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Ces vies qui perdent de souffle près du site de décharge de Truitier

02 octobre 2017, 7:57 catégorie: Société5 232 vue(s) A+ / A-

Vue de la zone du site de Truitier.

 

 

Truitier est cette zone qui donne son nom au site de décharge qui lui enlève illico sa qualité de zone. Quand on parle de Truitier, l’on se réfère plutôt à un lieu conçu pour recevoir les ordures de la région métropolitaine de Port-au-Prince. Et pourtant, des gens respirent et se meuvent dans cette zone à la réalité biophage.

 Il est 11 heures du matin quand nous avons emprunté cette route qui conduit tout droit au site de décharge de Truitier. Une sorte de tracée entre deux immenses montagnes d’ordures. L’odeur de divers déchets pourris n’embaume pas moins que la fumée qui émane de leur combustion. Et nous avançons certain de ne pas croiser une âme qui vit dans ce coin. Petit bout d’espoir qui bientôt volatilisera dans la fumée épaisse qui sert de repère à cette zone.

Dans le dos des échafauds d’ordures, l’on peut vivre de chaque côté de la route l’expérience traumatisante de constater des taudis habités, plantés comme de petits caveaux au milieu d’un cimetière abandonné. Même le plus grand optimisme ne permet de croire que des gens puissent réellement « vivre » dans un environnement pareil.

Nous sommes pourtant à des dizaines de kilomètres du site de décharge situé dans la zone. La vie ici s’apparente à la scène qui suit le climax d’un film de guerre. Désolation, tourments, détresse… l’on a plus envie de croire que les gens remarqués dans la zone sont de bons acteurs qui interprètent un rôle dans cette tragédie.

Et surtout que certains d’entre eux ont l’air de s’en ficher pas mal. L’on peut par exemple constater un homme qui avance dégustant (mais Dieu sait comment) son « pen ak zaboka ». Ou un petit groupe de gens qui, quelque peu hilarants, s’assoient aux côtés des grosses piles de déchets pour se partager un « kleren tranpe ». Ou encore un gosse qui roule à bicyclette au milieu des ordures, l’air plutôt émerveillé.

Apparemment, les mouches sont beaucoup plus nombreuses que les riverains. Il n’en est probablement pas moins pour les rats et les cancrelats. Le nombre des habitants n’ira pas en dessous de 800 personnes si l’on veut croire Moïse Jean Frémont. Ce dernier, président du Conseil d’Administration de la Section communale des Varreux dans la commune de Cité-Soleil, veut tout faire pour freiner ce drame.

« Les gens ne peuvent plus vivre dans de pareilles conditions. Ils ne peuvent plus respirer l’odeur nauséabonde provenant de ces ordures », croit le CASEC de la première section communale de Cité-Soleil. Mais que faire ? « Je crois qu’on doit cesser d’élargir le site. Il faut contraindre les chauffeurs des camions d’avancer beaucoup plus dans le site pour jeter les déchets », propose Fleurismé Alex, ASEC de la même section.

Plusieurs quartiers de la section des Varreux, à Cité-Soleil, connaissent cette tragédie qui est de cohabiter avec les déchets. Bassant, Vaudreuil, Martial, Village des rapatriés, Pois- Congo sont autant de quartiers, à en croire les leaders locaux, qui sont colonisés par les ordures. Toutes des localités qui sont voisines au site de décharge de Truitier.

Les chauffeurs des camions, expliquent les deux leaders, prennent de plus en plus l’habitude de décharger leurs ordures le long de la route dans tout espace vide qui s’y trouve. Le site étant quasiment saturé, informent-ils, les conducteurs de camions ne se donnent plus la peine d’y arriver. Les zones avoisinantes en paient le prix.

Comble de l’ironie, dans cette zone où tomber malade est plus certain que probable, il n’existe aucun centre de santé à proximité. Normalement, des gens qui vivent dans un environnement pareil vivent comme pour tomber malades. Ne pas avoir un endroit pour se soigner revient à dire qu’ils vivent comme pour mourir.

Il faut préciser qu’à Martial, l’une des localités susmentionnées, la Direction nationale de l’Eau potable et d’Assainissement (DINEPA) exploite une source pour desservir certaines communautés de Cité- Soleil notamment. Ce qui fait dire que le risque de tomber malade est plus urgent que sérieux quand on habite ces zones. Car, quand ces déchets se décomposent, ils s’infiltrent dans le sol pour empoisonner les nappes phréatiques.

« Nous avons sollicité plusieurs rencontres auprès de la direction du SMCRS, mais on nous nie jusqu’à présent. Et pourtant il faut agir. En ce sens, nous comptons entamer un mouvement avec les habitants de la zone pour empêcher les chauffeurs de débarquer leurs camions dans la zone », informe le CASEC de la première section communale des Varreux, qui n’est pas prêt à abandonner la lutte pour freiner ce phénomène.

Force est de reconnaitre que les déchets pouvaient être rendus utiles au lieu de fragiliser les communautés à ce niveau. Mais, nous en sommes loin. Très loin. En attendant des initiatives innovantes pouvant aider à la gestion des déchets, des vies se précarisent à Truitier comme dans beaucoup d’autres zones avoisinantes. Des vies qui perdent de souffle, peut-on dire.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

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