenue par l’architecte Didier Dominique, principal héritier des Beauvoir.

Bien avant sa mort survenue le 12 septembre 2015, l’Ati national avait déjà assisté malheureusement aux funérailles de sa fille Estelle et sa femme Elisabeth, des mois avant, pour être rattrapé dans les premiers jours du mois janvier 2018 par sa deuxième et dernière fille Rachel Beauvoir Dominique. Autant dire que l’héritage génétique de MGB est éclaté entre les proches parents.

Pour Didier Dominique, veuf de Rachel qui communiquait au public après une minute de recueillement dédié aux Beauvoir accueillis dans la cour de « Bawon », en guise d’introduction, le premier Ati national avait une manière tout à fait originale de définir : « la connaissance, à partir de la complémentarité des concepts suivants : sens, essence, naissance collective jusqu’à la connaissance ».

En terme de résumé, pour illustrer l’héritage symbolique de Max Beauvoir, avec un accent mis sur la brève transition de sa fille Rachel Beauvoir, on retient : 1- La conviction, l’engagement et le sérieux selon Didier Dominique.

Il poursuit : 2- « l’Afrik ginen nou pap janm trayi », 3- Max et Rachel ont laissé une ouverture dans le vodou à partir de la force et de l’assurance, qu’ils ont autour de la culture nationale à travers la cérémonie de « Bois Caïman » pour s’ouvrir et apprendre des autres cultures.

Dans l’ensemble des points abordés par le responsable du « Péristyle de Mariani » devenu avant le départ de Rachel « Lakou Beauvoir », on pouvait retenir les grandes lignes suivantes : « L’appel des lwa, l’appel du devoir, la présence dans la lutte et le livre au peuple ». Parallèlement, d’autres points comme la permanence traditionnelle, l’aventure culturelle et la synthèse intellectuelle, sans compter l’héritage symbolique ont été débattus par ce militant culturel et social.

Dans l’histoire de Max, il existe plusieurs chapitres les uns les plus intéressants que les autres qui mériteraient un documentaire pour rapporter, raconter et illustrer les faits. Après des études de doctorat en chimie, Max allait s’établir aux États-Unis en menant une vie exemplaire, jusqu’à ce qu’il soit sollicité par les esprits ancestraux de ses parents.

Rappelons que Max Beauvoir fut petit-fils d’un célèbre hougan dans la ville de Saint-Marc (Brun Icart et sa mère Paulette Icart) et dans plusieurs autres villes du département de l’Artibonite.

Sans donner des détails sur les dates, quand Max est retourné au pays, il allait s’initier successivement dans deux grands Lakou sous la direction des hougans André Basquiat dans le célèbre quartier de Sans-Fil (Corridor Basquiat), et par la suite à la mort de Basquiat, il va s’initier chez le hougan Cléophat Pierre dans la région de Léogane.

Et depuis les années 80, le hougan Max G. Beauvoir s’était établi avec sa famille, et de nombreux amis étrangers initiés dans le sud de la capitale pour pratiquer en permanence ses cultes, les rituels, les traitements et les activités suivant les rituels Ogou, Makaya, Marassa, etc., tout en continuant à utiliser ses connaissances dans la chimie dans les traitements, les feuilles et la magie.

Derrière les activités religieuses, culturelles, commémoratives, mystiques et ésotériques portées par le hougan devenu la principale de représentation officielle du vodou dans les périodes de gestation de l’initiative «Religion pour la Paix», on retient les grandes contributions de Max Beauvoir durant les campagnes de « rejetés » et les persécutions dont les vodouisants ont été l’objet en Haïti.

De la promotion assumée du vodou avec dignité en passant par les réunions clandestines et les activités de résistance portées par Max Beauvoir, avant et après 1986, on retient son nom dans la création des mouvements de résistance et des organisations telles « Bòde Nasyonal », rappelle l’intervenant.

Plusieurs grands noms de personnalités telles : Aboudja, Hérard Simon et mambo Helene à travers l’organisation « Zantray », des hauts lieux mystiques comme : Desronvilles, Souvenance et Soukri, ont été cités pour illustrer la grande période de la résistance des vodouisants dans le pays.

Et pour conclure, Didier Dominique rappelle que : « Le vodou manque des choses et devrait se prononcer sur les grands dossiers comme Petrocaribe, politique, corruption, économique, etc. ».

Autour des divisions et des luttes de pouvoir, des crises d’autorités et de leadership qui affectent les organisations du secteur vodou haïtien, l’intervenant comme plusieurs autres participants avisés ont fait remarquer que lorsque les vodouisants sont persécutés en Haïti, ils sont beaucoup plus solidaires entre eux. Mais quand la situation est apparemment stable, certains leaders et dignitaires vont se tourner vers une lutte des intérêts particuliers et personnels pour la survie, dans un contexte d’instabilité chronique et de crises économiques affaiblissant toutes les institutions de base de la société.

Autant conclure que le « Salon Vodou Haïti 2018 », a offert une belle occasion non pas pour encourager une certaine masturbation entre les profanes, les promoteurs et les défenseurs du vodou, mais un espace de débat contradictoire autour des vérités les plus pertinentes et les réalités les plus pratiques.

Désormais ce salon s’est inscrit comme un espace littéraire pour discuter autour des véritables enjeux du vodou face aux dix-sept objectifs du développement durable, pour lesquels la République d’Haïti s’est engagée en 2015.

Dominique Domerçant

 

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