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Vallée de Bourdon: la sérénité dans le malheur

10 octobre 2018, 8:51 catégorie: Société2 306 vue(s) A+ / A-

D’après le microzonage sismique de Port-au-Prince, la Vallée de Bourdon fait partie des zones les plus exposées au risque sismique de l’aire métropolitaine. Mais, tout cela n’inquiète guère une bonne partie de la population de cette zone.

Dans le lit de la rivière Djobel qui passe au coeur de la zone, on a comme l’impression de lire le quotidien des habitants de la Vallée de Bourdon. Là, des enfants passent journellement pour se rendre à l’école. Des riverains s’installent également au milieu de cette rivière aux eaux peu claires pour faire la lessive pendant que d’autres s’y baignent piano. C’est également sur le flanc de cette rivière que se retrouvent un terrain de basketball et un terrain de football en terre battue, où des enfants s’amusent à coeur joie et où des adultes se détendent au besoin.

Au milieu des constructions anarchiques qui occupent toute la zone, la vie est un ballon de foot qui peut se perdre à tout moment. D’ailleurs, tous les risques planent sur ces gens qui vivent au milieu d’une grande précarité. À cause de la rivière, la Vallée de Bourdon est sous la menace constante d’inondations. De plus, des glissements de terrain sont également à redouter dans ce quartier vulnérable. Cela a d’ailleurs poussé les autorités à relocaliser un grand nombre d’habitants de cette zone en 2010, dans les mois qui suivaient le séisme.

Par ailleurs, dans la cartographie sismique de la zone métropolitaine, la Vallée de Bourdon fait partie des zones les plus exposées au risque sismique. Traversée par l’une des quatre failles cartées dans le cadre du microzonage sismique de Port-au-Prince, cette zone se révèle d’une grande vulnérabilité par rapport aux aléas sismiques. Cependant, une bonne partie de la population n’en a cure.

Une femme, s’apprêtant à aller cuisiner dans l’attente de sa petite fille qui doit revenir de l’école, nous a reçus devant sa maison de fortune située sur le flanc sud du morne de Bourdon. Grande taille, visage décontracté, Nancy Séjour dit habiter la zone depuis longtemps. Mais, sa maison se trouvait sur le flanc nord du morne, de l’autre côté de la rivière. « C’est le tremblement de terre du 12 janvier 2010 qui m’a emmenée jusqu’ici », raconte-t-elle dans une jovialité remarquable.

Elle a la garantie que là où elle se trouve, aucun tremblement de terre ne peut l’atteindre. Elle s’appuie sur l’expérience vécue en 2010 pour avoir toute cette tranquillité. « Aucune maison n’a été détruite là où je suis. Le sol d’ici est différent de celui de l’autre côté de la vallée. Les tremblements de terre ne peuvent causer aucun dégât ici », déclare la femme comme si elle était une spécialiste en la matière.

Pour arriver chez elle, le chemin est vraiment périlleux. Mais cette femme vit dans la plus grande sérénité dans sa maison, même si elle n’est pas vraiment satisfaite de ce cadre de vie. « Nous ne sommes pas vraiment en situation confortable ici, mais qu’est-ce qu’on peut en faire ? C’est ici que nous sommes plus ou moins en sécurité », lance Nancy.

Quand on lui demande si le dernier tremblement de terre qui a frappé le Nord récemment ne l’inquiète pas, cette dame répond sereine : « mais non, je l’ai même pas senti. Les tremblements de terre ne vont pas m’atteindre facilement ici ». Ce n’est pas différent pour Junia, la jeune femme qui nous a servi de guide pour visiter la zone, et pour beaucoup d’autres gens rencontrés. Ils sont nombreux à croire que la zone n’est pas totalement à risque. Preuve que la population n’est pas suffisamment sensibilisée sur les questions liées aux aléas sismiques dans cette communauté.

Au coeur de cette zone où voitures et motocyclettes ne peuvent accéder, les risques sont palpables. Quoiqu’on ait déplacé une bonne partie de cette population en 2010, leur nombre ne cesse de s’accroitre. Ce qui fait augmenter de façon exponentielle les constructions hors normes dans ce quartier. Mais la population n’en est pas consciente. Ce qui rend la situation beaucoup plus inquiétante.

Ritzamarum Zétrenne

rzetrenne@lenational.ht

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