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Vers l’apprentissage du vodou dans les écoles en Haïti ?

10 octobre 2017, 7:44 catégorie: Culture36 496 vue(s) A+ / A-

Des écoliers en salle de classe./Photo : gccwebsites.com.

 

213 ans après l’indépendance d’Haïti, en cette journée mondiale des enseignants dans le monde célébrée depuis quelques années le 5 octobre, il reste beaucoup à faire pour offrir une meilleure qualité de services dans le domaine de l’éducation en Haïti, tant dans l’accessibilité, l’environnement, la formation des professeurs, les supports pédagogiques, que l’harmonie des contenus et les stratégies d’apprentissage et d’évaluation.

En dehors de toutes ces considérations parmi tant d’autres, les unes les plus importantes que d’autres, la nécessité de prendre en compte l’utilité et l’importance d’inscrire des cours obligatoires de culture haïtienne et générale dans le système éducatif haïtien a un poids non négligeable dans la construction de la personnalité du citoyen haïtien. Le vodou à l’école est une démarche pédagogique pour une intelligence collective partagée.

Dans l’objectif d’éviter à ce que nos enfants grandissent dans la peur et l’ignorance autour de la culture nationale, dont le squelette est constitué par le vodou, il est grand temps, dans ce contexte de modernité, que les professeurs haïtiens poussent les élèves à visiter les lakou, les péristyles, jusqu’à exposer dans les écoles des objets et des oeuvres sacrés pour une meilleure compréhension de la vitalité de cette culture authentique, entre vérités, réalité et utilité.

Plaidoyer pour l’organisation d’une : « Semaine sur la culture haïtienne dans les écoles haïtiennes » !

Contre toute intention de transformer nos écoliers en des hougans ou des manbo, encore moins les forcer à devenir des prêtres catholiques ou protestants, entre autres, il est grand temps de fournir des documents de référence aux enseignants haïtiens sur la culture haïtienne, dans un cadre logique, pour pouvoir transmettre des savoirs et répondre aux questions les plus pertinentes des écoliers sur le vodou. N’est-ce pas légitime, en considérant les prescriptions de la Constitution haïtienne, des Conventions signées par Haïti et suivant une démarche d’intelligence scientifique dans une société soi-disant laïque et démocratique.

Le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP), comme tous les autres acteurs et partenaires du système devraient commencer par initier la tenue d’une semaine sur la culture haïtienne authentique, dans le système éducatif, sans citer le mot vodou, pour ne pas déranger les ayant-droits ! Suivez mon regard vers ce miroir du marronnage collectif ! Chaque professeur, selon son niveau de connaissances sur l’intelligence de la culture et son appartenance religieuse, tente de formuler une réponse pour convaincre ou pour se démarquer de la curiosité des élèves, quand ses derniers leur demandent : C’est quoi le vodou ? Qu’est-ce qu’un hougan ou une cérémonie marassa ? Qu’est-ce qu’une société secrète ou un vèvè ? Quels sont les liens entre le vodou, la magie et la sorcellerie ?

Vers une éducation autour des lakou : une meilleure façon pour apprendre, comprendre et entreprendre dans le pays en dehors !

Autant de questions intelligentes qui méritent des réponses responsables et sans travers religieux de la part des parents et des professeurs. Si on continue à apprendre Christophe Colomb qui a commis le génocide des Amérindiens à l’école, pourquoi pas autant de choses sur la vie de Boukman, des Grann Giton et tant d’autres ? Paradoxalement, ce sont ces informations que la majorité des étrangers qui visitent le pays viennent recueillir pour mieux s’instruire et éduquer leurs enfants dans les centaines d’ouvrages de documentaires déjà réalisés dans plusieurs langues étrangères. Inscrire dans le système éducatif haïtien un cours de culture haïtienne obligatoire avec des notions consistantes est plus qu’une nécessité pour le pays.

Aborder une fois pour toutes les connaissances autour de la présentation, de l’historique et de l’utilité des connaissances du vodou dans ce carrefour de la mondialisation est une urgence pour former le citoyen haïtien qui doit se comporter en tant que citoyen du monde, avec des sentiments d’appartenance culturelle solide pour discuter avec d’autres personnes issues d’autres cultures. Qu’est-ce que le vodou ? Quel est son rôle dans la construction de la personnalité du citoyen haïtien ? Comment le vodou participe-t-il au développement du pays ? Comment l’haïtien pourra-t-il utiliser le vodou dans ses échanges avec les autres pays dans le monde ? Comment développer une pédagogie autour de l’apprentissage du vodou dans le système éducatif haïtien sans former pour autant des apprentis hougan, manbo et bizango ?

Commençons par apprendre aux enfants à lire le vodou et comprendre les vèvè, les couleurs et les lwa !

Plusieurs auteurs, tant Haïtiens et étrangers, ont largement contribué dans cette aventure intellectuelle et intelligence pour explorer les multiples facettes du vodou haïtien, dans sa fonction politique, économique, ergonomique, sociale et géoponique, comme religion, comme culture et comme manière de vivre. Quelles sont les relations entre le vodou et le développement durable ? Ils sont nombreux les auteurs francophones et anglophones, entre autres, qui nous instruisent chacun à leur manière et leur méthodologie dans cet univers de connaissances théoriques et pratiques, tels : Milo Rigaud, Claudine Michel, Max Beauvoir, Jean Rosier Descades, Laennec Hurbon, Jean Fils-Aimé, Lewis Clorméus, Déïta, Alfred Métraux, Jean Claude Dorsainvil ; les plus en vogue.

À défaut de proposer ces lectures trop pointues à nos enfants, par la carence des ouvrages jeunesse sur le sujet, la littérature en générale, la musique racine et la peinture haïtienne renferment aussi bien une mine inépuisable de connaissances sur les esprits et les pratiques, sur la cartographie du vodou haïtien dans des modes de relations de forces et faiblesse.

Haïti, en s’inscrivant dans la formulation du contenu jusqu’à la validation de la « Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles », proposée aux peuples du monde, le 20 octobre 2005, à Paris, lors de la conférence générale de l’Organisation des Nations unies pour l’Éducation, la Science et la Culture (UNESCO), a reconnu officiellement le rôle et l’utilité hautement politique, économique, éducative et stratégique de la culture.

Or, il n’existe pas d’avenir pour l’éducation et la culture en Haïti dans ses différents modes de représentations, de négociation, de promotion et de défense du territoire sans une prise en compte du vodou. « La tradition du vodou haïtien est une construction unique qui recouvre la culture et l’esprit du peuple haïtien. Le vodou haïtien est composé d’esprits indiens, d’esprits africains et d’esprits haïtiens, de manière à ce que chacun trouve sa place, d’une manière spirituellement démocratique », nous disait Max Gesner Beauvoir, l’un des hougans et scientifiques haïtiens. Il soulignait : « En Haïti, il y a une fabrication haïtienne du vodou. Bien que le mot vodou soit un mot africain qui signifie le grand esprit de Dieu, cette culture traduit pour nous une réalité profondément haïtienne.

Notre approche est haïtienne, nos structures font une place à tous les esprits qui constituent la nation haïtienne dans sa dimension historique. Il fallait éliminer d’autres esprits qui étaient amenés par nos ancêtres africains. Mais il s’agissait simplement de rassembler 401 divinités ». L’ancien Ati national, décédé en septembre 2015, poursuit en nous disant : « Tout ceci a été pensé pour constituer un corps de croyance unique. Tous les Haïtiens qui forment ce que l’on peut appeler l’ethnie haïtienne possèdent leurs esprits dans le panthéon. En un mot, on est Haïtien cela veut dire qu’on est vodouisant ! ».

Dominique Domerçant

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